Tag: Edito du 11janvier 2017

Edito: Avant l’explosion religieuse

logo journalLe 18 novembre 1978,   914 membres  d’une secte religieuse dénommée Temple du Peuple,  meurent d’un suicide collectif en Guyane.   Parmi les morts, on dénombra 274 enfants. Dans le discours final qu’il a enregistré avant de passer à l’acte, le gourou de la secte, Jim Jones se justifie: « Nous n’avons pas commis de suicide, nous avons commis un acte de suicide révolutionnaire qui proteste contre les conditions d’un monde inhumain ». Il avait réussi à entrainer ses adeptes au cœur de la jungle amazonienne, loin des regards, pour leur faire croire que le monde entier conspirait contre eux. Et qu’il fallait mourir  collectivement pour éviter le sort affreux qui les attendait si jamais ils retournaient vers le monde. En fait, il avait prédit la fin du monde à plusieurs reprises, sans résultat. Il avait réussi à trouver le change, en inventant une apocalypse à laquelle ses fidèles ont cru, sous le coup d’une paranoïa collective. Ils réussirent à se massacrer en buvant un  poison concocté par Jim Jones. C’était en Guyane, il y a 39 ans !
Le 6 octobre 1994 en Suisse,  48 personnes meurent dans des incendies causés par    l’Ordre du temple solaire dirigé par Luc Jouret et Joseph di Mambro. Ce faux ordre commettra  des suicides collectifs en France, en Suisse et au Canada ayant fait en tout 74 victimes en 1994, 1995 et 1997.  En suisse, les enquêteurs  mettent la main sur cette lettre de l’un des suppliciés disant : «Lorsque le Ciel veut nous parler, il le fait malgré nous quand il a décidé. Il le fit une première fois le 6 octobre 1994 lors d’un incident exceptionnel [les cinq premiers morts de Morin Heights, au Québec]. Il le fit au mois de décembre 1995 afin de réactiver le processus de préparation du troisième départ.»
Le 17 mars 2000, environ 800 adeptes de la secte dénommée Mouvement pour la restauration des dix commandements de Dieu ont été massacrés dans la ville ougandaise de Kanougou. Ils ont été pris au piège par leurs gourous,  Joseph Kibweteere et Credonia Mwerinde.  Credonia Mwerinde, une ancienne prostituée qui affirme avoir vu la Vierge Marie, est en réalité le véritable chef de la secte. Ayant prévu la fin du monde pour le 1er janvier 2000, les dirigeants de la secte étaient désemparés par la perte de foi auprès de leurs adeptes. Ceux-ci avaient bien vu que l’apocalypse prévue n’avait pas eu lieu et commençaient à douter de la puissance de leurs messies.     Pour faire advenir l’apocalypse pour de bon, les fidèles ont été regroupés dans une grande chapelle le 17 mars 2000. C’est alors qu’une énorme explosion a eu lieu. On parla au départ de suicide collectif. En réalité, ceux qui   avaient eu la chance de s’échapper ont été rattrapés par des adeptes armés qui les exécutèrent sans sommation. On  dénombra environ 800 corps affreusement brûlés et mutilés. Quant à Joseph Kibweteere et à son égérie, l’ancienne prostituée devenue visionnaire Credonia Mwerinde, ils étaient réputés morts dans les tourments jusqu’au moment où la police ougandaise avait commencé à soupçonner qu’ils étaient peut-être encore en vie.
En réalité, ce genre d’événement religieux paranoïaque absolument insensé n’est pas bien loin de nous. Ce dimanche, des affrontements entre la secte de Banamè et des habitants d’Abomey ont fait deux morts, des blessés graves et des dégâts importants. Comme en réplique,  ce lundi, un groupe de 25 jeunes gens armés de fusils artisanaux et d’armes blanches, a tenté de se porter nuitamment sur Abomey. S’il n’y avait la vigilance des forces de sécurité, on aurait assisté à un carnage. Rien ne prouve que d’autres tentatives de même type ne se préparent pas. Prétextant la légitime défense, la dirigeante de la secte de Banamè prophétise la fin du monde. Et dans le milieu, l’on s’y est préparé sans succès pour la fin de l’année écoulée.
Dans ces conditions, que reste-il à faire pour le gouvernement ? Continuer à croiser les bras face aux dérives ou prendre ses responsabilités dès maintenant ?  Aura-t-il le courage de prendre des initiatives, lorsqu’on sait que Patrice Talon doit une bonne partie de sa victoire au premier tour à l’engagement sans détour de celle que les fidèles appellent dieu ?

Par Olivier ALLOCHEME