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Le triomphe de la vérité

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Réflexion du Dr N.A Tayéwo KOKODÉ sur le Covid-19 au Bénin et la fermeture de la Clinique MAHOUNA: Les dieux sont tombés sur la tête


Notre pays le Bénin, à l’instar de la majorité des pays du monde entier, commence à compter ses morts. La journée internationale de la santé du 07 avril 2020, n’a jamais autant eu de sens qu’il y a deux jours. Il était donc important de rendre discrètement hommage aux sages-femmes, et aux infirmiers dont c’était la journée, au vue de la situation actuelle du monde entier. Il n’empêche que le devoir nous appelle en ce qui concerne notre très cher pays, après le décès d’une patiente COVID19 à Cotonou et le message de notre Ministre de tutelle, à nous adressé, nous appelant nous soignants à ne pas céder à la panique.

Le Bénin n’est pas une île isolée

La pandémie mondiale du COVID19 éprouve le système de santé béninois. Pour vaincre le COVID19:

– Il faudrait sur le plan structurel être plus organisé avec une bonne lisibilité dans la chaîne de gestion du COVID19 au Bénin et une ligne de conduite claire pour les professionnels de santé. Les déclarations d’intention sont hélas insuffisantes.

– Il est plus qu’important de faire en urgence une plateforme d’information COVID19 au Bénin (site Internet Facebook Tweeter …), avec les informations scientifiques, les conduites à tenir pour le professionnel d’une part et tout public d’autre part. Nos génies de Sèmè-City de source certaine attendent qu’on les mette à l’épreuve sans un kopeck à débourser si le cahier de charge est disponible. Cette démarche serait bien meilleure que celle qui vise à demander aux médecins d’aller à la source dans les labyrinthes de l’UNICEF et de l’OMS où il faut savoir trouver la bonne information au jour le jour.

– Il est très important de remplacer les deux pseudo-numéros verts décriés par tout le Bénin, par un vrai call-center. Notre pays en a les moyens et la capacité, ceci diminuerait tout aussi bien la panique ambiante.

– Il serait enfin souhaitable et il est encore possible, de remettre en cause le système de collecte et d’orientation des patients actuellement en place, car comme le Ministre Benjamin HOUNKPATIN le suspectait lui-même dans ses propos d’hier, les patients en majorité iront toujours dans un premier temps vers ceux en qui ils ont confiance (leurs soignants habituels et leurs structures habituelles de soins). N’oublions pas que la télémédecine n’existe pas chez nous même si malheureusement elle s’impose avec cette pathologie. Il en découle :

  • L’indispensable nécessité de créer différents modules de formation, catégorie de soignants par catégorie à mettre sur les plateformes d’information. Un gouvernement qui impose le port de masque à tout un peuple du jour au lendemain ne peut pas nous dire qu’il lui est impossible de former la majorité des soignants en quelques jours.
  • L’indispensable implication des hôpitaux de zone pour une gestion efficiente de la crise.
  • L’indispensable implication de toutes les cliniques privées, dans la discipline la rigueur et le respect mutuel, car ce qui est arrivé à MAHOUNA à Cotonou, peut se produire à Calavi, à Bohicon ou à Parakou…, la symptomatologie au demeurant étant très banale.
  • La mise en place d’une filière d’orientation COVID19 obligatoire dans toutes les structures sus-cités. Pour un pays comme nous qui ‘a pas de moyens ceci ne devrait pas coûter grand-chose.

Se poser pour mieux avancer

Les conditions du premier décès survenu à la Clinique MAHOUNA, relatées par le Ministre de la Santé Benjamin HOUNKPATIN, la réaction inopportune mais compréhensible du médecin ayant pris en charge la patiente, la pluralité des posts et audios qui s’en sont suivis sur les réseaux sociaux , sont la preuve que la chaîne de communication est illisible et que plus qu’une vulgaire panique, la psychose s’est définitivement ancrée.

La mise sous scellée radicale la Clinique MAHOUNA, vidée de ses patients et des soignants pour deux semaines , la fermeture de certains services du Centre Hospitalier et Universitaire Mère et Enfant de la Lagune (HOMEL) et celle d’un centre d’Imagerie de référence pour deux semaines, soi-disant pour une décontamination, sont quant à eux la preuve que les dieux au Bénin sont tombés sur la tête. Ces exclusions temporaires, excusez-nous, sont tristes et lamentables car aucune procédure d’hygiène ne les justifie (sauf preuve scientifique du contraire).

Aucun pays du monde n’était préparé à cette pandémie, il nous faut l’aborder avec humilité. Il n’est donc pas dans notre intention de blâmer ceux qui chez nous, sans nuit sans sommeil gèrent cette crise. Les informations scientifiques et techniques sont continuellement mises à jour. Il nous semble donc opportun de rappeler à nos dirigeants, que si l’on continue à se mêler les pinceaux à ce train, nous courons à la catastrophe.

Il nous semble en effet assez chevaleresque de fermer sans autre forme de procès, une clinique, qui reçoit des patients tout venant: femmes enceintes, enfants, hypertendus, diabétiques, insuffisants rénaux des patients de chirurgie vasculaire et bien d’autres, de fermer les consultations et les accouchements du plus grand hôpital gynéco-obstétrical du Bénin, et de fermer dans les mêmes conditions paraît-il, un centre d’Imagerie de référence.

Les procédures de désinfection et de décontamination des locaux COVID19 nous semble-t-il, sont bien codifiées par l’OMS. Le mieux dit-on est l’ennemi du bien. Nous ne ferons l’affront à personne de les publier ici. Le nouveau coronavirus rappelons-le est très sensible aux détergents et ne reste pas en suspension dans l’air bien longtemps: bien nettoyer instruments non jetables mobiliers et locaux avec les produits dédiés, et bien aérer les locaux quelques minutes et la vie reprend son cours. Les décisions prises nous semblent donc inappropriées et disproportionnées.

Nous gagnerions judicieusement à ne pas commettre les mêmes erreurs que certains pays occidentaux, bien riches, qui ont cru bon d’exclure au début de la crise leurs médecins généralistes, leurs cliniques privées et qui en paient un prix très lourd avec des diagnostics très retardés, des patients très graves à gérer et des milliers de morts.

Il nous semble très urgents d’éditer et de publier à l’endroit des soignants un Protocole Consultation Covid19 simple et lisible par le dernier des aides-soignants du Bénin avec naturellement des variables en fonction du niveau de soin et du stade de gravité du patient. De l’expérience que nous en avons, passé le stress des premiers jours, on s’y habitue bien vite.

Il faudrait permettre aux médecins béninois ainsi formés de référer comme de tradition, leurs patients suspects, aux centres dédiés avec un courrier sans passer par le call-center.

Nous sommes à peine 12 millions d’âmes, et les zones à risque ne sont guère nombreuses pour l’instant. Nous n’avons même pas officiellement 30 cas de vrais malades COVID19. C’est vrai, il est inutile de céder à la panique. Mais, les médecins béninois, manquent d’information et commencent à s’en irriter. Il est urgent de leur offrir des canaux dynamiques et adaptés à notre système de santé.

Combien de salles de soins de cliniques ou d’hôpitaux seront fermés pendant 14 jours à chaque passage de patient COVID19 pour décontamination? Combien de patients seront éconduits de leurs structures sanitaires sur des décisions arbitraires sans aucune base scientifique?

Alors que le monde ne compte qu’à peine 90000 morts de COVID19 depuis novembre 2019, près de 270000 africains sont morts de paludisme depuis le mois de janvier 2020, plus de 455500 personnes sont mortes de Sida pendant la même période, et plus de 2.223.500 de cancers divers. Le seul risque de fermeture désordonnées des centres de santé, est que les autres patients deviennent des victimes collatérales, qu’en somme le remède soit pire que le mal, et que nous ayons une multitude d’autres décès qui eux ne seront pas dans les statistiques officielles.

Ne pas analyser ces propositions et en tirer le meilleur parti pour nos populations revient, sans nombrilisme ni narcissisme, à accepter un modèle avec des centaines de morts probables de COVID19 mais des milliers de morts d’autres pathologies. Dans tous les cas, la seule responsabilité incombera aux gouvernants et non aux soignants. Il est important de se poser d’y réfléchir sans à priori pour mieux avancer.

Sortir de cette crise haut-les-mains

Le Directeur Générale de l’OMS, Tédros Adhanom Ghebreyesus disait récemment, que « la meilleure défense contre une flambée épidémique est un système de santé solide ». Mon père disait “seul on ne peut rien ensemble on peut tout”. Nous avons la faiblesse de croire que la solidité d’un système de santé ne se résume pas aux seules infrastructures, elle dépend aussi des hommes. Se priver de la solidarité des médecins et autres soignants béninois de par le monde pour la gestion de la crise, quelle qu’en soit la raison, serait la pire erreur que puisse commettre nos autorités compétentes.

Nous ne devons pas être complexés par le fait d’être limité en infrastructures médicales, d’autant plus que personne ne nie les efforts qui sont en train d’être faits, vaille que vaille, aussi bien dans la structuration du système sanitaire que celle des infrastructures. Mais le COVID19 n’était pas au programme.

Dans notre métier, l’humilité est de rigueur, il n’y a pas de moutons noirs. En pleine crise de COVID19, rangeons la politique au placard, l’union sacrée est donc de rigueur. Personne ne prendra la place de l’autre. La main dans la main, œuvrons pour sortir de cette crise, haut les mains. Il serait peut-être temps de se dire et de se répéter comme en fongbé mais littéralement: “mi kinklin noun mi ni yi agbo dji”.

Notre gouvernement a largement les capacités, les compétences et les moyens de gérer cette crise avec sérénité. Que les mânes de nos ancêtres nous en donne la force, la vigueur mais aussi l’intelligence.

Dr N.A Tayéwo KOKODÉ

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