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Le triomphe de la vérité

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Le président Abraham Zinzindohoué, invité de « sous l’arbre à palabres » au siège de l’Evénement Précis: « Il faut que l’opposition se ressaisisse »


Reçu à notre siège, pour le compte de la rubrique « Sous l’arbre à palabres », le mardi 20 août 2019, l’Honorable Abraham Zinzindohoué, co-président du présidium du parti Union Progressiste, tape du poing sur la table. Pour notre invité, l’opposition béninoise avait une intention claire : empêcher les élections législatives. Ancien ministre et ancien député, ancien président de la Cour suprême, il invite alors l’opposition à se réinventer pour participer à la vie politique nationale.

Et si on en parlait

Vous avez été l’auteur en 1998 d’un opuscule qui parlait de la réforme du système partisan. Aujourd’hui, nous y sommes. Est-ce que c’était votre rêve à l’époque qui s’est concrétisé en 2018?
C’est vraiment la concrétisation de mon rêve, messieurs les journalistes. Président de la Cour suprême en 1998, j’ai constaté que notre charte des partis politiques souffrait d’une incohérence. En effet, après la belle conférence nationale d’où est sortie une bonne constitution qui a la longévité que beaucoup de constitutions n’ont pas dans notre sous-région, on a trainé un boulet : le système partisan. Vous prenez la constitution, il n’y a que deux articles, l’article 5 et l’article 6 qui s’intéressent aux partis politiques. Du coup, la vie, la création, le fonctionnement des partis politiques sont renvoyés à la charte. Ceci montre que la constitution a simplement statué sur la vie des partis politiques en deux articles 5 et 6, au sujet de leur animation et du suffrage universel, etc. La charte des partis est donc la loi organique qui se résout à la déclinaison des statuts et règlements intérieurs de ceux-ci.
Pour l’histoire, il faut déjà signaler que la première charte a été laxiste, large ; on était dans l’euphorie pensant que les gens comprendraient, puis se débarrasseraient du calquant du principe du multipartisme intégral acquis à la conférence. Puisque celui-ci n’est inscrit nulle part dans la constitution béninoise, ni dans la charte. Le principe, c’est à la conférence parce qu’on sortait du système du parti unique où, toutes les autres formations politiques, de même que les organisations des jeunes étaient dissoutes pour le parti unique (PRPB). Il n’y avait qu’une seule organisation des jeunes ; des syndicats, il n’y avait qu’un seul d’Etat. Pendant plus d’une quinzaine d’années, le pays a été sevré de la vie partisane. C’est le besoin de liberté qui a fait qu’à la conférence on a parlé de multipartisme intégral.
Par ailleurs, la constitution au nom de la liberté, a renvoyé à la charte qui autorise la formation d’un parti politique, à partir de 18 personnes, à raison de 3 personnes par département. Donc, 18 personnes suffisaient à l’époque pour former un parti. C’est facile qu’il y ait floraison de créations de partis politiques. Chaque week-end, les gens créaient de parti. Mais il y a eu par la suite, un premier mouvement qui s’est opposé à la loi, la trouvant ainsi trop laxiste. Et de la première charte on est passé à la deuxième qui a augmenté le nombre à 10. On est passé à 12 départements ce qui fait que de 18, il faut avoir 120 membres pour former un parti. Même là, c’était vite fait. Les gens restaient à Cotonou, alors que les textes disaient qu’il faut que les membres proviennent des départements, pour montrer leur provenance d’origine. Et on formait les partis. Donc, là encore, on a senti que cela n’allait pas. Dans l’opuscule que j’ai sorti, vous verrez qu’en 1998, où il y avait 92 partis environs, on est passé de week-end en week-end à 100, 200 et tout récemment on était à près de 300 partis et alliance de partis pour un pays de 11 millions d’habitants, 112.600km2. C’est pour faire quoi ? C’est pour développer quoi ? Est-ce qu’on a besoin de 300 idées pour développer le Bénin ? Donc, il y a eu un dysfonctionnement. Et c’est cela que j’ai perçu et que j’ai analysé. Surtout que dans un pays quand vous dites parti politique, c’est des ethnies qui se regroupent. Le multipartisme est devenu « multi-ethnisme ». Chaque ethnie se retrouve. Donc le concept même de parti est galvaudé. Le dysfonctionnement vient de là. Un parti selon la doctrine a des critères.

Quels sont ces critères ?
Pour qu’on parle de parti politique, la science politique a dégagé 4 critères. Il y a le critère de continuité. Ce qu’on appelle la durabilité. Un parti politique doit survivre à ses membres fondateurs. Ce n’est pas parce que j’ai créé le parti que ça finit avec moi. C’est comme on parle de la continuité de l’Etat. Les pères fondateurs peuvent disparaître, mais le parti doit rester parce que c’est une idée qui doit pouvoir vivre dans le temps. Donc, premier critère : durabilité. Quant au deuxième critère, il doit y avoir un lien, un réseau entre la direction du parti et la base du parti. Troisième critère fondamental et là, la plupart des clubs qu’on avait eus ont répondu à ce critère, c’est la conquête et l’exercice du pouvoir d’Etat. C’est un critère fondamental. Un parti est fait pour conquérir et exercer le pouvoir d’Etat. Il y a le quatrième critère et c’est votre rayonnement, c’est-à-dire que l’idée que vous défendez, le projet de votre société doit être partagé par un grand nombre de citoyens béninois. Pas seulement vos militants, pas seulement la relation du sommet à la base mais le plus grand nombre de citoyens doit partager ce projet de société. Donc, ces quatre critères sont cumulatifs.

Est-ce qu’on retrouve ces critères aujourd’hui dans la charte des partis politiques ?
Oui, bien sûr. Aujourd’hui on les a, puisque déjà en matière de membres fondateurs, la charte dit que vous devez avoir au moins quinze membres dans chacune des soixante-dix-sept communes du pays. Ça change complètement et ça crée des problèmes. On reviendra là-dessus. Il y a des partis, pas parce qu’ils n’arrivent pas à avoir leur papier, mais c’est le fait d’avoir ce quota de membres fondateurs qui pose problème.

Mais ces partis, est-ce que les exclure était votre objectif ?
Non, pas du tout. L’opposition s’est exclue. Vous savez, dans un Etat de droit, il y a ce qu’on appelle le respect de la loi. L’opposition dont vous parlez, moi je dirai, les oppositions parce qu’elle n’est pas cohérente, elle n’est pas unie. Les oppositions se sont exclues et ça, je vais vous le démontrer. Ces camarades, ces acteurs politiques, ils étaient à l’Assemblée quand la dernière charte a été votée. Ils ont été parties prenantes, ils y ont pris part à la quasi-unanimité. On ne peut pas dire qu’ils sont exclus. Puisqu’ils y ont participé, à la confection de la loi, de la charte. On ne peut pas dire qu’ils sont exclus, ce n’est pas normal. Avant cela, il y a eu des travaux, des séminaires, à Grand-Popo, à Azalaï etc. J’ai gardé une communication que j’ai faite aux députés lors de ces séminaires. On a tous travaillé en atelier, après forts débats . C’était une mini conférence puisqu’il y avait la société civile, les confessions religieuses, les femmes, les hommes, toutes catégories confondues. On était ensemble avant que le texte ne soit étudié en commission, amendé et tout ce qu’il faut. Au départ, ce n’était pas quinze membres. Le premier projet parlait de cent (100) membres par commune et les gens ont dit mais comment est-ce possible, comment ça va se réunir ? On ne pourra pas. Et, c’était par une sorte de consensus qu’on est arrivé au sortir de ce séminaire à 15 membres. Vous voyez, c’est consensuel.
Au début, c’était le certificat de conformité puis après, on s’est rendu compte que c’est seulement les partis proches du pouvoir qui l’ont !
Donc, on est d’accord qu’ils ne sont pas exclus puisqu’ils ont participé au vote de la loi. Maintenant, ils ont été confrontés à des questions de formalités. Même les partis comme le nôtre, on a été confrontés aux mêmes problèmes. Le problème est de savoir comment, pourquoi eux, ils n’ont pas pu faire. C’est ça la grande question qu’il faut se poser. Pourquoi ils n’ont pas réussi contrairement à ce qu’ils disent. On reviendra là-dessus et je vais vous démontrer qu’ils n’étaient pas dans l’agenda des élections, ils avaient un autre agenda. On a eu les mêmes problèmes. Mais ça a été beaucoup plus facile pour nous, parce qu’on a fait un effort sur nous-même. On a fait un sacrifice et c’est ça qu’ils n’arrivent pas à faire. Ils sont toujours dans la division où on a été avant. Mais, on a compris que dans la division, on ne pouvait pas y arriver, il fallait mettre nos forces ensemble et c’est ça qui s’est passé. C’est le préalable pour réussir, sauf que les gens ne comprennent pas. On met le tort sur tel ministre mais ça n’existe pas. Il fallait ce préalable, accepter de se mettre ensemble. J’ai dit tout à l’heure que la liberté, c’est assorti de responsabilité.

Vous confirmez que l’opposition n’a pas pu se mettre ensemble ?
Ce n’est pas moi qui le dis, vous le constatez. Il y a au moins quatre partis, chacun avec son leader mais nous on l’a fait. Les gens ont dit : on verra, quel président va accepter de se mettre sous un autre président. Le président Idji est-ce qu’il va accepter de se mettre sous le président Nago, Zinzindohoué, Amoussou ? Les gens ont glosé sur ça. Quand on a commencé, les gens ont crié : « ça ne marchera pas. Parce que par le passé, ça a toujours été ça. Le combat des gladiateurs, le leadership, c’est moi, je n’accepte pas d’être sous l’autre. » C’est ça qui a perdu l’opposition. Dites-moi, qui veut être sous l’autre parmi eux ? Personne. Vous venez à Restaurer l’Espoir il va vous dire : « je ne peux pas rester sous l’autre, je suis le plus fort, je suis…, je suis… » Et c’est ça le véritable problème que l’opposition n’a pas réussi à régler, à surmonter. Mais, des gens ont dû accepter une fois parce qu’il y a eu des tentatives qui ont échoué. Vous prenez l’UN, l’UBF, toutes les tentatives ont échoué. Et, vous avez un leader, des gens s’agglutinent autour de lui, des partis, des personnalités et après, dès qu’il finit, tout le monde s’en va autour de lui.

Est-ce que l’esprit de la loi, c’était l’unité ? La loi exigeait-elle qu’on se mette ensemble ?
Ce n’est pas l’esprit du parti unique. Comprenons-nous. Vous prenez la constitution, elle vous parle de partis politiques. La constitution ne vous parle pas d’union, d’alliance, c’est ça que je vous dis. Mais dans la charte, on a glissé le concept d’alliance et là, c’est un parti inscrit régulièrement au ministère et, les autres s’agglutinent autour. C’est ça qui a tué le système partisan. C’est un concept politique alliance de parti. Mais, là où le bât blesse, c’est que ce concept politique est passé en concept juridique. Dans les premiers textes, on a accepté alliance de partis pour aller aux élections législatives. On acceptait des listes d’alliance. Mais là, quelqu’un qui n’a pas un bon positionnement ici, il quitte et il va de l’autre côté. On a vécu tout ça pendant 30 ans. On a tourné en rond pendant 30 ans. C’est tout récemment qu’on s’est rendu compte que ce système d’alliance n’était pas bon. C’est de là qu’on a décidé qu’il faille revoir la constitution des formations politiques et on en est là aujourd’hui. J’appelle l’opposition à se réinventer, à voir là où le bât blesse. Chez nous, on dit que ce n’est pas là où on tombe qu’on regarde mais là où on a trébuché.

Êtes –vous fier d’avoir appartenu à cette 8ème législature malgré le grand boycott et les violences qui ont caractérisé cette élection ?
Je vais vous dire une chose. Les effets de la réforme, c’est ça. C’est le sacrifice dont nous parlons. C’est ça le résultat et moi je suis très fier. Vous avez 98% de boycott ou de je ne sais quoi, les chiffres masquent des choses.

Oui mais le boycott a été général…
Non, non, je vais vous dire. Lorsque vous empêchez les gens de sortir, d’aller voter… C’est sur toute l’étendue du territoire national que les gens ont interdit et empêché d’aller voter. Vous n’avez pas vu des gens qui sont passés de maison en maison donner de l’argent aux populations leur demandant de ne pas sortir ? Vous sortez je vous enlève, je vous frappe. Vous n’avez pas vu les violences qu’il y a eues ?

En avez-vous les preuves ?
Les preuves sont encore là. Venez à la place Bulgarie au siège de l’Union Progressiste. Vous verrez les vitres qui ont été caillassées. Allez dans la maison du président Bruno Amoussou, vous le verrez. Il faut sortir, il faut aller sur le terrain. C’est ça que vous appelez boycott ? C’est des gens qui n’avaient pas le courage d’aller aux élections législatives parce qu’ils savaient qu’ils allaient perdre les élections. Le projet, c’est de tout faire pour qu’il n’y ait pas d’élections législatives. Vous savez, c’est depuis la fin de l’autre régime qu’un parti vous parlait d’assise nationale, qu’il faut aller aux assises nationales. L’opposition n’a que ça en tête. Les gens sont nostalgique d’il y a 30 ans. Ce qui s’est passé, on ne veut plus ça. Le Bénin de 1989-1990, ce n’est pas le Bénin de 2016 ou 2019. Les gens veulent aller aux assises, c’est plus simple parce que quand on va aux assises, on ne va pas devant le peuple. On reste entre nous dans les quatre murs et on se partage les postes. Ceux qui ne peuvent pas briguer les suffrages des populations, les assises sont plus faciles pour eux. Il y a des gens aujourd’hui qui peuvent se faire positionner à tel ou tel poste. Mais devant le peuple, ils sont nuls. Vous avez vu les gilets jaunes en France, des semaines passées dans les rues à crier que c’est le peuple. Les élections qui ont suivi qu’est-ce qui s’est passé ? C’est zéro suffrage. Ce n’est pas des gens qui crient, qui font du bruit qui sont le peuple mais il faut se mettre devant le peuple. Les gilets jaunes, ils ont fait six mois, sept mois. Ils sont où aujourd’hui ? C’est l’erreur que nous ne devons pas faire. La loi du Bénin, si 1% sort pour aller voter, c’est légitime. Aucune loi ne dit que c’est telle proportion qui valide une élection.

Certains estiment que pour avoir été élu dans ces conditions, vous avez démissionné…
Non, pas du tout ! Les gens auraient souhaité que ce soit ainsi, c’est le contraire. C’est qu’on n’a pas la culture de la démission au Bénin.J’ai dit les conditions, les motifs pour lesquels j’ai démissionné.

Est-ce que vous pouvez nous les rappeler ?
Mais, ce sont deux aspects. Il y a l’aspect juridique.J’ai évoqué l’article 10 du règlement intérieur qui dit que tout député peut démissionner à tout moment sauf en début ou soit dans les délais de recours.Donc,pour ce qui est de l’aspect politique j’ai dit, pour convenances militantes. Les gens ont écrit « convenance personnelle. »Ils ont écrit n’importe quoi.Ça a créé la confusion dans les têtes parce que,au Bénin, on ne démissionne que pour convenance personnelle.Or,moi, je n’ai pas dit convenance personnelle.J’ai dit convenances militantes.

Qu’est-ce que vous y mettez alors ?
Mais, qu’est-ce qu’il y a dans le militantisme ?Je suis membre d’un parti, je préside, je fais partie d’un présidium qui dirige ce parti.Bon, les gens doivent savoir que c’est pour mes responsabilités au niveau du parti.

Mais, même en étant à l’Assemblée, vous pouvez assumer ces responsabilités !
Oui, ça c’est l’ancien système partisan.Vous savez, nous sommes dans un système où c’est le parti dominant qui dirige.Les députés UP qui sont à l’Assemblée, c’est la politique de l’Union Progressiste, les idées, la vision qu’ils doivent mettre en œuvre à l’Assemblée, les ministres UP, c’est la conception, le programme de l’Union Progressiste.Quand vous êtes membre d’un parti, candidat d’un parti ou bien votre candidature est actée par un parti,il y a un lien entre vous et ce parti.Le programme de ce parti,vous êtes tenu de mettre ça en œuvre.Ce n’est pas autour de la première table du conseil des ministres qu’on fait connaissance.Un parti tel que nous le faisons aujourd’hui, c’est une administration, c’est une entreprise, c’est des permanents qui y travaillent.Ce n’est pas à la veille de l’élection qu’on se met à courir. Le parti vit comme une administration, comme nous et le parti qui est au pouvoir, c’est lui qui acte tout ce qui se fait à l’Assemblée.

Vous voulez nous dire comme ça que l’Up, à son organisation interne, interdit le cumul des postes de responsabilité?
Nous l’avions dit.C’est dans notre règlement intérieur.Maintenant, vous exercez trois fois, vous devez passer à autre chose. C’est pour vous dire, qu’il y a trois membres au présidium dont moi-même.Notre aîné, c’est le président Amoussou, le président Sacca Lafia, l’un des deux vice-présidents chargé de la communication et moi, le chargé de la formation.Vous savez que nous avons un congrès d’ici décembre.Nous sommes déjà en retard sur notre congrès.Le travail qu’il faut, nous sommes déjà en retard.Donc, une fois à l’Assemblée, j’ai fait environ deux ou trois mois.Les jeunes, beaucoup de jeunes sont là de nouveau.On a essayé de les encadrer, de leur montrer les premiers pas,etc.Mais, quand j’ai vu que tout est ok et que les gens ont pris le pas, ma mission était terminée.

Mais, certains estiment que c’est pour redevenir président de la Cour suprême que vous annoncez les couleurs.
Vous ne pouvez pas refuser aux gens de spéculer. Nous sommes en démocratie.Chacun est libre de penser ce qu’il veut.Mais, j’ai été président de la Cour suprême.Qu’est-ce que je vais encore démontrer là ?

Donc, vous n’en voulez pas?
Ce n’est pas affaire d’en vouloir ou pas. La raison pour laquelle j’ai démissionné de l’Assemblée nationale, je l’ai dite. C’est pour convenance militante. C’est pour m’occuper un peu plus du parti pour les échéances qui arrivent.Le congrès,il faut le préparer ! Ce n’est pas comme avant là.Vous n’avez aucune idée. Si vous allez au siège de l’Union Progressiste à l’heure où je vous parle, vous y verrez des jeunes.Nous avons un projet qu’on appelle»Graines de Baobab», parce que nous avons compris qu’il faut commencer à préparer l’avenir. Ce sont juste des jeunes de 10 à 17 ans qu’on prend déjà en compte pour leur apprendre ce que c’est le civisme, l’enfant et son pays, l’enfant etc.. Donc,l’UP, ce n’est pas que des élections. Ça c’est un programme. Il y a d’autres programmes.Donc,il y a plein de choses que l’Union Progressiste fait pour montrer le nouveau type de parti que nous sommes. Ce n’est pas ce qu’on a vu. Les clubs électoraux, c’est fini ça. Et parallèlement, nous devons préparer le congrès, préparer les échéances de 2021. On n’attend pas la veille pour le faire. Je sais que c’est nouveau, vous n’êtes pas habitués à ça mais progressivement, petit à petit, on va y arriver pour faire du parti politique,les viviers mêmes. C’est là qu’on apprendra la démocratie, l’insertion de la démocratie.Les gens n’ont jamais occupé un poste et ils se retrouvent à l’Assemblée, ils se retrouvent au gouvernement.Ils n’ont aucune idée de ce que c’est que la démocratie ! Alors, ça s’apprend dans le vivier que constituent les partis.Là, c’est le travail.

Justement président, comment se porte l’UP aujourd’hui ?
L’UP se porte à merveille…Je vous ai déjà parlé de deux projets qui sont en cours.Il y a ce qu’on appelle l’Université d’été que nous avons débaptisée parce qu’il ne faut pas toujours copier. On trouvera dans nos statuts les termes appropriés pour parler de ces regroupements où on forme des gens sur un temps donné et sur une durée donnée,où on fait des échanges au niveau de toutes les couches mêmes qui composent votre parti politique de la base jusqu’à l’élite. C’est pour vous dire qu’il y a tant à faire au niveau d’un parti politique et quand le parti veut évoluer,il n’a rien à envier à une administration.Le parti est une administration, avec un siège national, avec des sièges départementaux, avec un personnel permanent payé.Ce n’est pas comme avant. C’est une véritable entreprise, une véritable administration permanente. Un parti politique, c’est quoi ? C’est une association d’origine privée mais d’intérêt général qui travaille pour l’intérêt général. Quand on dit que c’est à financement public,il y a la reddition des comptes,il y a le contrôle. C’est clair, il ne s’agit pas de jeter de l’argent. Quand on avait 300, 400 partis, combien l’État pouvait y injecter ? Non ! On est obligé de mettre des règles.

Mais, vous étiez vous aussi président d’un parti. Vous appeliez ça parti ou bien club ?
Mais,on en a été tous victime.Ça fait 30 ans, on a été tous de bonne foi, en pensant que ces clubs-là vont se transformer, mais au fur à mesure,on a compris que pour des gens, pour certains, c’est un fonds de commerce. C’est là qu’il y a eu le divorce.On était de bonne foi, tout le monde au démarrage.On s’est dit que naturellement les gens vont se mettre ensemble.Et que, quand les gens créaient chaque week-end les partis, on disait qu’il y a une vitalité démocratique.Hum! Quelle vitalité démocratique ? Au contraire, vous allez à l’Assemblée, un individu seul pour son parti, c’est lui qui fait la loi là-bas parce-que quand il se met à droite, la majorité penche à droite.Quand il se met à gauche, la majorité…Il devient cher.

Vous voulez dire que c’est ça qui a développé la transhumance ?
Non seulement ça a développé la transhumance, mais aussi les mauvaises pratiques, la corruption.Les deux à trois mois que j’ai passés à l’Assemblée, je n’ai pas reçu un franc,un kopeck n’a circulé dans les dossiers. Certains anciens ont dit: « Président, si c’était avant là, l’élection du bureau qu’on a faite là, pour qu’il y ait président… on prend à gauche,on prend à droite. » Est-ce cela la politique ? Et c’est ça qu’on va vous laisser, vous? L’UP est majoritaire.Elle pouvait seul former le bureau.Compte tenu du règlement intérieur, la minorité doit avoir au moins un représentant au sein du bureau, une commission.Bon, on a estimé que puisqu’il y a des ministres UP au gouvernement il faut quand même une ambiance acceptable.On a essayé donc pour qu’il y ait une ambiance acceptable. Ça ne veut pas dire que sur tous les bords, on est d’accord.Pas du tout.Vous avez commencé à voir les votes. Cos-lepi, vous avez vu! Donc,les gens qui disent que sans opposition,il n’y a pas démocratie se trompent. Il ya deux écueils que nous devons éviter : ce que j’appelle la démocratie d’émotion et la démocratie d’émeute. Je vais vous le rappeler, depuis l’appel de Djèfa, l’article 66 de la constitution était déjà convoqué. Pour que le peuple se soulève en ce temps-là est- ce qu’il y avait la 8ème législature ? Est-ce qu’en cette année on était en élection ? Donc je vous dis que les gens avaient un autre agenda.

Quel était cet agenda ?
Cet agenda, quand on se rappelle de l’appel de Djefa qui demande aux citoyens d’utiliser l’article 66, c’est pour se révolter contre qui? Contre le président élu, le président Talon. Ils l’ont dit, ils le répètent, ils l’ont écrit.Il y a les autres, les gens qui donnent d’ultimatum au chef d’Etat élu. Il comptait sur quoi ? C’est des gens qui sont nostalgiques du passé. On veut faire encore faire venir des mercenaires dans ce pays? Pour faire quoi ? Parce qu’il faut que l’actuel président parte. Il faut écourter son mandat et pour quel motif ? Il a été élu. Est-ce qu’on est des démocrates ? Et c’est ça la beauté de la démocratie. Celui qui est élu, il a un mandat, c’est pour un temps,ce n’est pas l’éternité. À l’échéance, il remet son mandat en jeu. Si vous êtes content de lui, vous le remettez, si vous n’êtes pas content de lui vous le congédiez. Pourquoi à peine un an d’exercice, est-on si pressé pour dire qu’il faut écourter le mandat de ce président ? Pour cela, vous devez réfléchir et dire mais est-ce des démocrates ceux-là ? Ils ne sont pas des démocrates.

L’UP ne regrette t- elle pas d’avoir concouru sans l’opposition ?
Mais on l’aurait souhaité, mais si quelqu’un ne veut pas aller aux élections, que faut-il faire ? On n’a plus le choix, on ne peut pas les forcer, les prendre par la main et leur dire : « venez ! »Les gens ont dit : « Pas d’élection sans l’opposition ! » Sur quoi ils se fondaient pour dire ça ? Ils sont qui? Ils sont quoi? Ils savent ce que c’est que l’État ?
C’est la seule institution qui a le monopole de la violence, donc une violence légitime ; pour faire respecter l’ordre institutionnel, l’ordre public.
Les lois ont étés votées contre eux,ce sont des lois drones.
Mais ce sont eux-mêmes qui ont voté ces lois. S’ils votent contre eux-mêmes, c’est la faute à qui? Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude puisqu’ils ont concouru au vote de ces lois et ils ne disent plus ça aujourd’hui. Ils reconnaissent que les lois c’est bien. Parce qu’on leur a montré à la CEDEAO que vous avez voté les lois, qu’est-ce-que vous voulez dire ici ? Personne ne vous a exclu. Vous ne voulez pas aller aux élections. Je vous ai dit qu’ils avaient un autre agenda, tout le reste là, c’est des gymnastiques pour tromper le peuple ou pour dire qu’il y a ça, que ceci est mauvais. Ils ne voulaient pas aller aux législatives et je leur demande de ne pas recommencer la même chose. Parce que le compromis était trouvé à l’Assemblée pour qu’ils y aillent. Ils ont refusé. Je vous dis qu’ils ne voulaient pas aller aux élections. Ils ont recommencé encore. C’était l’affaire de 45 jours qui était en jeu pour qu’ils aient le temps de se mettre à jour. Ils ont tout fait pour créer le vide juridique, pour amener le pays dans l’impasse. Et nous ona dit qu’on ne va pas laisser notre pays. C’est mieux d’avoir un seul parti à l’Assemblée, que les institutions fonctionnent plutôt que de ne pas avoir du tout d’Assemblée et que nous entrions dans une impasse. Si c’était le cas, on ne sait pas aujourd’hui si vous seriez là, si on serait là en train de parler. C’est ça que les gens n’ont pas évalué, n’ont pas mesuré en disant : « pas d’élection sans opposition. » C’est l’État seul qui a la légitimité de la violence, de la puissance. C’est l’État seul. Aucun corps, aucun groupe, aucun individu. Ceux-là qui parlaient face à l’État qu’est-ce qu’ils peuvent faire ? On se cache sous les droits de l’homme, les droits fondamentaux, droits humains pour faire du droit de désordre, non ! Je vous ai dit : pas de démocratie d’émotion, pas de démocratie d’insurrection, d’émeute. Mais il faut une démocratie de développement, c’est de ça qu’il s’agit.

Alors au nom de cette démocratie de développement vous allez en congrès prochainement quel est le niveau de préparation auquel vous êtes arrivé ?
Nous devons redoubler d’effort. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai quitté l’Assemblée. On a beaucoup de choses à faire. Vous savez que c’est une direction provisoire, des structures transitoires. Nous allons maintenant à un congrès ordinaire normal. Nos structures, nous devons les mettre en place. Vous avez suivi, nous avons mis des carnets de recensement dont les gens ont tôt fait de dire qu’il s’agit d’achats des cartes d’électeurs alors que nous voulons un parti moderne. Nous voulons savoir qui est qui. Ce n’est pas comme avant où vous n’avez pas de militants et c’est à la veille des élections que vous vous mettez à courir… On a voulu un parti avec un fichier.Tout cela, on a dû recommencer pour éditer les inscriptions en ligne et là le filtrage est fait. On connait qui est qui. Toutes ces vacances sont faites pour ça, mais ça continuera parce que l’inscription est toujours ouverte, libre.

Vous serez candidat à quel poste?
Il faut voir les textes, il faut commencer par votre quartier, votre village. Il y a ce qu’on appelle la cellule de base. Donc je dois commencer par le 11ème arrondissement, par Gbégamey où je réside. Il faut être élu là dans votre cellule, les cellules se retrouvent au niveau de l’arrondissement. Il faut être porté à ce niveau. De l’arrondissement à la commune, de la commune au département, du département au congrès. Donc c’est la démocratie, le pouvoir doit partir de la base. Ce qu’on avait fait, c’était provisoire, parce qu’on était proche des élections, on était venu d’horizons différents, beaucoup de partis, de mouvements etc. Donc on a dû mettre une direction provisoire et là je vous dis le cheminement. Je partirai de la base et on verra jusqu’où les militants me porteront.

Mais quand même vous avez des ambitions de devenir président par exemple…
Non, tout le monde a d’ambition parce que je ne suis pas au parti pour dormir. Je suis au parti pour travailler. La preuve, on m’utilise là où on sent que je suis un enseignant de base,de formation. Je suis chargé à la formation au niveau du parti. Mais vous savez, on n’a pas besoin d’avoir un poste avant de travailler pour son parti, il y a plein de gens qui pourraient être au niveau où nous sommes et qui travaillent pour le parti. Les comités techniques que nous avons au niveau de l’UP si vous voyez les profils des gens, c’est des gens qui n’ont rien à envier à quiconque. Malgré ça, ils ne sont pas à des postes politiques, ils sont des cadres, des militants du parti, ils se battent pour le parti, ils sont prêts. C’est des femmes et des hommes qui se mettent au service du parti. Dans le projet «Graines de baobab», c’est des médecins, des professeurs d’université qui s’occupent de ces enfants, etc. Donc vous voyez le type de parti que nous voulons aujourd’hui pour oublier nos clubs électoraux. Faisons l’effort progressivement, petit à petit pour dire qu’il n’y a pas mille idées pour construire un pays, il y en a 2, 3 ou 4. C’est pour ça que la loi électorale a été faite. Et c’est là que vous verrez que les gens avaient un autre agenda. La loi électorale qu’on a utilisée, au minimum 4 partis étaient attendus à l’Assemblée, ne serait-ce que deux du pouvoir et deux de l’opposition. Donc il n’y avait aucune volonté d’exclure qui que ce soit. Mais les gens se sont exclus d’eux-mêmes et comme ils ont la presse internationale, beaucoup d’exilés volontaires étant à l’extérieur, ils ont pu et ont eu le matraquage médiatique que tout le monde a suivi. Des gens avaient d’autres intentions. Je leur dis : le Bénin, c’est le seul pays que nous avons. On n’en a pas deux. Qu’ils reviennent en eux-mêmes, qu’ils reprennent la route de la sagesse. Je demande aux sages qui ne sont pas restés sages d’être guéris de ce passé-là. Il y a un livre là qui fait tapage : « Guérir du passé ». C’est une autobiographie thérapeutique très détaillée. Je leur demande d’être guéris du passé.

Qui finance l’UP?
Je dis que tout est dans nos statuts. Vous savez ce qu’on appelle cotisation. C’est vrai que ça ne suffit pas pour faire fonctionner le parti. Vous avez les candidats et leurs suppléants qui viennent avec des sponsors puisque ce n’est pas interdit. La loi le prévoit. Nous avons fait un compte de campagne prévisionnel, nous avons déposé un compte de campagne,les financements tout est là. Nous avons déposé un compte de campagne et c’est nickel. Mais comme vous le dites effectivement, un parti pour vivre a besoin de gros moyens. Ce n’est pas ce qu’on croit là. Interrogez les jeunes, les gens qui sont sur nos listes, demandez-leur s’ils ont donné un franc pour être sur la liste, ce qui n’était pas le cas. Avant, vous savez comment ça se passait. Pour être sur une liste, vous savez comment? Demandez aux jeunes, parce-que quand les lois ont étés votées, qu’est-ce que les gens ont dit ? Que c’est pour éliminer les jeunes. Je disais aux jeunes :« envahissez les blocs ». J’ai dit ça sur Capp FM. Demandez-leur si un jeune a payé un franc avant d’être inscrit sur une liste électorale.

Vous aviez payé combien à l’époque ?
Non, ce n’est pas des choses qu’on dit. Ce qui est fait est fait et c’est pour cela qu’on s’est battu pour que ça ne continue plus aujourd’hui. Moi, c’est pour ça que j’ai réfléchi, j’ai écrit et je suis heureux. Vous me donnerez tout l’or du Bénin, du monde mais je ne serais pas aussi satisfait que la réforme que j’ai théorisée et qui trouve corps aujourd’hui. C’est ma plus grande satisfaction morale,intellectuelle, politique. Ce n’est pas l’argent le problème, le fait d’avoir pensé quelque chose et qu’on a la chance d’avoir un chef d’État qui a pris, des députés de la 7ème législature qui ont voté ces textes, je vous dis c’est ma plus grande satisfaction. Tout l’or du Bénin ne servirait à rien parce que c’est rare d’avoir émis des idées et de votre vivant ces idées prennent corps, c’est très rare, j’en suis heureux. Ça là seul me suffit.

Oui honorable, mais cette réforme n’est pas accompagnée de financement ?
Si, c’est prévu. C’est dans les tuyaux déjà,ça devrait être voté depuis la 7ème législature. Mais, c’est déjà acté et d’ici là, ça va être voté. Vous aurez le financement public au prorata du nombre de députés que vous avez. C’est pour ça qu’il fallait réduire le nombre de partis, pour que la cagnotte puisse servir au 3,4,5 partis qui vont avoir les 10% sur l’étendue du territoire national. Donc tout ça c’est un ensemble :la charte, le code,le financement public.

Les choses qui sont dans le tuyau, est-ce qu’on peut dire que la révision de la constitution y est déjà… ?
Non, ça c’est une question qu’il faut traiter à part, il ne faut pas mélanger.

Est-ce que vous la souhaitez ?
Mais tout le monde l’a souhaitée, parce que depuis 30ans,il y a eu beaucoup de problèmes. Tout le problème, c’est savoir comment on y va, comment s’y prendre, c’est tout.

Le chef de l’État avait dit que dès qu’il aurait une majorité confortable à l’Assemblée, il va le faire.
Non… Ça dépend. Il y a plusieurs questions. Par exemple,sur la cour des comptes, qui va s’y opposer?Tout le monde était d’accord, c’est parce que c’était avec d’autres questions.Même les opposants qui se disent qu’ils sont opposants, ils n’iront pas voter contre une cour des comptes, à moins qu’ils ne veuillent pas qu’il y ait lutte contre la corruption, parce que certains voudraient bien continuer avec l’ancien système. La cause des femmes, tout le monde est d’accord, il faut faire en sorte qu’il ait au moins une femme par circonscription électorale.Garantir à la femme qui sera première, quelle que soit la liste.Elle va à l’Assemblée.

Vous êtes un haut responsable de l’Union progressiste mais vous n’avez pas positionné les femmes ?
Non,non,il y a bien des femmes. Ce n’est pas la quantité en tant que telle parfois, c’est la qualité, c’est la première fois qu’on a une femme 1èrevice-présidente de l’Assemblée et c’est de L’Union Progressiste.
Pourtant, c’est la suppléante, elle n’a pas été élue directement
Un suppléant est élu en même temps que son titulaire. C’est ce que vous ne comprenez pas. Moi la première fois que j’ai été à l’Assemblée, j’ai été élu suppléant.Mais les gens croient que suppléant, vous m’excusez l’expression c’est»Gbêgonou» (un simple figurant) ! Pas du tout…

Mais il doit espérer la démission du titulaire d’abord
Ça dépend. Écoutez, chaque parti a sa stratégie. Ce binôme qu’on a fait et ça a marché,on l’a fait ailleurs, mais sans succès.Parce qu’on a mis la femme en tête et celui qu’on a mis en second,les gens nous disent si c’était l’homme que vous aviez mis en tête et la femme après, ça passerait et il laisserait la place à la femme après… C’est une affaire de stratégie. Les gens ne comprennent pas! Vous avez dit suppléante, mais elle est la première femme du Bénin et vous croyez que ça n’a pas d’importance? Chaque parti a sa stratégie.Moi mon suppléant, c’est un jeune,chef d’arrondissement, audixième arrondissement de Cotonou.C’est fait exprès,les gens n’ont rien compris.Donc chaque parti a sa stratégie. Le président Sacca Lafia, membre du présidium,a laissé sa place à une femme. Le président Zinzindohoué, membre du présidium, a laissé sa place à un jeune.Vous ne voyez pas que c’est une stratégie pour amener les jeunes progressivement à monter, leur prendre la main,leur apprendre ce que c’est que la politique avant de les laisser.Il y a des gens qui disent qu’il faut dégager tous les vieux comme s’ils ont quelque chose dans le crâne alors qu’ils n’ont rien,ils ne savent pas ce que c’est que le militantisme, il faut du mérite.

C’est ça qui a amené l’UP à dégager tous ses doyens de la candidature ?
Prenez le président Amoussou, vous pensez que s’il est candidat,il ne serait pas élu ?Tous les sièges dans sa circonscription électorale, ce sont ses poulains qui ont été élus.Vous prenez le président IDJI vous pensez que s’il voulait être élu, il ne serait pas élu?Tous ses poulains sont élus dans son fief. De même que le Président Nago.Donc chaque parti a sa stratégie que les gens ne comprennent pas.

Et justement, cette stratégie nous a amené à des violences au lendemain des élections. Est-ce que ces violences sont déjà conjuguées au passé ?
On le souhaite. La démocratie telle que nous l’avons copiée ne connait pas la violence. Ce n’est pas de la démocratie.La démocratie est si bien que le pouvoir politique est provisoire, c’est pour un temps, c’est ça la beauté de la démocratie, l’alternance. Qui que vous soyez, à une date précise, vous remettrez votre mandat en cause et on vous le renouvelle ou pas.Donc pourquoi faire de la violence physique ? Nous sommes des Béninois, nous sommes des frères et sœurs.Parce qu’on n’a pas été à l’Assemblée huitième législature, est-ce la fin du Bénin ? Est-ce la fin du monde ? Mais le Bénin ne s’arrête pas à la huitième législature, le pouvoir politique ne se limite pas à l’Assemblée.Le pouvoir politique, il y en a ailleurs, il y en a au gouvernement, dans les communes, dans les localités.Si on a mal acté,managé et qu’on s’est mis hors-jeu soi-même,il faut avoir un peu de patience, un peu de courage,se conformer à la loi, reprendre la lutte politique, c’est-à-dire la lutte des idées.La politique ce n’est pas la violence physique, j’ai un fusil je vais tuer Paul, j’ai un arc, je vais …Ce n’est pas ça la démocratie.

Est-ce que les 1er et 2 mai, vous avez été menacé chez vous ?
Bon, peut-être que les gens n’ont pas pu accéder chez moi, sinon ils sont allés chez le président Amoussou. Je vous le dis parce que son domicile n’est pas loin de celui de l’ancien chef de l’État.Donc quand ils ont quitté là,ils ont dit»c’est où ?»,»c’est où ?» Vous voyez les badauds qu’on a eus. C’est ça que vous appelez manifestation ? On a armé des gens,des gens drogués,puisqu’on a vu sur Facebook des gens faire des cocktails molotov. Vous croyez que c’est des manifestations démocratiques ça ? Quand on a gagné, quand les Écureuils ont gagné, est-ce que quelqu’un est allé chercher quelqu’un avant que les gens ne se mettent spontanément dans la rue ? C’est ce qu’on appelle manifestation spontanée. Mais ce qu’on a vu pour les élections où on empêche les gens de sortir, même là où il y a eu d’élections,les gens sont allés dans les bureaux tout brûler, ça fait longtemps qu’on a vécu ces choses-là. Ce n’est pas la démocratie.Alors nous on souhaite que les gens reviennent à eux-mêmes, qu’ils oublient ça.

Mais pour qu’ils oublient, le chef de l’État a annoncé un dialogue politique auquel il a convié les formations politiques.
Il a bien fait. Et même en dehors du chef de l’État, il y a la Conférence Episcopale du Bénin. C’est moi qui ai conduit la délégation de l’UP pour la rencontre avec les évêques.C’est une bonne opération que les évêques ont faite.Les gens se sont demandé si le chef de l’État n’est pas en train de court-circuiter la CEB. Je dis non, c’est complémentaire, c’est un acte cathartique que les évêques ont fait,en écoutant chacun, mouvance, opposition,ce que chacun a sur le cœur.Le fait de dire, de se vider,c’est un travail préparatoire que les évêques ont fait. C’est des hommes de Dieu,et c’est complémentaire à ce que le chef de l’État est entrain de faire.Et tout ça là, c’est pour concourir à quoi? A la paix.Il nous faut la paix.Sans la paix,on ne peut pas avoir du pain et le pain c’est pour qui? C’est pour le peuple.Donc tout se tient ; « la paix, le pain et le peuple »,donc il ne faut pas penser que certains sont plus béninois que d’autres.Nous sommes tous égaux et quand on parle de la République,retenez deux idées :il y a ce qu’on appelle l’égalité des territoires et l’égalité des citoyens. C’est ça le mot.

Le gouvernement a annoncé qu’il va aider les partis à avoir leur certificat de conformité. Mais jusqu’ici aucun parti de l’opposition n’a eu son certificat de conformité
Ne niez pas l’axiome que j’ai posé au départ.Je dis qu’il y avait un préalable,si les gens sont divisés,il va être difficile pour eux de remplir ces conditions. C’est un préalable. Et vous ne le voyez pas.Ça a été facile pour nous parce qu’on s’est sacrifié.

Mais les FCBE disent qu’ils ont déjà tout fait
Mais ils ont dit ça, chacun peut dire la même chose.Nous sommes dans un État de droit,si vous l’avez fait, saisissez la justice.La justice qu’on a ce n’est pas la justice de Dieu, c’est la justice des hommes.Quand vous êtes deux à vous battre, il faut un troisième pour arrêter, c’est ça la justice, c’est la loi. Que la justice soit juste ou pas, quand les institutions qui sont appelées à rendre une décision l’ont rendue, vous vous y soumettez surtout vous les hommes politiques. Mais quand vous commencez à dire que la justice est instrumentalisée, vous êtes même disqualifié. Prenez l’exemple de la France, prenez un certain premier ministre FrançoisFillon. A la veille de son investiture,la justice l’a coupé net. Vous êtes libre de l’interpréter comme vous voulez. Vous pouvez dire que c’est fait à dessein pour qu’il ne soit pas candidat, c’est possible mais est-ce que les faits qu’on lui reproche sont justes ou pas ? C’est ce que le Béninois ne fait pas. Le Béninois parle d’instrumentalisation. Si un homme politique ne se soumet pas à la justice, il est disqualifié. Parce-que demain quand il sera élu, sur quoi il va se baser pour diriger ? Il y a trois choses : le chef de l’État,pourquoi l’appelle-t-on premier magistrat, président du Conseil supérieur de la magistrature, chef suprême des armées, chef de l’administration ? Il a ses instruments entre ses mains pour mener à bien son projet, son programme. Vous l’avez élu là-dessus et vous le laissez aller au bout de son mandat. Si 5 ans après, ce n’est pas bon, monsieur dégagez. C’est ce que nous devons apprendre : la patience. La démocratie, ce n’est pas la vendetta. Dès la première année, on n’a pas eu le social. Il y a deux types de social : le social conjoncturel et le social durable. Celui qui se bat pour vous donner de l’eau, de la lumière, des routes, C’est du social mais du social durable. Mais le social conjoncturel là c’est qu’est-ce que je vais manger aujourd’hui, et c’est chacun de nous par son travail qui gagne son pain. Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. Et l’ouvrier a droit au salaire. Maintenant il y a parmi nous des handicapés, des gens qui sont malades, Ça c’est autre chose. Et là il y a des programmes spéciaux pour ces genres de personnes.Et vous savez que depuis que ce gouvernement est là, il a amélioré le social. Donc il nous faut un peu de patience, il nous faut un peu de courage, il nous faut avoir la culture de la démocratie, la démocratie du développement, pas la démocratie d’émotion ni la démocratie d’émeute.

Mais les FCBE disent qu’on fait tout pour décimer le parti ou l’empêcher de vivre
Vous avez des opposants qui n’existent plus juridiquement, légalement.Puisque FCBE n’existe plus. Mais on les laisse se comporter comme des partis et intervenir à tout moment.

Vous voulez dire qu’il n’existe plus ?
Mais devant la loi, il n’existe plus. C’est fini ça. Il y a 5 partis qui ont franchi l’étape du ministère de l’intérieur, 3 ont été recalés à la CENA et 2 sont restés juridiquement pour la compétition des législatives 2019. Malgré ça on les laisse faire. Ils peuvent exister de fait. Nous sommes dans un pays démocratique, on les laisse vivre comme des partis. Mais c’est ça que le Béninois ne comprend pas. C’est le pays où les gens sont le plus libres. Ailleurs, vous pensez qu’on peut les laisser ?Vous croyez que dans certains pays que je ne veux pas citer, vous les verriez faire ça ? Remerciez Dieu que nous soyons dans un pays vraiment démocratique. Nous sommes en train d’approfondir, de corriger, de réguler, de rectifier ce qu’on n’a pas pu faire à la conférence nationale pour que notre démocratie aille encore mieux dans le sens du développement. Je vois beaucoup de Béninois aujourd’hui qui ne parlent plus comme au début quand je les avais vus. Mais là ça devient du concret. L’électricité chez moi avant, à chaque minute il fallait courir pour allumer le groupe. Vous n’avez pas idée, quand je rentre au village. L’eau c’était à une heure du matin qu’il fallait aller mettre des bidons pour en prendre pour se laver. Maintenant si vous allez à Abomey, il y a de l’eau 24 h sur 24. Vous croyez que c’est rien ? Et ce n’est pas encore fini. Ayez un peu de patience. Il reste 2 ans environ. Au terme des 2 ans chacun va oublier ça. Moi j’ai des gens qui ont dit « vraiment président, on ne croyait pas, on pensait que c’est comme les autres mais là, ce que j’ai vu là, maintenant vous pouvez compter sur nous ». Les gens viennent faire des aveux. Soyons francs. Au début, l’on pouvait avoir des inquiétudes. C’est humain, c’est légitime. Les gens ont dit que si c’est ce que tous les présidents faisaient avant, Cotonou ne serait pas comme ça et ce n’est pas Cotonou seul. Le Bénin ne serait plus comme ça. Vous allez à Abomey, vous allez à Porto-Novo, vous allez à Djougou; c’est partout. En toute chose il faut de la patience, il faut du courage et je vous le demande humblement.

Les partis d’opposition sans certificat de conformité, qu’est-ce que cela donnera pour les élections prochaines ?
Mais c’est la faute à qui ? Les gens ont dit « faites ceci » Ils disent qu’ils ne veulent pas. Comment on va faire ? Moi je vous retourne la question. Le ministre de l’intérieur les a aidés. Il leur a dit,« faites comme ça » Les gens ont dit non. « Ce n’est pas à vous de nous dire ce qu’on doit faire. » Mais qu’est-ce que vous voulez, ce n’est pas votre papier ? Ne mettez pas telle personnalité au bureau mais cela ne veut pas dire qu’il ne sera pas membre du parti. Vous voulez aller aux élections, vous m’aviez dit. Vous voulez le certificat vous m’aviez dit. Mais on dit « faites comme ça » et vous dites quoi ?

Est-ce que la loi dit que celui qui a des problèmes avec la justice ne sera pas membre du bureau d’un parti politique ?
C’est ce que les gens du ministère pensent que la loi dit. C’est eux qui doivent vous donner ce qu’il vous faut. Ils vous disent « faites ça. » Si vous êtes intelligent, moi à leur place, je le ferai et j’ai mon papier.

Et les Béninois vont encore revivre les tristes moments de violence de mai ?
En tout cas, l’Etat ne les laissera plus faire ce qu’ils ont fait parce que pour une première fois, ils ont surpris les gens. Il y a l’ordre public qui est au-dessus de tout. On dit droit de l’homme, aucun droit de l’homme ne résiste devant la sécurité de l’Etat, la sureté de l’Etat, l’ordre public. L’ordre public, l’ordre constitutionnel est au-dessus de tout. Il ne faut pas que les gens croient que quelques individus peuvent mettre la quiétude d’un pays en danger. On ne serait pas allé aux élections, qu’on n’aurait pas de 8ème législature. On serait dans quelle situation aujourd’hui ? Vous imaginez un instant on serait dans quelle situation dites-nous ? Ceux qui disent « pas d’élection sans l’opposition », quelle opposition ? Qui est opposant ? Aucun d’eux n’a le statut juridique d’opposition. Aucun. Parce que pour être opposant, il y a une formalité à faire. Ils ne l’ont pas faite. Malgré ça on les laisse. Les gens qui ne sont pas de bonne foi, abusent de l’ignorance et de l’analphabétisme de nos populations.

Vous parlez comme si vous critiquiez le président Soglo qui fait partie des sages…
C’est des sages çà? Vous n’allez pas me parler du président Soglo, il a été mon mentor. Vous ne le connaissez pas mieux que moi. Je le regrette, il ne demeure pas sage ; c’est tout. Ce n’est pas des critiques ; quand on a été ce qu’on a été, on ne dit pas certaines choses. Ces deux présidents j’étais très proche d’eux. Mais, ils ont manqué de sagesse. On leur demande de revenir. C’est des gens qui sont encore dans les anciens systèmes. Un individu quel qu’il soit n’est pas au-dessus du pays. Nos egos là, nous devons les laisser et voir le pays.

Mais que dites-vous de la crise au sein de la RB ?
C’est conjugué au passé. Totalement.J’ai soldé déjà le compte de la RB. Mais c’est moi qui ai mis tout le patrimoine de la RB dans celui de l’Union Progressiste.

Vous avez rasé le parti alors que vous connaissez très bien que ce parti appartient à la famille Soglo ?
Écoutez mes amis, la loi est au-dessus des individus. C’est ce que les gens ne comprennent pas. Je vous ai donné les quatre critères pour qu’il y ait parti politique. Vous devez comprendre que ce qu’ils avaient là ce n’était pas des partis politiques. On y a tous contribué de bonne foi. Mais vous devez comprendre que ce n’était pas des partis politiques.

Mais vous êtes en procès au tribunal
Quel tribunal ? Moi j’ai gagné le procès. C’est fini. Ils n’ont même pas qualité pour agir. Ils ont fait appel pour la forme. Je vous dis que ça n’ira nulle part. Ne perdez pas de temps. Revenons sur la bonne voie. Si les gens sont forts comme ils le disent, pourquoi ne pas faire ce que la loi dit? On va voir leurs forces aux élections. C’est pourquoi je vous dis que ces gens cachent leur faiblesse sous le « certificat de conformité ». Sur ces minables mots qui n’ont aucun sens. Quand on vous dit de faire une formalité, cette formalité est attestée par un papier. Que ça s’appelle récépissé, certificat, attestation, tout ce que vous voulez, c’est la même chose. Dès qu’ils ont vu le mot « certificat », « ah ce n’était pas dans la loi ». Ils ont pris ça et disent que le certificat n’est pas dans la loi. Ce que vous avez vu, vous dites qu’on a inventé. On vous dit de vous conformer. C’est dommage qu’il y ait eu des pseudos démocrates des pseudo-juristes qui les ont piégés. Il y a une opposition responsable et modérée, nous nous connaissons. Mais vous avez des illusionnistes, des radicaux, certains parmi eux ont pris les devants. Et il faut arriver à tirer le bon grain de l’ivraie. C’est ce que ces partis doivent faire pour rentrer dans le jeu démocratique. Ce n’est pas de la violence physique, la démocratie. Ceux qui sont adeptes de la violence physique ne sont pas des démocrates, ils le savent. Ils ont piégé l’opposition modérée et constructive et elle aussi est allée droit dans le mur. On ne s’amuse pas avec le feu, sinon on périt par le feu. Il faut que l’opposition soit responsable, se ressaisisse et revienne dans le jeu démocratique. Il n’y a pas de mouvance forte sans opposition forte.

Parlons de la gouvernance Talon qu’est ce qui est fait de bon selon vous depuis 2016 ?
Au début, les gens pouvaient avoir des doutes et rien n’est parfait sous aucun président. Vous n’aurez aucune situation idéale. Mais ce qui est bon, il nous a donné le goût de l’effort et ça je vous jure que sans effort vous n’avez aucun résultat. Les gens qui pensent qu’on peut contourner les choses, faire ami-ami, parent-parent, mais non ! Moi j’ai la mystique du travail, c’est le travail qui crée la richesse. C’est le travail qui fait qu’un pays se développe. Moi je comprends, c’est la méthode de Talon qui est différente. C’est le monsieur qui parle peu et agit beaucoup parce que c’est un capitaine d’industrie qui veut des résultats.

Pour vous qui étiez un ardent défenseur du régime Boni Yayi dont vous aviez été le ministre de la justice, quelle différence faites-vous entre les deux gouvernances ?
C’est la méthode. Je viens de vous le dire. J’étais au début du régimeYayi, je n’étais pas resté jusqu’au bout. Mais quand j’y étais, c’était de la méthode, bien organisé et ça prenait. Mais cette affaire de second mandat a fait que le président s’est écarté de l’essentiel. C’est tout. Donc la méthode n’est pas la même, la vision n’est pas la même. Nous aimons tous le Bénin même les anciens présidents aussi. Mais comment y parvenir ? C’est ça le vrai problème. Les gens vont croire qu’il faut caresser dans le sens des poils, il faut prendre le citoyen, lui mentir. Non. Il faut dire la vérité, il faut travailler. C’est difficile mais il faut y arriver, c’est une question de méthode. Nous allons dire aux gens que le pays est au-dessus de chacun de nous. Nous devons le savoir et quand nos intérêts sont en jeu, nous devons laisser nos intérêts. Car si le Bénin n’existe pas, nous ne pouvons pas yévoluer. C’est le pays d’abord, aucun sacrifice ne sera vain. C’est pour ça que le pays doit survivre à nos intérêts individuels.

Alors M. le Président, selon vous, qu’est-ce qui n’a pas marché dans la gouvernance de Patrice Talon?
Ce qui n’a pas marché c’est le manque de communication. Bon ce n’est pas un secret. Dans la politique, il faut travailler 20% et faire 80% de communication. Mais si vous travaillez 80% et vous ne faites que 20% de communication, personne ne verra ce que vous avez fait. C’est pour dire que c’est ça qui fait la différence. C’est la méthode. Les gens ont parlé de normo-communication. Les gens se sont tus,et vous voyez que les autres en ont profité. Ils ont totalement décimé et ça a été un matraquage. On n’a jamais vu ça. Parce que lui il pense qu’il faut agir. Et je crois qu’il a raison. Parlons peu, agissons beaucoup. C’est l’agir qui va vous donner raison. Donc vous voyez que les mentalités ont commencé à changer. Il y en a qui ont dit qu’il ne fallait pas. C’est comme si demain si par extraordinaire l’opposition venait au pouvoir, ils vont enlever les rues asphaltées et venir remettre les bonnes dames sur les rues. C’est ça le problème. Dès qu’on avance, c’est une avancée. On ne reviendra plus en arrière parce qu’on veut Cotonou plus belle, on veut le Bénin plus beau.

Visiblement quand on est dans le pouvoir, on tient un autre discours M. le Président.
Non, non, pas du tout. Moi j’ai fait le pouvoir, j’ai fait l’opposition. Ce n’est pas la première fois. J’ai fait les deux faces plusieurs fois. Je vous parle en connaissance de cause. Mais il n’y a pas de miracle. J’ai fait les deux faces et je peux en parler avec autorité. Je n’ai pas fait que le pouvoir, j’ai aussi fait l’opposition. Et je vous dis ce qui nous réunit c’est le pays, c’est la loi. Qu’elle soit bonne ou pas, la loi c’est la loi (Dura lexsedlex). Si elle n’est pas bonne, vous pouvez la changer. Et la changer c’est l’alternance. Si vous ne faites pas ça et vous dites que c’est ce que moi je dis, c’est ça qui va passer, que la loi soit bonne ou pas vous la respectez. Mais si elle n’est pas bonne, vous la changez. Mais tant qu’elle est la loi, la loi c’est l’expression générale, c’est le minimum qui nous réunit et on vous dit que si ça ne va pas, il y a des institutions qui doivent régler les contentieux. Ayons la mentalité institutionnelle, même si nous n’aimons pas celui qui est là aujourd’hui, il ne sera pas là éternellement.

Président Zinzindohoue, vous avez été ancien garde des sceaux, ministre de la justice, de la législation et des droits de l’homme, chargé des relations avec les institutions, vous étiez même porte-parole du gouvernement et plus tard vous êtes allé dans l’opposition. Maintenant vous êtes dans le pouvoir. Pensez-vous que vous tenez les mêmes discours?
Non mais puisque, la démocratie suppose l’alternance. A chaque alternance, vous faites une reddition de comptes. La démocratie est une quête au quotidien, elle se construit au quotidien on la corrige, on la régule, il n’y a pas de liberté absolue. Ce serait de l’anarchie. On dit que votre liberté s’arrête là où commence celle d’autrui. Donc c’est toujours le vivre-ensemble et on a besoin de ce minimum, de choses communes et pour qu’il y ait ce minimum, il y a des institutions.

Mais vos camarades qui ont été à la Conférence nationale disent le contraire totalement, ils disent que la démocratie est en recul au Bénin sous Patrice Talon.
Ce n’est qu’une interprétation. Tout ce que nous disons vous et moi, c’est ce que nous appelons la doctrine. Chacun est libre de ses idées, de ce qu’il pense. Les seules institutions habiletés à dire « vous, votre idée est juste », ce sont les institutions constitutionnelles. Et si un ancien ne respecte pas la décision de la justice, il se délégitime lui-même, parce que si on ne fait pas comme ça, ce sera la jungle. Si chacun doit se lever, et dire c’est ce que moi je disqui doit se faire, nous serions dans une jungle. Mais si vous ne voulez pas y aller,vous ne pouvez pas empêcher les autres qui le veulent d’y aller. C’est ça le vrai problème. Les gens se prennent pour ce qu’ils ne sont pas.

D’aucuns disent que les dernières décisions de la justice sont téléguidées par le pouvoir
On l’a toujours dit. Vous pensez que depuis là il n’y a aucun proche du président Talon qui soit dans les mailles de la justice ? La Criet et autres, vous pensez qu’il n’y a personne proche du pouvoir dans ces liens de détention ? Tout ça, c’est des gens qui se cachent derrière ce qu’on appelle la « realpolitik », l’effectivité du pouvoir d’Etat. On a toujours dit que la politique c’est les rapports de force. Vous n’avez pas la force qu’il faut et vous voulez dire que celui qui est là, vous allez le faire partir. Par quel moyen ?

Lionel Zinsou, l’ancien premier ministre, a été condamné à cinq ans d’inéligibilité. N’est-ce pas de l’acharnement ?
Vous me donnez l’occasion de faire une confidence. C’est moi qui, à la 4ème législature, avais introduit la peine d’inéligibilité dans les lois électorales. Lisez donc mon ouvrage intitulé « Ma part de législature », et vous le verrez. Vous pouvez faire toutes les investigations. Avant ça, il n’y a jamais eu peine d’inéligibilité dans nos lois électorales. Il y avait des peines d’emprisonnement, des peines d’amende. C’est moi qui l’ai introduit dans l’arsenal juridique béninois. C’était en 2005. C’est là. J’ai compris que pour un homme politique l’inéligibilité est plus importante que les amendes. Il va payer, même si c’est l’emprisonnement il va y aller et il va enressortir. Quand on dit que vous êtes inéligible pour un an à dix ans selon la faute, c’est plus sensible pour un homme politique. Vous savez qu’un monsieur d’un pays d’à côté a saisi le parquet pour 15 milliards. On ne dit pas comment ces 15 milliards ont servi à la campagne.

C’est la Chambre des comptes qui devrait se plaindre, mais elle n’a rien dit
Il ya des infractions d’ordre public. Le parquet a été saisi des 15 milliards. Ça n’a rien à voir avec la Chambre des comptes. C’est des gens qui ne connaissent pas les procédures.

Une plainte venant de qui?
De celui à qui on a escroqué ou à qui on a pris les 15 milliards. C’est la personne qui a dit « je veux mes sous. »Vous devez faire des montages de marché pour payer les 15 milliards mais ça n’a plus marché. Moi j’aurais aimé que notre compatriote puisse nous éclaircir dans cette affaire. On ne le fait pas mais on dit que la justice est instrumentalisée. Est-ce que en France ça peut se faire comme ça?Est-ce que Fillon avait fait comme ça ? Les présidents Sarkozy ou même Chirac ont fait ça comme ça ?

En tant qu’ancien garde des sceaux, pensez-vous que la justice n’est pas instrumentalisable?
Vous ne savez pas ce que c’est que la justice. Je vous ai dit que ce n’est pas la justice de Dieu. C’est une justice institutionnelle. Vous savez, c’est le garde des sceaux qui acte la politique criminelle d’un pays, c’est le chef de l’Etat, le ministre, le procureur. Vous savez comment la justice fonctionne? Il n’y a pas que le procureur, il y a le juge qui est indépendant. L’indépendance de la justice c’est le juge lui-même, lui seul. Ce n’est pas le procureur qui juge. Beaucoup de gens ne comprennent pas. C’est le juge et lui, il est libre. S’il veut être corrompu, c’est son affaire. S’il veut être instrumentalisé par le pouvoir ou par l’argent ça fait son affaire. Il a tout pour rendre la justice comme il veut, et il est protégé par la loi. S’il se laisse corrompre par quelqu’un, ça fait son affaire. S’il se laisse corrompre par le pouvoir, ça fait son problème.

Serez-vous à la présidentielle de 2021 avec votre propre candidat ou avec l’actuel Chef de l’Etat ?

Le Chef de l’Etat n’est pas un individu ? Ne peut-il pas adhérer à un parti ? S’il n’est pas membre de l’UP aujourd’hui, si avant 2021, il en devient membre et que nous voulons qu’il soit notre candidat, allez-vous l’en empêcher ? Savez-vous ce que le Chef de l’Etat a voté aux dernières législatives ? Il n’est pas citoyen comme vous et moi ?

Le calendrier politique de 2021 se joue dès maintenant
Tout ça, ce n’est que des hypothèses. Dieu seul sait qui seront là en 2021. Ce n’est pas la peine de spéculer. On ne va pas faire de la politique -fiction. Mais comme vous le dites, si des candidats eux-mêmes s’excluent, que voulez-vous ? On dit « vous avez assumé des responsabilités dans le pays, on vous reproche des choses, venez répondre. » Vous dites :« non je ne réponds pas ». Qui vous exclut là ? L’homme politique qui refuse la justice de son pays, se disqualifie lui-même. Si je sais que je n’ai pas fait quelque chose dont on m’accuse, je viens démontrer que je ne l’ai pas fait.

La majorité de ceux qui sont passés devant la Criet ne sont plus rentrés chez eux !

La Criet existe depuis quand ? Des gens sont partis avant la création de la Criet. La Criet n’existait pas, mais ils sont partis. Ça veut dire que les gens s’excluent d’eux-mêmes et viennent mettre ça sur le dos du pauvre ministre de l’intérieur.

Un mot de fin

Il faut tout faire pour que la paix revienne dans notre pays. Il faut que nos amis d’en face reviennent, se réinventent et remplissent les formalités. On aura du plaisir à les voir pour les prochaines échéances électorales. Qu’ils ne fuient pas sous couvert de « certificat de conformité ». Il serait facile qu’ils fassent cela pour les communales et locales. Il faut aussi que d’autres pays viennent à l’école de notre réforme du système partisan. Nous devons continuer d’être le laboratoire de la démocratie et c’est ensemble qu’on le fera. Ils doivent s’assumer et ne pas chercher de bouc émissaire. C’est ça la responsabilité. Il faut maintenir la démocratie du développement et non celle d’émotion ou/et d’émeute.

Carte d’identité: Mystique du travail

Daniel Abraham Zinzindohoué est un normalien. Né à Bohicon en 1948 d’un père opérateur économique plutôt aisé, il a fait le choix de se battre pour s’en sortir dans la vie, comme le lui a toujours conseillé son père. Il fait ses études primaires à Abomey, le secondaire à Parakou, puis l’Ecole normale d’instituteur ainsi que l’Ecole normale supérieure. C’est qu’après son baccalauréat série sciences économiques décroché au lycée technique Coulibaly, il avait choisi de travailler et d’étudier tout à la fois. Enseignant au primaire puis au secondaire et au supérieur avec tous les certificats d’aptitude pédagogique requis à tous ces niveaux, il a fait une maîtrise puis un doctorat en droit. C’est un spécialiste du droit processuel, droit de la procédure, après un doctorat obtenu en 1982 en France. Il entre alors à l’université où il a commencé à enseigner dès les années 80. Pour devenir avocat, il fait un stage de deux ans aux cabinets Fèliho et Assogba avant de s’installer à son propre compte. Entré très jeune en politique grâce à son militantisme dans le mouvement associatif et syndical,il est de tous les combats. C’est dans ce sillage qu’a eu lieu le colloque intitulé :« le défi démocratique » qui a concouru à la préparation de la conférence nationale. Des personnalités comme le futur Président Soglo ont été invitées pour présenter des exposés dans ce creuset qui a fait plus tard leur promotion lors de la conférence nationale. « C’est dans l’ombre qu’on a fait beaucoup de ces gens qui disent aujourd’hui, « j’ai fait telle personne, ceci cela », s’indigne-t-il. Mais il en a aussi tiré les dividendes. Député lors de la première législature, il est président de la Cour Suprême de 1995 à 2000, député à nouveau à la quatrième législature, avant d’être nommé ministre de la justice sous le régime Boni Yayi. Il en était là quand il a été choisi comme président de la Cour de justice de l’Uemoa, de 2007 à 2013. En 2019, Abraham Zinzindohoué est élu à nouveau député. Quand on lui rappelle qu’il doit sa longue carrière politique au président Soglo, il ne laisse pas passer : «Ce n’est pas le président Soglo qui m’a aidé à avoir tous les diplômes que j’ai eus. J’étais à un niveau où si je n’avais pas les compétences, je n’allais pas évoluer. Il était à un niveau où s’il n’avait pas les compétences, Kérékou ne l’enverrait pas à la Banque mondiale. Donc, chacun fait toujours quelqu’un. Dire qu’on a fait quelqu’un, c’est de l’égoïsme aveugle. » Et d’ajouter : « Tout ce que j’ai fait dans ma vie, je l’ai fait par conscience. S’il faut recommencer, je le referai. Je n’ai rien fait qui soit contraire à ce que j’ai souhaité.»

Intimité: Ancien footeux

Marié à l’actuelle présidente de la Haute Cour de Justice, Abraham Zinzindohoué est père de cinq enfants dont l’aîné n’est plus de ce monde. Les quatre autres sont tous des juristes comme leurs parents. Si vous l’invitez à table, il aime tous les mets béninois sauf la sauce gombo et la pâte de maïs. Par contre, il adore les légumes et les fruits.Ancien sociétaire de l’Etoile sportive de Porto-Novo, Abraham Zinzindohoué a été un footballeur « professionnel ». Mais aujourd’hui, il fait de la marche pour maintenir la forme.

Par La Rédaction

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