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Le triomphe de la vérité

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Edito: La rançon de la violence


Ce qui se passe à Tchaourou aura de graves répercussions économiques. Après les violences de mardi et de mercredi qui ont semé le chaos dans la ville, ce jeudi a vu le déploiement des forces militaires venues disperser les manifestants dont certains sont armés. Nous tendons vers une crise majeure dont l’issue reste difficile à cerner.
On apprend, entre autres, qu’après le commissariat qui a été incendié, le siège de l’Union des producteurs de la commune a été mis à sac et incendié. Dans de pareilles circonstances, ce sont les badauds qui profitent du chaos généralisé pour semer la terreur. Maisons pillées et incendiées, la route inter-Etat bloquée, le marché central de Tchaourou fermé, il n’y a pas de doute qu’un véritable état de guerre est en cours dans la localité. Mêmes scènes à Savè où une station d’essence a été incendiée ce jeudi. La contestation a désormais pris des allures d’une lutte armée. L’espoir d’un dégèle agité par les appels à la paix, est désormais fragile. Tandis que les politiques s’affrontent en utilisant les populations civiles, celles-ci s’entredéchirent en détruisant le peu d’infrastructures qu’elles avaient. C’est un recul économique qui risque de frapper toute la région.
Il n’y a pas en effet de comparaison possible avec la Côte-d’Ivoire, contrairement à ce qu’analysent certains observateurs. Le pays a beau avoir connu dix années de guerre civile, la Côte-d’Ivoire a constamment conservé son titre de moteur économique de l’UEMOA. Parce qu’il s’agit d’un pays à agriculture florissante. L’avènement d’Alassane Ouattara à la tête du pays a encore relancé la machine productive, faisant de l’empire du cacao une puissance régionale incontestable. La Côte-d’Ivoire reste l’un des moteurs de la croissance économique en Afrique. Malgré la guerre.
Aujourd’hui, dans un Bénin où le coton, principal produit d’exportation, a enfin commencé à enregistrer de bons résultats après des années de recul, il est à craindre que les mouvements politiques en cours ne plombent ces réalisations. Le Bénin est un pays pauvre, voire très pauvre. Je suis de ceux qui pensent que si nous avions des ressources minières comme dans certains pays, l’irresponsabilité presque héréditaire des hommes politiques nous aurait précipité depuis longtemps dans la spirale d’une guerre civile. Car la guerre est une question de ressources financières. La malédiction des ressources minières qui a frappé une bonne partie des pays richement dotés d’Afrique, n’a pas encore touché le Bénin. Les crises armées longues et protéiformes, sont toujours financées par des officines, publiques ou privées, nationales ou étrangères. Jusqu’ici, le Bénin n’a jamais été au centre de l’attention de ces vautours qui aiment ce genre de crise profitant à leurs industries de mort. La question est de savoir si nous allons leur permettre de se faire des milliards sur les morts qui sont déjà comptabilisés, comme ils l’ont fait au Libéria, en Côte-d’Ivoire, en Sierra-Léone ou ailleurs.
Ce qui est évident, c’est qu’à l’heure actuelle, l’activité économique est aux arrêts dans Tchaourou. Le Bénin qui tire une bonne partie de ses revenus de son rôle de service aux Etats de l’hinterland à travers les activités portuaires, risque de recevoir un coup de massue. Les lourds investissements réalisés, notamment au port de Cotonou et les ports secs du pays, vont encore attendre longtemps avant d’être rentabilisés. Ce cercle infernal n’est encore rien face à l’image négative que génère le chaos en cours. Si les investissements directs étrangers dont le pays a besoin restent notoirement difficiles à trouver, il sera encore plus complexe de les mobiliser dans un contexte d’instabilité sécuritaire et politique.
Quoi que l’on dise, la stabilité politique et institutionnelle du Bénin est l’un des vecteurs des progrès économiques enregistrés depuis la conférence nationale. Que ce soit les bailleurs de fonds internationaux ou les grands groupes étrangers qui viennent faire des affaires dans notre pays, l’atmosphère de paix relative constitue un facteur essentiel qui les attire vers nous. Les événements en cours nous ôtent un argument et un motif réel de fierté.
Autrement dit, cette crise aura des répercussions économiques, aussi bien au plan local que national. Nous ne sommes dès lors qu’au début d’un pourrissement dont le degré de gangrène est à peine perceptible par ceux qui incitent à la haine.

Olivier ALLOCHEME

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