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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec le professeur honoraire Honorat Aguessy :«Vous ne pouvez jamais vous développer sans la sociologie»


Le Professeur Honorat Aguessy connu sous le vocable « le père de la sociologie » pour avoir été à l’origine de la création du département de sociologie, sera honoré au même titre que plusieurs autres enseignants à compter du 10 avril. Ainsi en ont décidé les autorités décanales de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales (Fashs) sous le parrainage du Recteur de l’UAC, le Professeur Maxime da Cruz. Cet enseignant rompu à la tâche livre au cours de l’entretien ci-après, tout sur sa biographie, son parcours, sa bibliographie, les raisons qui ont motivé la création du département de sociologie, d’une part et l’évolution dudit département d’autre part. Il n’a pas manqué de saluer l’initiative d’organiser un colloque pour lui rendre un hommage mérité. Tel un bon enseignant soucieux de l’avenir de ses enseignés, le Professeur Honorat Aguessy a profité pour prodiguer des conseils à la jeune génération. 

L’Evénement Précis: Qui est Honorat Aguessy ?

 

Honorat Aguessy:Je suis un africain. A savoir c’est-à-dire, je viens du berceau de l’humanité et je tiens beaucoup aux valeurs de ce berceau de l’humanité. Je tiens à l’antiquité de ce berceau de l’humanité puisque, parler de l’Afrique, c’est parler de millénaire de l’ancienneté de son histoire par rapport à d’autres Continents. Si vous voulez que je joue le rôle de tohossou dans ce cadre en me présentant, je vous dirai que je suis le professeur Aguessy, ancien élève du collège Victor Ballot, élève de la 2e promotion de l’enseignement secondaire créé par les colons. Car, il a fallu attendre 1947 pour créer le premier collège d’enseignement secondaire au Dahomey. Le colon après la conquête en 1894 a attendu 1947 pour faire fonctionner le premier collège, et le premier établissement d’enseignement supérieur. Je ne vais manquer de mettre l’accent là-dessus à propos des 50 ans et même des 70 ans de l’enseignement secondaire. Moi je suis de la deuxième année, c’est-à-dire de la promotion de 1948. En tant que tel, c’est la première promotion qui a connu la participation de beaucoup de jeunes filles avec les hommes au collège Victor Ballot.

Il y a le collège des jeunes filles à part. Mais pour la seconde promotion, les jeunes filles qui voulaient entrer dans le cycle classique se sont inscrites dans le collègue Victor Ballot. Elles étaient une dizaine avec nous. Tout s’est bien passé. En tout cas, moi dans ce collège jusqu’à ce que j’ai eu à quitter le collège après le baccalauréat, en 1955, j’étais le président de l’équipe de basketball, président de l’équipe de volleyball et vraiment, le recordman du lancer de javelot, et d’autres choses sur le plan technique et physique surtout. Car, il fallait développer le physique. Jusqu’au dernier jour, nous avons vraiment développé le sport et il faut vous dire que pendant cette période, personne ne pouvait battre le collège Victor Ballot, aucune équipe européenne installée au Dahomey, installée en Afrique ne pouvait nous battre. Car, on s’entraînait sérieusement pour jouer le rôle qui convenait et même pour le basketball, nous avons toujours eu raison de l’équipe qui l’emportait sur tout le monde avant la naissance de celle de Victor Ballot à savoir Espérance. Après justement, il a fallu aller dans le supérieur et comme le colon a décidé qu’on ne pouvait pas l’organiser directement sur place, et qu’on ne pouvait pas non plus aller directement en France, puisqu’il fallait passer par la capitale de l’AOF à savoir le Sénégal, il fallait un an de propédeutique 1955-1956.C’est après cela que j’ai rejoint la Sorbonne pour la licence 1956-1958 en philosophie (unique diplôme pour la philosophie et la sociologie à ce niveau et à cette période). Pius le diplôme d’étude supérieur 1959 pour maintenant entrer au CNRS comme l’un des 3 premiers africains membres du Cnrs (centre national de recherche scientifique de Paris). Nous étions trois africains, un Camerounais, un Togolais et moi-même.

Après j’ai tout fait dans le cadre de la Sorbonne. Là, on ne pouvait pas rester exclusivement avec les études tout le temps. On devait s’enquérir de l’identité et des perspectives concernant l’Afrique. C’est pourquoi j’étais président de l’association des étudiants Dahoméens en France ensuite en 1960, président de l’union générale des étudiants et élèves dahoméens où qu’ils fussent en Russie, en Chine, en Afrique, aux Etats Unis, au Canada, n’importe où, j’étais leur président. C’est en tant que tel que j’avais pu en mai 1961 envoyer un message aux responsables politiciens du Dahomey d’alors pour dire que tous ces élèves et étudiants du Dahomey me priaient de demander aux autorités politiciennes de bien vouloir veiller à ce que désormais on n’envoie plus directement en prison des militants politiciens qui veulent être surtout des militants politiques et non des politiciens, mais qu’on veille bien passer par le tribunal en cas de faute de leur part. Là-dessus, il y a eu une réponse qui ne s’est pas fait attendre parce que deux mois après, le gouvernement d’alors a envoyé un message en France pour demander qui sont ces jeunes qui se mêlent de ce qui ne les concerne pas ? les Oscar Lalou, CooviTchékété qui étaient les grands syndicalistes dans le temps avaient cessé de diriger en tant que syndicalistes et nous autres, nous nous trouvions seuls pour intervenir dans cette situation. Pour des étudiants qui n’avaient jamais raté une année, on dit que la bourse est supprimée. Mais nous avons travaillé de sorte qu’on a eu à passer le doctorat de sociologie en 1968 et après on a eu à être le premier à soutenir la thèse du doctorat ès lettre et sciences humaines avec la mention convenable pour être habilité à enseigner à l’université. La mention convenable parce que avant moi, il y avait un devancier cheik AntaDiop qui avait soutenu sa thèse. J’étais à la soutenance de thèse avec d’autres africains en 1963. Dans la salle c’était vraiment houleux. Lui qui a publié des livres sur nation nègre et culture etc., il devait rendre compte de tout cela à la soutenance de thèse. Et lui aussi ne manquait pas de répliquer. Il pouvait dire à tel membre du jury, mes chers messieurs, avant que je ne me trouve dans cette position de faiblesse où je suis celui qui a besoin de vos conseils, c’était à moi que vous adressiez tout le temps pour avoir des informations sur l’Afrique. Mais aujourd’hui, c’est comme si je ne savais rien, c’est comme si vous ne me connaissiez pas. Vous me posez des questions comme si j’étais un ignare etc. tout s’est passé de sorte qu’au résultat final, il n’a pas réuni la mention requise pour pouvoir enseigner à l’université. Mais nous qui avions suivi sa soutenance, avions promis de le venger.  Moi personnellement, j’ai tenu à cette promesse et tout s’est bien passé en tant que premier docteur ès lettre et sciences humaines habilité à enseigner à l’université. Et à l’université, il y a eu la commission d’habilitation à l’enseignement supérieur en France qui a reconnu tout cela. C’est après cela, que le recteur d‘alors m’a demandé coûte que coûte de rejoindre le Dahomey. Il se trouve qu’ils ont cru devoir me nommer doyen du département d’étude littéraire entre temps. Moi j’ai dit que les choses ne peuvent pas se passer comme cela. On a créé la faculté des lettres arts et sciences humaines Flash. Et c’est cela qui a fonctionné jusqu’à ces derniers jours où vous avez cru devoir aller à un autre balbutiement je ne sais à quoi c’est dû. Mais de tout façon, désormais vous vous ‘’fashez’’. Au lieu que ce soit Flash, c’est Fash. Nous, nous avons organisé la Flash et cela a été suivi par d’autres territoires africains. Le Sénégal, le Niger, la Côte d’Ivoire, la Guinée, tous ces pays nous ont suivis en créant cette faculté des lettres, arts et sciences humaines. Même pour le département de sociologie, nous avons été les premiers à le créer. Au Sénégal, les autorités n’entendaient pas laisser les sociologues fonctionner comme tel, comme j’ai créé le département de sociologie. Mais tout doucement, ça a commencé un peu partout à fonctionner. Entre temps l’Unesco a fait parvenir à tous les pays du monde lui appartenant un message disant qu’elle a besoin d’une sommité dans le monde pour gérer l’enseignement supérieur en Afrique en son nom. Ayant reçu le message, j’ai pu réagir tout comme d’autres enseignants et un beau jour l’Unesco a envoyé une réponse dans laquelle elle faisait comprendre que je suis passé en tête de liste et donc retenu par la commission sur plus de 200 candidats des européens, des Canadiens, des Asiatiques, des gens du monde entier. Malheureusement, mon pays a répondu qu’il ne sait pas comment ils ont pu rentrer en contact avec moi jusqu’à me placer au sommet pour gérer l’enseignement supérieur pour l’Unesco. Il n’est membre d’aucun parti révolutionnaire, nous ne le connaissons pas. Toujours est-il que malgré cette réponse sordide, moi, une semaine après, devant participer à une réunion internationale, j’ai pris contact avec l’Unesco. Et c’est ainsi que je suis devenu le directeur du programme de l’enseignement supérieur pour l’Afrique toute entière. Cela a pu durer jusqu’à l’âge de retraite en 1994 où j’ai pu quitter ce poste. Si non c’est moi qui ai dirigé pendant plus de 15 ans l’enseignement supérieur sous la direction du directeur général MakhtarMbow qui tenait à des valeurs africaines. Après cela je suis revenu chez moi.

J’ai dû créer dès le retour, l’Institut de Développement et d’Echanges Endogènes (IDEE) qui fonctionne tout le temps. Nous avons depuis 1994 l’université de la pertinence qui fonctionne du 1er août au 31 août. Et avec cela, c’est au moins quelques 200 heures de cours pour la pertinence de l’éducation. Les étudiants qui sont là savent comment avec 8 heures par jour ; dès le 1er août quand d’autres sont en train de faire fonctionner leur corps en grimaçant de sorte que les genoux arrivent au menton, lors des défilés du 1er août, nous autres, nous sommes déjà au travail. Pour dire que nous ne sommes pas encore indépendants. Et qu’il fallait lutter pour l’indépendance. Nous sommes toujours dans ce sciage mais quel n’a pas été l’étonnement de mon Chef d’Etat, le président Kérékou quand il est venu présider une réunion sur le panafricanisme ici, le 26 avril 1999 ? Dès le portail, je suis allé l’accueillir. Et qu’est-ce qu’il me pose comme question : Doyen, qu’est-ce que je suis en train de voir là ? Qui est derrière toutes ces réalisations ? je lui ai répondu, cher président, sachez que c’est celui que vous appelez votre doyen qui a pu investir tous les centimes jusqu’à la réalisation que vous êtes en train de voir et qui vous émerveillent. Il n’y pas de partenaires, il n’y a pas d’accompagnement. Et d’ailleurs, s’il y avait un partenaire, vous l’auriez à travers les services d’informations secrets et on vous aurait dit, le professeur a obtenu tel soutien ou tel argent.

Entre temps, j’ai dû effectuer une mission pour l’UNESCO vers l’Haïti en 1978 l’Unesco m’a envoyé en mission en Haïti pour leur dire qu’ils doivent gérer la route des esclaves conformément aux textes de l’Unesco. Parce que tout était devenu politisé en Haïti. Ce projet est revenu au & Dahomey 1 & alors que nous avons l’habitude d’appeler Haïti & Dahomey 2 &. C’est de là que nous avons désormais la route de l’esclave au Dahomey. Moi qui ai étudié les prétendus esclaves, moi qui l’ai enseigné à l’université d’Abomey-Calavi et qui l’ai enseigné un peu partout en Afrique en tant que directeur de l’enseignement supérieur, et qui étais en mission, je ne pouvais pas rester avec mon argent et dire, il me faut tel ou tel rayonnement pécuniaire. C’est alors j’ai eu à mettre en place Zomachi à côté de Zomaï qui signifie la lumière ne doit pas s’approcher de tel ou tel endroit pour ne pas révéler l’identité des personnes qui sont apprêtées pour aller de l’autre côté de l’océan Atlantique. Et contrairement à cela, moi j’ai créé Zomachi, la lumière ne doit jamais s’éteindre. Et le jour même, je devrais remettre l’argent nécessaire au chef de famille qui dirige Zoungbodji, il n’a pas manqué de réunir tous les responsables qui sont sous son autorité pour leur dire, chers frères, chères sœurs, vraiment Dieu fait bien les choses. Quand vous êtes à Zoungbodji vous devez pour n’importe quel problème venir à Cotonou me rencontrer et quand vous avez l’habitude de trouver une réponse positive à tous vos problèmes, est-ce que vous savez que c’est sous l’autorité du père de celui qui est là aujourd’hui que je travaillais avec la commission africaine de construction écologique de Cotonou CACEC.

 

Dans cette inspiration, comment vous est arrivée l’idée de créer le département de sociologie ?

Ah non. Il y a d’abord Zomachi. Et Zomachi est pour montrer le génie de l’africain. Mettre à la lumière ceux-là qu’on a cru réduire au statut d’esclave, ils ont montré qu’ils étaient toujours de vrais génies. Ils étaient interdits d’école, interdits d’enseignement, interdits d’éducation, et malgré cela, beaucoup d’entre eux ont été de grands inventeurs. Vous prenez de 1882 à 1899 par exemple, vous avez plus de 100 inventions venant de ces prétendus esclaves. Vous avez Latimer, c’est la lumière électrique. Vous avez Granville Woods, c’est une trentaine d’inventions qu’on lui reconnaît au moins. Surtout pour la construction de tunnels pour voies ferrées électriques. Le frigidaire avec John Standard, l’ascenseur avec Alexander Miles, le moteur rotatif, etc… En fait ce qui a été fait par Carven, Quant dans les Etats unis, il a été complètement détruit on ne sait par quel animal des centaines d’hectares de blés. C’est cet africain qui a pu trouver l’antidote. A partir du cas de cet esclave, les Etats Unis ont recouvré leur identité pour produire du blé. Ces esclaves, moi je dis que même si les autorités politiciennes ne les reconnaissent pas, c’est notre devoir à nous autres sociologues spécialistes des sciences sociales, anthropologiques, de révéler cela. Vous avez là un monument et il se trouve que Dieu a été avec nous. Car, nous avons là l’arbre qui est appelé le bois … l’arbre de la conférence du 14 août 1791.

 

Pourquoi la création du département de sociologie ?

C’est parce que c’est capitale. La sociologie dans le fonctionnement de l’éducation, dans le fonctionnement de l’enseignement supérieur, en Afrique et dans le monde c’est capitale. Et moi qui ai eu cette possibilité de travailler avec de grandes autorités à la Sorbonne qui étaient des sociologues, j’ai pris un goût énorme pour la sociologie. Car, la sociologie est un domaine très important. Vous ne pouvez jamais vous développer sans la sociologie, sans connaitre tout ce que la sociologie vous apporte. Je dois vous dire que le jour où je devais même soutenir ma thèse, le recteur de l’université du Congo Kinshasa a tout fait pour être présent. Mgr Tchibangou était à ce rendez-vous. Il y tenait mordicus et était heureux de participer à cette soutenance de thèse. Et après cela, pourtant c’était l’invitation au Congo pour telle ou telle conférence sur la sociologie de la part du cardinal Malula, c’était des invitations aussi pour leur parler sociologiquement de l’Afrique. Vraiment, sans la sociologie nous ne pouvons pas mieux comprendre les choses. Il est vrai que la sociologie implique l’histoire et implique pas mal de choses. Bravo pour ce département qui a été créé et qui a apporté beaucoup pour ce territoire du Bénin mais à toute l’Afrique. Car, un peu partout, tout le monde a suivi ce qui a été fait au Dahomey.

 

Dites-nous-en quelle année ce département a-t-il été créé ? Comment a-t-il évolué et quels sont les acteurs qui vous ont succédé ?

Je suis rentré en 1975 et il se trouve que le 16 janvier 1976, le président de la république a tenu pour la première fois à être à l’université d’Abomey-Calavi. On lui a dit qu’il y a un certain doyen-là qui va intervenir.  Le président est arrivé, lui aussi devait tout piéger. Quand le recteur est intervenu, il dit qu’il donne la parole à un doyen qui va intervenir au nom de l’université. C’est le doyen de la faculté des sciences de la santé qui est intervenu. Mais comme on lui a parlé de moi, et du fait que je n’étais pas intervenu, il dit un autre doyen. C’est quelqu’un d’autre qui est intervenu jusqu’à l’avant dernier doyen. Alors le président a dit nous voyons qu’il ne reste qu’un seul doyen qui ne soit pas intervenu jusque-là, et moi de dire au président, comme l’a dit un grand penseur, c’est un mal de ne pas avoir assez d’esprit pour se taire, mais assez de jugement pour parler. Je voulais avoir assez d’esprit pour me taire, mais voilà que vous me contraignez à avoir assez de jugement pour parler. J’accepte d’intervenir et c’est comme ça que je suis intervenu. Je lui ai dit tout ce que je pensais, comment la faculté des lettres, arts et sciences humaines était la faculté pour la révolution. Comment ce que nous ne manquons pas d’enseigner tout ce qui concerne Karl Max, les révolutionnaires, Lénine et que vraiment ce sont des apports à la société, à l’évolution de la société qui nous concerne que vraiment, là où était installé le podium que c’est derrière notre faculté. Que nous sommes sûrs que la faculté va beaucoup leur apporter. Car, c’est une faculté qui édifie le monde. Ayant tout entendu, sa première réaction était de dire vis-à-vis des étudiants : quand les autres doyens parlaient, vous êtes restés apathique, dans un mutisme incroyable. Mais dès que celui-là eut pris la parole, dès son premier mot, vous avez commencé par applaudir. Qu’est-ce qu’il représente pour vous ce doyen-là ? Et lui-même a apprécié ce qui a été dit. Et comme moi je ne disais pas ehuzu, les gens de son équipe me suppliaient de dire prononcer cela. Mais j’ai refusé. Ils sont venus vers la science et non vers les provocateurs. Et je suis allé du début jusqu’à la fin sans les slogans. Et tout s’est bien passé. Et une semaine après, il devait y avoir une manifestation pour l’enseignement supérieur, je n’étais pas là avec le recteur DAN. Mais le président de la république n’a pas manqué de m’envoyer un tableau.

On ne peut pas envisager l’enseignement des sciences sociales sans la sociologie. Pour moi c’est cela.

 

Que retenir de l’évolution du département de sociologie ?

Il ne s’agit pas des professeurs tout simplement. Il s’agit des étudiants qui prenaient très au sérieux ce qui se passait. Et c’est ainsi que nous avons eu la génération des TingbéAzalou Albert, la génération des Odoulami, plusieurs autres qui tenaient à l’excellence. La génération de madame Fourn. Elle s’est retrouvée entre temps au Canada. Moi j’étais au canada pour sa soutenance car, nous n’avons pas le jury approprié pour cette soutenance. Et le jury était surpris par la qualité de ce qui pouvait être donné comme éducation en Afrique et enfin à celle qui soutenait sa thèse au Canada. Ils ont beaucoup apprécié ce qui se passait au Dahomey.

 

Que pensez-vous d’une initiation de colloque pour vous rendre hommage ?

Disons que moi qui suis président du conseil mondial du panafricanisme, moi qui suis à Ouidah président du cadre de concertation des organisations de la société civile qui tient beaucoup à l’excellence, à la veille citoyenne, à l’abnégation, moi qui tient à ces valeurs, je ne peux que saluer ce qui vient de ce département de sociologie. Ça répond à tout ce qui est requis du côté de la société civile. Or, c’est du côté de la société civile que vient l’excellence. C’est merveilleux. Vous faites les choses avec la pro-activité, la compétence, la quête de l’excellence requise et la veille citoyenne. Vous dites qu’il ne faut pas oublier que quelqu’un s’est sacrifié pour faire telle ou telle chose pendant que les autorités politiciennes n’étaient pas partie prenante à ce moment-là pour le département de sociologie. On pouvait même envoyer de la part du gouvernement telle ou telle personne et le doyen que je suis pouvait dire non : nous ne recevons pas cette personne. C’est à nous de choisir et d’apprécier le niveau des enseignants, le niveau de ceux qui doivent prendre la parole à l’université. Ils savent tout cela en ce qui me concerne.  Alors c’est d’ailleurs après tout cela qu’un jour alors que je me trouvais à une conférence au Cameroun, je crois bien, à mon retour j’appends que les autorités ont cru devoir m’éjecter de mon poste de doyen des facultés des lettres arts et sciences humaines et quelques temps après, le ministre qui était là avait honte de tout ce qui s’était passé. Ils ont cru devoir me nommer directeur général de la recherche scientifique et technique au Dahomey. C’est de ce poste que je suis parti à l’Unesco.

 

Quelles sont les œuvres que vous avez laissés aujourd’hui à la jeune génération ?

Il y a d’abord ce qui doit venir de nous-mêmes. Nous n’avons rien à attendre d’abord des autres. Pour celui qui appartient à ce département, il faut tout exiger de soi avant de s’attendre à quoi que ce soit de la part des autres. Donc l’égocentrisme doit être jugulé. On doit s’efforcer d’être maitre de soi-même, d’être exigent vis-à-vis de soi-même. Et cela, je crois que ceux qui sont passés par ce département y tiennent beaucoup. Ils tiennent beaucoup aux valeurs car, nous avons toujours dit aux étudiants que ce sont les valeurs qui comptent. Et dans la vie, comme on le dit en fon, ce ne sont pas les sin interdits seulement qui comptent, mais c’est aussi les nouvènou qui comptent. Cette université et surtout cette faculté est dans l’excellence. C’est ce qui me ravit.

 

Des distinctions qui témoignent de la qualité d’homme que vous êtes….

C’est de manière très simple que tout a été géré. De toute façon, la maitrise du corps a été au rendez-vous de la maitrise de l’intellect. C’est pourquoi tout le temps, l’intéressé pouvait s’en tenir à tel ou tel sport. Même à Dakar, il était le président de l’équipe africaine de basket-ball. Je peux dire que l’année que j’ai passée là, l’équipe de basket-ball de l’université a battu toutes les autres équipes africaines qui ne sont pas universitaires et a été championne d’Afrique.

 

Y a-t-il des livres qui ont été produits et que la jeune génération pourra exploiter ?

Certainement.

 

Quels sont vos conseils à l’endroit de la jeune génération qui s’efforce pour maintenir la flamme de l’éducation allumée au Bénin ?

Je trouve que malgré ce rôle qui a été bien assumé par un compatriote, le formatage continue lors qu’il faut aller vers l’éducation. Qui doit conduire de la nullité vers l’excellence. D’après les grands penseurs, sans éducation, il n’y a pas politique. C’est pourquoi les grands politiques sont les meilleurs de la société. Vous prenez le politique de Platon et non la politique ; vous prenez la république de Platon, c’est le meilleur sur le plan intellectuel. C’est le meilleur qui gère les valeurs. Vous prenez la politique d’Aristote, vous vous rendez compte que c’est le meilleur qui fait telle ou telle chose. Vous prenez par exemple ce qui s’est passé entre Platon et Dion. Platon estimait que parmi ses disciples, Dion qui était d’un brio extraordinaire était celui qui devait diriger Ciracule. Après la qualification de Dion, il n’a pas manqué d’effectuer le voyage en Ciracuz avec Dion pour l’imposer presque. Et les gens de Circule ont risqué de le mettre en prison. C’est pour dire que parler de l’excellence, c’est parler du politique qui doit toujours rayonner, aller de l’avant ce qui ne doit jamais être confondu avec des considérations politiciennes qui nous titillent et nous envoient vers la médiocrité.

 

Le département de sociologie n’a pas existé sans l’université d’Abomey-Calavi. Dites-nous vous ce que vous savez de l’histoire de cette université ?

On n’a pas voulu de la création de cette université. Et quand l’idée a commencé à germer, il s’est agi de demander où camper cette université. D’aucuns étaient pour Ouidah, d’autres pour Abomey-Calavi et d‘autres pour d’autres endroits. De bataille en bataille, Abomey-Calavi qui avait mis des hectares à disposition a été retenu.

Pour ceux qui devraient s’occuper de la gestion de l’université, les meilleurs étaient en Côte d’Ivoire. Par exemple, le premier à diriger était avec le président de Côte d’Ivoire qui n’entendait pas le laisser venir assumer ses responsabilités de recteur de l’université d’ici. Il a dit qu’il devait le garder en Côte d’ivoire pour lui former des autorités intellectuelles. Il a gardé longtemps Edouard Adjanohoun pour lui préparer de bons docteurs avant qu’il ne vienne pour prendre l’université. Après lui, il y a eu Vincent DAN. Et c’est comme çà tout a commencé. L’université, disons que si on devait créer les premières universités, c’est au Dahomey que cela devrait être fait. Mais certaines choses comme ce qui s’est passé avec les étudiants en 60-61 quand nous devions prier les autorités politiciennes de bien vouloir faire telle ou telle choses, on ne veut jamais entendre les compatriotes. Et ce sont les colons qui sont maitres, non seulement depuis leur pays là-bas, mais surtout sur place ici. Ce sont eux qui dirigent tout.

Les recteurs Adjanohoun, Dan ont été merveilleux. Ils ont dirigé les trucs correctement. Mais il faut qu’on sache que l’université est un centre d’excellence. Un centre où il faut éduquer des compatriotes de haut niveau sur le plan intellectuel, au niveau des valeurs. Il faut accorder beaucoup de valeur à l’université. Nous avons été parmi les dernières universités créées en Afrique et pourtant nous jouons bien notre rôle. Vous savez qu’entre temps, nous devions aller au Togo, au Sénégal pour telle ou telle formation alors que déjà de là-bas les gens nous admiraient. En France, on ne manquait pas d’admirer le Dahoméen. Je me rappelle ce qui s’est passé quand je passais l’orale pour le dernier certificat de licence. Le plus grand professeur de la Sorbonne qui me reçoit pour l’orale me pose la question suivante : Monsieur, qu’est-ce que vous venez faire au nom de Honorat Aguessy. Ça ne peut pas être vous. Là-dessus, il se lève, il va voir Jean Guitton de l’académie française, vous savez que nous avons l’orale à faire passer. Et le meilleur à l’écrit c’est Honorat Aguessy, et c’est un africain qui s’est présenté. Comment ça fait ? Connaissez-vous celui-là ? Les autres lui ont répondu oui et l’ont convaincu.

C’est pour vous montrer comment on considérait l’africain et comment jamais les gens ne savent pas ce qu’est l’Afrique, ce qu’est l’Africain. Ils ne savent pas que c’est vraiment le trésor, le centre de l’humanité depuis des millénaires et non depuis des siècles. C’est depuis des millénaires que l’Africain dirigeait le monde au nom du créateur et que les mélanodermes ont été suivis après par les xanthodermes, c’est-à-dire les chinois. C’est après qu’il y a eu ces derniers temps leucodermes d’Europe qui veulent tout gérer.

Chers jeunes, l’Afrique, c’est le berceau de l’humanité. Travaillons toujours dans le sens des valeurs pour que tout aille de l’avant pour que comme l’a dit Pin & que c’est de l’Afrique que toujours quelque chose de nouveau va émerger pour le monde entier &. Et c’est bien un Européen qui était émerveillé par notre Afrique qui l’a dit.

 

Réalisé par Gérard AGOGNON

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