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Le triomphe de la vérité

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Edito: L’impasse


Disons le mot : aucun Béninois ayant vécu au Bénin ne peut être heureux du sort actuel des partis qui ne sont pas à jour vis-à-vis des exigences de la Céna. Il y a eu depuis les premières élections démocratiques en 1991 au Bénin, une sorte de consensus pour reconnaître que chacun a le droit dans notre pays de solliciter le suffrage de ses concitoyens. Même au risque de tout perdre, au risque de se ridiculiser par un échec lamentable, même au risque de se désillusionner à jamais de la vie politique. C’est la démocratie dilettante, celle dans laquelle l’élection est une fête, comme dirait Mathieu Kérékou.
C’est notre conception du jeu électoral, qui échappe au sérieux pour s’ancrer dans le carnaval des fêtes foraines de chez nous. Et vous verrez que ce ne sont pas les débats d’idées qui emportent le jeu électoral. Et vous verrez que ceux qui gagnent ne sont pas ceux qui proposent quelque chose de vraiment nouveau et profondément mûri. Et vous vous rendrez compte que dans les meetings électoraux, ce qui l’emporte, c’est l’esprit de carnaval qui lève les foules et laisse de côté les problèmes de fond. Ceux qui ont pensé faire autre chose au Bénin, se sont largement plantés.
Mais les lois électorales de 2018 tendent à changer les choses. Rien que les regroupements obligatoires auxquels les partis sont astreints, constituent des moments de remise en cause des anciens modes de fonctionnement. Le quitus fiscal et le certificat de conformité sont les deux outils qui forcent ces regroupements à s’opérer sur la base du sérieux et de la responsabilité au lieu du folklore qui était observé jadis. Par-dessus tout, les frais de participation à payer par parti, sont hautement dissuasifs. Qui acceptera de perdre 249 millions de FCFA ? Il ne faut donc pas penser que les partis qui sont recalés pour une raison ou une autre, ont tous la capacité de compétir. Il y en a dont les candidats sont notoirement incapables d’avoir leur quitus fiscal. Certains sont conscients que leurs candidats ne peuvent pas tous réunir les trois millions chacun, les leaders étant alors contraints de mettre la main à la poche, alors que les dépenses de campagne attendent encore.
Malgré tout le bruit tonitruant qu’il fait sur l’échiquier, un leader de parti a pu dire publiquement qu’il n’est plus en mesure de compétir. Même s’il n’évoque pas de raison officielle pour expliquer son forfait, il faut mesurer la sincérité de son geste qui dit tout : il ne veut pas risquer ses maigres ressources pour des résultats réputés aléatoires. Les bons observateurs savent qu’il cache son jeu derrière un discours politique de défense de la démocratie.
Mais dans ces conditions, que doit faire une institution en charge des élections comme la Céna ?
Même si l’on sait que certains compétiteurs se savent hors course, il ne faut pas faire leur jeu. Car, à l’instar de ce qui s’est passé à Kilibo, Porto-Novo et Tchaourou la semaine dernière, ils sont capables de payer des têtes brûlées qui viendront perturber le processus électoral le 28 avril prochain. Ils se préparent intensément pour déclencher des actions kamikazes destinées à montrer, devant la communauté internationale, que le Bénin est entré en dictature. Nous ne pouvons pas prendre le risque de céder au chantage des mauvais joueurs, mais il serait suicidaire de ne pas tenir compte de leur jeu.
Et c’est pourquoi la Céna doit jouer un rôle d’apaisement dans l’impasse actuelle. Elle pourrait accorder un dernier délai d’une journée à tous les partis qui le désirent pour déposer leurs dossiers, de façon à n’exclure personne du jeu électoral.
Même si c’est seulement la voix des partis de l’opposition que l’on entend actuellement, l’on oublie facilement que sur les cinq partis hors course, deux sont ouvertement de la mouvance présidentielle : la Dud de Valentin Houdé et l’Udbn de Claudine Prudencio. Leur mutisme passager ne signifie nullement que ces partis acceptent la situation. Ils n’attendront plus longtemps avant d’élever le ton, comme les autres partis recalés. Malgré tout cela, l’on clamera que le régime Talon a recalé l’opposition, alors qu’au fond ce sont des partis qui se trouvent incapables de s’adapter aux nouvelles normes de sérieux et de responsabilité qu’impliquent la nouvelle charte des partis et le nouveau code électoral.
C’est le prix à payer si nous voulons sortir de l’impasse électorale.

Par Olivier ALLOCHEME

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