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Le triomphe de la vérité

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Industrialisation au Bénin: La transformation du cajou se fraie son chemin


Du cajou

La demande internationale de noix cajou brute (NCB) est très forte. Mais la nécessité d’une industrialisation de la filière s’impose. Les initiatives ne manquent pas, même s’il faut encore beaucoup d’abnégation et de méthode.

Le Bénin a transformé moins de 10% de sa production de cajou en 2017. Sur les douze sociétés industrielles présentes dans le secteur actuellement, seules 08 usines sont opérationnelles, et six ont effectivement fonctionné pour la campagne 2016-2017, pour une capacité totale installée d’environ 27 250 tonnes de cajou.
L’une des dernières nées est celle de la société Fludor-Bénin, filiale du holding nigérian Tropical General Investment (TGI) présent au Bénin depuis plus de vingt ans, notamment dans l’industrie des oléagineux à base de coton et de karité. L’usine de Zogbodomey, inaugurée en 2016, a coûté 7 milliards de F CFA dont 3 milliards sur fonds propres de la société. Sa capacité de production devrait être portée à 18 000 t en cette année 2018 avec des volumes décortiqués qui ont évolué depuis 2016, passant de 3 500 t en 2016 à 7 500 en 2017 pour s’élever à 15 000 t en 2018. A Zogbodomey, l’usine emploie 1 040 personnes, dont 870 femmes, en temps normal, et jusqu’à 1 350 personnes, dont 1 150 femmes, en période de pointe. La valeur ajoutée de la noix transformée en amande est d’environ 35% supérieure à celle de la noix brute exportée. Selon le rapport 2015 de l’Alliance du Cajou Africain (ACA), une usine pouvant transformer 4 tonnes métriques de noix brutes par jour emploie jusqu’à 200 ouvriers. L’industrialisation du secteur reste ainsi un gisement d’emplois, de rentrées de devises et un moteur d’augmentation de la production.

Comme le Mozambique
Plus de trois cents agents travaillent chez Kakè 5 Industry SA, une société de transformation de cajou installée à Savalou, dans le département des Collines. Arnaud Aïglo est agent de cette société et témoigne : « Depuis que j’ai commencé à gagner de l’argent grâce à mon emploi dans cette société, je peux nourrir ma maman et mon jeune frère. Et j’ai pu m’acheter une moto ». La société installée en 2009, occupe une superficie de 4 hectares avec une main-d’œuvre féminine à environ 90%. Son promoteur, Dominique Sounlin, a bénéficié du soutien d’institutions comme la GIZ, l’USAID, PROCAD, la Banque mondiale ainsi que le BRMN pour augmenter ses capacités et proposer des produits de qualité irréprochable exportés en Asie et en Amérique. C’est que le secteur est très capitalistique. Il faut des centaines de millions de FCFA d’investissement pour une unité industrielle moderne. « La grande contrainte, c’est l’accès aux financements. Parce que les montants sont très élevés. Souvent, même si les banques sont d’accord, elles ne peuvent pas décider. Il leur faut discuter avec leur siège. Mais c’est en train de changer », affirme James Obarowski, directeur de TechnoServe au Bénin. Cette Organisation non gouvernementale d’origine américaine présente dans 29 pays dans le monde, appuie les acteurs béninois du secteur. Elle a créé en 2016 un projet dénommé BeninCajù qui aide, entre autres, à la transformation de l’anacarde au plan local, à l’amélioration de la productivité et à l’organisation de la filière. Elle se base sur son expérience au Mozambique, un pays qui transforme sur place aujourd’hui 60% de sa production d’anacarde. « Cette réussite dans le développement industriel du pays a été faite avec les conseils et l’appui technique de TechnoServe. Quand notre premier projet dans le cajou a commencé là-bas, il y a presque vingt ans maintenant, il n’y avait aucune transformation locale du cajou. C’est avec les conseils de TechnoServe aux entrepreneurs, en matière de stratégie, de plan d’affaires et même la gestion de ces usines, qu’ils ont pu réussir à ce niveau maintenant », affirme le directeur national de l’ONG au Bénin. Quant au Directeur général de Fludor Bénin, Roland Riboux, il témoigne : « Du moment où Fludor s’est focalisé sur des investissements à long terme pour le développement socioéconomique durable de la communauté, l’appui de TechnoServe a été immense. »

Une nécessité
La mise en place de BéninCajù découle du fait que TechnoServe est convaincue que la production de noix de cajou va presque doubler au cours des 10 prochaines années au Bénin. Pour cela, le pays a une occasion de bâtir une industrie autour de cette culture de rente pour maintenir sa valeur ajoutée au plan local. « La transformation de la noix de cajou est très difficile. C’est un travail de précision. C’est un processus très compliqué avec des équipements très sophistiqués où une petite erreur à un petit niveau peut faire perdre une fortune », souligne toutefois James Obarowski. Mais la qualité du produit béninois est très bonne, compte tenu du climat particulièrement favorable dans les zones de production, permettant au Bénin d’être compétitif au plan international, notamment sur le marché indien où certains importateurs sont prêts à prendre toute la production béninoise. Aux Etats-Unis, la consommation de cajou a grimpé de 10% en 2017 par rapport à 2016, malgré la flambée des prix. C’est pourquoi, le directeur national de TechnoServe affirme : « Dans les sept-huit ans, nous croyons que le Bénin peut transformer 50% de sa production ». En dehors de l’amande que la transformation permet de produire, il y a aussi le jus de la pomme de cajou qui commence à faire son chemin sur le marché béninois des boissons. Pour accompagner toute cette dynamique, le Bénin qui ne représentait que 8 % de la production ouest-africaine en 2016, soit 125 000 t, sur un volume régional de 1,7 million de tonnes, a décidé de donner un coup de pouce à son industrie. Depuis avril 2017, l’État a augmenté de 10 F CFA à 50 F CFA/kg les prélèvements douaniers sur les exportations des noix brutes, tout en interdisant l’exportation par voie terrestre. Ce sont des mesures qui devraient contraindre les producteurs à vendre leurs productions prioritairement aux transformateurs locaux. Car, dans la majeure partie des cas, le souci majeur des industriels reste l’approvisionnement en matières premières. La campagne de commercialisation dure généralement trois mois, période au cours de laquelle les usines doivent s’approvisionner vite et à bon prix. Se pose alors l’équation de la disponibilité des ressources financières à cet effet. Face à un concours bancaire hésitant, certains chefs d’entreprises choisissent de mettre leurs usines en veilleuse, en attendant d’avoir des ressources suffisantes. La politique de l’Etat béninois consiste à éviter ces cas de figure, afin d’ouvrir la filière à une industrialisation porteuse d’emplois et de revenus.

Olivier ALLOCHEME

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One thought on “Industrialisation au Bénin: La transformation du cajou se fraie son chemin

  1. cowblogueur

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