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Le triomphe de la vérité

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Exercice en clientèle privée: Entre résignation et grincements de dents, les agents du Cnhu s’expriment


Devanture du Cnhu

En juillet dernier, le Conseil des ministres a adopté deux décrets dont celui portant suspension de délivrance d’autorisation et révocation d’autorisation pour l’exercice en clientèle privée des professions médicales ou paramédicales, par un agent public ou fonctionnaire ou contractuel. La date du 30 septembre 2018 avait alors été fixée par l’Etat comme dernier délai pour les agents concernés à choisir entre rester dans le secteur public ou se consacrer exclusivement à leurs activités dans le secteur privé. Un peu plus d’un mois après l’expiration de cet ultimatum, des professionnels de la santé en service au Centre national hospitalier universitaire- Hubert Koutoucou Maga (Cnhu-Hkm) apprécient diversement la mesure, sous le couvert de l’anonymat.

La pilule est amère. Choisir entre le public et le privé n’est pas chose facile. Plus d’un mois après l’expiration du délai fixé aux agents de santé pour choisir entre le public et le privé, les réactions sont diverses. Au Cnhu-Hkm, elles sont mitigées entre acceptation, résignation et colère. Certains hommes en blouse se disent en phase avec la décision qu’ils trouvent plutôt « bonne ». Un infirmier de cet hôpital affirme : «La décision prise le gouvernement n’est pas mauvaise . J’ai choisi le public. » Cependant, il redoute les conséquences financières. « Le salaire que je gagne ici seul ne peut pas me suffire pour le mois », confesse-t-il.Un autre agent confirme l’utilité de la décision gouvernementale. « Ce décret est bien pensé, dit-il. Quand on parle de professeur agrégé, c’est un titre. Franchement, c’est suite à la sortie de ce décret qu’on constate que ces professeurs viennent régulièrement au boulot. Sinon avant ce décret, ils ne venaient pas ; ce sont les assistants qui venaient travailler. Ils font comme ils peuvent et quand il s’agit des décisions qui doivent être prises par le patron, il faut laisser le malade, et attendre que le patron vienne. Pendant ce temps beaucoup de choses peuvent se passer. » Il témoigne que les données ont radicalement changé. « Depuis que ce décret est sorti, tous les professeurs sont présents à leur poste. Talon est fort. Je ne savais pas qu’il y avait quelqu’un qui pouvait faire courir les professeurs agrégés», se réjouit-il, plus d’un mois après la mise en exécution réelle de la décision gouvernement.

De nombreux grincements de dents
Un spécialiste en néphrologie rencontré au Cnhu affirme avoir un cabinet privé. Il conteste la décision gouvernementale: « Ce que je sais, c’est que c’est mal pensé, ce n’est pas réfléchi. C’est précipité.La charrue a été mise avant les bœufs. Comment peut-on laisser la responsabilité à des gens qui se sont sucrés, nourris, et engraissés du système sanitaire, et c’est à ces gens qu’on demande de décider des réformes sur le plan sanitaire ? » Il fustige surtout le « népotisme » qui a pris racine dans le système. De hauts responsables ont, au fil des années, réussi à placer leurs enfants, ce qui empêche le Cnhu d’améliorer ses performances. Comparant les équipements qu’il a dans le privé à ceux du Cnhu, il ne peut s’empêcher de maugréer : « Dans mon cabinet, j’ai tous les matériels nécessaires pour soigner mes patients, je ne me gène pas avant de les soigner. Mais quand je viens ici, c’est la merde. Je n’ai pas du matériel adéquat à ma disposition. Je me demande même si c’est avec mes dents que je vais travailler. Et mieux encore, si on doit nous fournir du matériel, ce n’est pas souvent ce dont nous avons besoin. Des fois, on nous envoie du matériel peinturé et on dit que c’est tout neuf. » Et d’ajouter, avec amertume : « Je ne suis pas contre ce système mais si nous quittons tous le public, je crois que ce sont les cochons qui viendront travailler dans leur hôpital. »

« J’amène mon matériel de mon cabinet »
Parmi les démissionnaires, un chirurgien, mécontent et sous anonymat lâche : «Aujourd’hui, je suis venu ramasser le reste de mon matériel, parce que ça fait vingt ans que je n’ai jamais écrit quoi que ce soit à l’Etat pour dire que j’ai besoin de matériel pour travailler. J’amène mon matériel de mon cabinet et je viens travailler avec. Mais aujourd’hui comme récompense, on me dit de faire un choix entre mon cabinet et le service public. Naturellement, je choisis mon cabinet avec plaisir et je ramasse déjà tous mes outils de travail que j’ai eu à amener ici. Qui va dépenser de l’argent pour son cabinet et l’abandonner après à cause d’un décret ? » Le problème crucial est celui de l’abandon grave dans lequel se trouvent les centres de santé publics, face aux besoins que l’Etat a du mal à satisfaire. « L’Etat n’a qu’à acheter du matériel nécessaire pour la survie de son hôpital. Moi je déguerpis du service public », s’énerve le chirurgien. Face à la question de savoir si le décret a causé des bouleversements dans le secteur sanitaire, un autre chirurgien témoigne : « le décret a causé un dépeuplement et dans le même temps un surpeuplement. Cela a causé un dépeuplement dans le rang des agents de santé qui ont choisi le privé; dans le même temps, la population pense qu’il faut venir au public car ils avaient des rendez- vous avec ces derniers. Et de là, ils ne trouvent pas les agents de santé ». En réalité, le Cnhu a enregistré douze démissions et un départ anticipé à la retraite sur un effectif de cent vingt-cinq praticiens hospitaliers. Pour le moment, on ignore si d’autres départs interviendront. Mais, visiblement, le décret a satisfait un large pan de la population. Le Cnhu, comme d’autres hôpitaux publics est désormais fréquenté par toutes les catégories de la population. Reste à savoir si l’Etat aura les moyens de faire face aux besoins d’équipement et de personnel que cet afflux exige.

Brenda TABE (Stag)

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