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Le triomphe de la vérité

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Edito: La justice a bien fait


Ce sera probablement la première fois que la justice béninoise aura sanctionné un homme politique pour des propos délibérément régionalistes. Sabi Sira Korogoné, condamné pour un an de prison ferme pourrait ne pas purger sa peine si son appel aboutissait. Les moyens dont disposent ses avocats pour le faire libérer sont, encore intacts et peuvent toujours être brandis devant la juridiction d’appel. Tous ceux qui tiennent à ce que l’on accepte toutes les dérives verbales dans un pays dit démocratique, doivent désormais se le tenir pour dit : les appels à la haine régionale ne peuvent plus être tolérés.
Rappelez-vous, ce n’est pas la première fois que les acteurs politiques jouent sur la fibre identitaire pour se tailler un électorat. Après tout, c’est bien Hubert Koutoukou Maga qui créa ici même dans notre pays le premier parti résolument régionaliste et qu’il a fort bien appelé Groupement ethnique du Nord-Dahomey (GEN). Et quand vous fouillerez les annales de l’histoire, vous verrez que le même Maga fait partie de ceux qui ont mis sur pied le concept de République de l’Atabor en 1970. Il était destiné à regrouper le Borgou et l’Atacora qui faisaient à l’époque les deux départements du Nord-Bénin. Les historiens savent que ces relents régionalistes étaient aussi très ancrés dans les mentalités au Sud-Bénin. Les anciens se rappellent encore les contingents de commandos que l’UDD de Justin Tométin Ahomadégbé utilisait pendant les élections pour terroriser littéralement tous ceux qui avaient le malheur d’être partisans du PRD d’Apithy. Les élections donnaient lieu à des scènes de guerre. On en a vu une illustration plus récente lors des présidentielles de 1991 à la suite desquelles Nicéphore Soglo avait gagné. Mais cela a suffi pour qu’un déchaînement soudain de tension s’abatte sur les Béninois du « Sud » résidant au Nord. Ils furent sommés de quitter Parakou, chassés par milliers, humiliés. Certains furent tués. Ceux qui avaient quitté le « Sud » depuis des décennies et ont bâti une vie entière dans leur belle ville de Parakou, ont dû tout laisser derrière eux, pour aller mourir dans la pauvreté et la hantise dans un « Sud » si divers et si varié. Leur seul tort : être originaires du « sud » comme Nicéphore Soglo qui venait de remporter les élections contre Mathieu Kérékou.
La constitution béninoise a beau bannir ce genre de dérives, elles persistent et refont surface partout, à la veille de chaque élection. Si ce n’est pas Claudine Prudencio qui demande à ses challengers de Calavi mais originaires de Covè, de rentrer chez eux, ce sont les manœuvres d’un certain parti qui empêchent par exemple Yayi de faire campagne dans le Couffo en 2006, sous prétexte que le département appartient à une personne. Le plus marrant, c’est ce que rapporte le quotidien Le Matinal en août 2016, et qui n’a jamais été démenti, lorsqu’à l’époque Yayi Boni rend visite au roi de Tourou. L’ex-Président venait de visiter l’aéroport en cours de construction, avant de se lancer dans un discours complètement surréaliste devant le roi: « Je suis toujours là. Je suis toujours le maître du Bénin. L’autre est président du Sud. Moi, je suis président d’ici. Son pouvoir ne vient pas jusqu’ici. De toutes les façons, continuez les prières. Rien ne vous arrivera… Les pèlerins devaient partir d’ici. Mais, c’est Talon qui ne veut pas… Mais qu’il le veuille ou non, cet aéroport s’appellera l’aéroport international Yayi Boni de Tourou. Dans cinq ans, je reprendrai ma place. Soyez prêts… » Nous étions en août 2016. Question légitime du Matinal à l’époque : « Talon – Yayi: Qui dirige le Bénin ? »
Non, les propos de Sabi Sira Korgoné ne sont pas nouveaux. Les comportements régionalistes et ethnocentriques menaçant l’unité de ce pays, ont toujours été utilisés par notre classe politique. Celle-ci est connue pour être majoritairement sans idéal républicain. Le racolage identitaire donne un semblant de sérieux à leur carence en arguments capables de convaincre leurs électeurs. Quand le politicien a besoin de voix, il est capable de déclencher une guerre civile. Mais ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que ces propos dangereux soient désormais et effectivement punis.
Dans ce contexte, ceux qui soutiennent aujourd’hui les erreurs de Korogoné, regretteront un jour leur geste antinational. A moins d’une mauvaise foi épaisse.

Par Olivier ALLOCHEME

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