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Le triomphe de la vérité

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Bénin/Entreprenariat: A la découverte de trois jeunes entrepreneurs agricoles


Le couple Dorcas/Bruno Hounkponou et Modeste Dayato sont bénéficiaires du Projet de Promotion de l’Entreprenariat Agricole (PPEA) initié de 2011 à 2016 par le gouvernement béninois avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l’appui technique du Centre régional Songhaï. Dans les  communes de Dangbo et Zogbodomey où ils se sont installés, ces jeunes participent à la sécurité alimentaire tout en faisant travailler la main-d’œuvre locale.

  • Dorcas et Bruno Hounkponou relèvent le triple défi de l’emploi des jeunes, la pauvreté et l’exode rural

    Bruno et dorcas Hounkponou dans leur ferme face à des apprenants

Du haut de la pente surplombant une partie du Centre agropastoral Alpha Oméga, l’entreprise qu’il a créée avec son épouse à Zounguè dans la commune de Dangbo à une douzaine de kilomètres de Porto-Novo, la capitale du Bénin, Bruno Hounkponou ne regrette rien. Professeur vacataire de mathématiques dans des collèges pendant quatre ans, le jeune homme se réjouit même d’avoir abandonné la craie pour la terre. «Je ne regrette pas d’avoir embrassé ce secteur. Grâce à l’entreprenariat agricole, j’ai une maison en construction, j’ai un moyen de déplacement, j’ai beaucoup voyagé. Des amis qui sont encore dans la vacation m’envient », confie le jeune homme avec enthousiasme. Titulaire d’un diplôme universitaire agricole en 2009, Bruno vit de 2008 à 2012, des heures de vacation dans des collèges. En 2011, il a eu vent d’un communiqué invitant les jeunes béninois âgés de 18 à 35 ans et intéressés par l’entreprenariat agricole à postuler pour une formation. C’était le Projet de promotion de l’entreprenariat agricole pour la transformation socioéconomique des zones rurales du Bénin (PPEA), mis en œuvre de 2011 à 2016 avec l’appui  du gouvernement béninois, du PNUD, et l’appui technique du Centre  régional Songhaï pour promouvoir l’auto-emploi des jeunes à travers l’entreprenariat agricole. Bruno postule. Sa candidature est retenue et en 2012, il rejoint le Centre régional Songhaï pour six mois de formation en production végétale. Au sortir de cette formation, ses connaissances en production végétale, en production animale et en transformation sont sollicitées. Il gagne sa vie mais avec Dorcas Akpo, qu’il a rencontrée au cours de la formation et qui deviendra son épouse en 2013, Bruno songe déjà à se mettre à son propre compte. Il rassemble ses économies. Dorcas, qui a la chance d’être retenue par le PPEA pour la phase d’incubation sur le site de Kétou, met dans la balance le fonds levier de 500 000 F CFA(400 000 en nature et 100 000 en espèces) qu’elle reçoit du projet, à l’instar des autres jeunes ayant démarré une activité sur financement propre juste après cette phase.Les efforts conjugués des époux leur permettent d’acheter un lopin de 500 mètres carrés dans la Vallée de l’Ouémé. Ils y installent étang piscicole de 200 mètres carrés et empoissonnent 750 alevins depoisson-chat. Au bout de six mois d’élevage, ils effectuent leur toute première récolte et réalisent « un bon chiffre d’affaires », selon Bruno. Ils installent un deuxième étang, puis un troisième, un quatrième….Aujourd’hui, ils ont agrandi leur centre qui couvre une superficie de plus de 2 hectares et demie. Entre temps, Dorcas qui a bénéficié de l’aide du projet pour l’élaboration de son plan d’affaires, décroche un financement de 1 584 000FCFAdu Fonds National de Promotion de l’Entreprise et de l’Emploi des Jeunes (FNPEEJ). L’argent leur sert à réaliser un forage sur le site.

Un chiffre d’affaires annuel de 11 millions de FCFA

«Nous sommes actuellement à quinze étangs piscicoles avec un bassin de récolte. Nous élevons le tilapia dans quatre étangs et le poisson-chat dans le reste des étangs. Nous produisons environ 12 tonnes de poisson chaque année », résume Bruno. Toute leur production est fumée et acheminée vers le Nigéria où le poisson-chat fumé est vendu à 7.000 FCFA le kilo. En 2015, après une baisse des ventes, le couple décide d‘embrasser le maraîchage. L’activité prend et leur permet aujourd’hui de fournir la population locale en produits maraîchers tels la célosie, l’amarante, la grande morelle, la tomate, le piment, etc. En plus du fumage du poisson, Dorcas et Bruno étendent le volet transformation de leur centre en produisant du gari, de l’huile de palme, du savon, etc. Ils nouent dans la foulée un partenariat avec le laboratoire des huiles essentielles de la Faculté des sciences de la santé (Fss), et reçoivent sur leurs installations, des étudiants pour des stages d’immersion. Cette diversification d’activités permet au couple Hounkponou d’accroitre ses revenus et de vivre décemment, tout en faisant travailler la main-d’œuvre locale, ce qui contribue, un tant soit peu, à lutter contre l’exode rural dans la localité : « Aujourd’hui, avec tout ce que nous faisons, le chiffre d’affaires du Centre agropastoral Alpha Oméga tourne autour de 11. 300 000 francs CFA l’an.J’ai un salaire de 220.000 FCFA. Mon épouse aussi est salariée. Nous avons cinq ouvriers, trois permanents et deux occasionnels payés entre 30.000 FCFA et 45.000 FCFA le mois». Dorcas et Bruno font tout de même face à des difficultés, notamment celle liée à la main-d’œuvre. « Il nous est difficile d’avoir la main-d’œuvre dans la localité. C’est le problème majeur que nous avons», déplore Dorcas. Mais ajoute-t-elle, son mari et elle n’ont d’autre choix que de retrousser leurs manches pour travailler deux fois plus, une situation loin de les décourager cargrâce au PPEA, déclarent-ils en chœur, ils ont « appris l’amour du travail et à travailler sous pression, sans lambiner ».

Transmettre les acquis du PPEA

Aujourd’hui ce qui leur tient le plus à cœur est de transmettre les acquis du PPEA à d’autres jeunes qui n’ont pas eu la même chance qu’eux.Ainsi reçoivent-t-ils dans leur centre, des jeunes désœuvrésqu’ils forment à l’entreprenariat agricole. Ils donnent aussi aux jeunes ayant appris un métier mais dépourvus de moyens financiers l’opportunité de gagner l’argent nécessaire pour s’équiper et vivre de leur métier. « Nous signons un contrat avec eux et ils travaillent avec nous pendant trois ou six mois, en fonction du coût du matériel qu’il doivent recevoir. Si c’est un tailleur, il travaille avec nous et on lui achète une machine à coudre et on lui donne une enveloppe financière. Si c’est un coiffeur ou une coiffeuse, il ou elle travaille avec nous et on lui achète le matériel dont il ou elle a besoin», explique le couple. Les acquis engrangés grâce au PPEA, le couple Hounkponou les partage aussi à l’international, lors de séminaires et conférence auxquels ils sont invités. En 2017, Dorcasa représenté le Centre agro-pastoral Alpha Oméga à la Conférence internationale sur l’émergence de l’Afrique organisée à Abidjan en Côte d’Ivoire. Bruno lui, a représenté la jeunesse béninoise à un séminaire dédié aux jeunes cadres entrepreneurs du milieu rural en Allemagne, puis en Côte d’Ivoire.

 

  • Modeste Dayato dans son poulailler

    Modeste Dayato, bénéficiaire du PPEA, promoteur de la Ferme Agri Défi Production à Zogbodomey, dans le Zou

« Le PPEA n’a pas fait que nous former, il nous a donné le virus de l’entreprenariat »

Après sa formation, Modeste Dayato s’est installé à Zogbodomey, à environ 113 kilomètres de Cotonou où il a créé la ferme Agri Défi Production. Sur les deux hectares que couvrent ses installations, le jeune entrepreneur produit des œufs de table, fait du maraîchage et, pour répondre à la demande de plus en plus forte, s’est lancé le défi d’intensifier la volaille locale.

« Après l’université, j’ai travaillé comme technicien en automatisme et systèmes mais au bout d’un an, vu que je n’étais pas passionné, j’ai démissionné de mon poste. Ayant gardé la passion de l’élevage que j’ai appris auprès de mes grands-parents, je me suis rapproché des Centres d’action régionale pour le développement rural (Carder) pour suivre des formations. Dès que j’ai eu connaissance de l’appel à postuler pour le PPEA, j’ai sauté sur l’occasion et j’ai été parmi les cent premiers jeunes retenus pour la formation. À la fin du cursus, j’ai reçu un kit d’installation en nature. J’ai été accompagné par le FNPEEJ et j’ai bénéficié d’un crédit de 5.000.000FCFA qui m’a permis de commencer la production d’œufs de table. Aujourd’hui j’ai une production à plein temps. Je suis aussi dans la production du maraichage de contre-saison. J’ai régulièrement des bandes de 1000 têtes et chaque jour, je produis environ  27 à 28 plateaux d’œufs. Mon chiffre d’affaires tourne actuellement autour de 1,5 à 1,7 millions de francs CFA par mois. Je veux intensifier production de la volaille locale, car l’engouement pour la volaille locale est de plus en plus fort aujourd’hui au Bénin. Je veux répondre à cette demande-là, c’est pourquoi je suis en train d’aménager d’autres sites pour agrandir cette production. En termes de perspectives, j’ai envie de partager ce que j’ai reçu avec d’autres jeunes, c’est pour cela que j’ai initié la formation d’élèves-fermiers sur ce site. Aujourd’hui, j’ai pu construire un dortoir pour 12 personnes et, sur fonds propres, j’ai pu engager deux jeunes en situation difficile que je supporte à 100%. Ils ont une formation d’un an et demi à deux ans à faire. Après, je les aiderai à s’installer ou à trouver des opportunités de travail sur d’autres sites. Le PPEA fait partie des projets qui ont laissé des impacts à leur fin. Aujourd’hui, il y a une bonne moisson de jeunes qui sont sur le terrain et qui travaillent dans ce secteur grâce à ce projet. Le PPEA n’a pas fait que nous former, il nous a donné le virus de l’entreprenariat. En plus, nous avons d’autres opportunités. Je suis formateur en production animale sur les sites de Zagnanado et Kétou qui m’ont formé.  Si ce projet ne m’avait pas donné ce levier, je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui. Je suis heureux, je ne regrette pas mon choix. Le bout du tunnel n’est plus loin. C’est vrai qu’il y a beaucoup de choses à faire, mais le peu que j’ai me permet d’espérer des lendemains de plus en plus meilleurs».

 

Que retenir du PPEA ?

Mis en œuvre de 2011 à 2016, le Projet de Promotion de l’Entreprenariat Agricole (PPEA) est une initiative du gouvernement béninois soutenue par le Programme des Nations Unies et l’appui technique du Centre régional Songhaï. D’un budget total de 8 740 571,14 Dollars US répartis entre le Gouvernement du Bénin (8 271 531,06 Dollars US), la Loterie Nationale du Bénin (62 126,08 Dollars US) et le PNUD (406 914,00 Dollars US), le PPEA est entré dans sa phase opérationnelleen 2012 avec une stratégie en trois volets : l’aménagement des centres de promotion agricoles, la formation et l’accompagnement des jeunes à l’élaboration de leur plan d’affaires et à leur installation. En cinq ans, le PPEA a contribué à fournir aux jeunes et aux femmes davantage de capacités, de compétences et de facilités d’installation pour l’emploi indépendant et surtout l’entreprenariat agricole. La formation des bénéficiaires a été placée sous la responsabilité du Centre régional Songhaï sous forme de prestation payante. Les postulants ont été recrutés par appel à candidatures parmi les jeunes béninois âgés de 18 à 35 ans et titulaires d’un diplôme en agriculture et/ou en enseignement technique et/ou général (BEPC ou son équivalent au moins). Leur formation s’est déroulée au Centre régional Songhaï sur une durée de trois à six mois, en fonction du profil de l’apprenant. Essentiellement pratique, la suite de la formation a consisté en une phase d’incubation au cours de laquelle les jeunes, selon leur option, se sont vu renforcer en production animale ou végétale, transformation agroalimentaire, création et gestion d’une entreprise agricole, mécanisation agricole, etc.

Quelques chiffres                     

  • 795 jeunes entrepreneurs agricoles dont 135 femmes formés ;
  • 753 accompagnés à l’installation de leurs entreprises agricoles ;
  • 3 centres de formation et d’incubation créés à Kétou, Zangnanado et Daringa
  • 33 entreprises créées par les jeunes formés financées par le FNPEEJ

Flore NOBIME

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