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Le triomphe de la vérité

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Edito: Echouer au Bac


Environ 67% des candidats au Bac 2018 ont échoué. C’est un cauchemar pour les candidats, surtout ceux qui y vont pour la énième fois. Pour une bonne partie des parents qui croient aux vertus des diplômes, c’est carrément un traumatisme de savoir que l’enfant a échoué. Et s’il a échoué une énième fois, le désespoir s’installe carrément. La plupart des parents cachent ce traumatisme, par peur d’être vu comme celui qui n’a pas su s’occuper de son enfant.
Oui, il faut le Bac, mais l’école n’est pas tout. Elle n’est heureusement qu’une partie infime de la vie. Dans un contexte béninois, passer trop de temps à l’école peut même vous empêcher d’ouvrir les yeux sur la vie réelle. Vous verrez de milliers de diplômés de la FASEG qui ont étudié toutes les facettes de la gestion et des sciences économiques, mais vous en rencontrerez très peu qui ont effectivement créé des entreprises qui gagnent de l’argent. Et même pour créer et gérer ces entreprises, tentez d’implémenter les théories enseignées en fac et vous vous retrouverez rapidement en butte à des incongruités que les professeurs spécialistes des ouvrages européens ou américains, n’ont jamais prévues pour des pays comme le Bénin.
Quand j’étais au lycée, j’avais un ami soudeur qui n’a jamais eu son BEPC. Aujourd’hui, il a une entreprise dont le chiffre d’affaires dépasse le milliard de FCFA, entreprise qui emploie des maitrisards. Son cas est loin d’être unique. Plus de 90% des entreprises béninoises ont été fondées par des gens qui n’ont pas le Bac, et la plupart des milliardaires de Dantokpa ont à peine le CEP. Parce que, dans bien des cas, les théories enseignées dans les universités béninoises sont aux antipodes de la science et de la vie réelle. Et celui qui y a été exposé trop longtemps peut facilement perdre pied. Parce que l’école au Bénin forme pour être employé et non pour être patron. Il ne saurait d’ailleurs en être autrement : les enseignants eux-mêmes sont des employés et ne connaissent pas grand-chose aux subtilités, ni aux contraintes de la vie de patron.
Ce que je veux dire, c’est que le Bac est un diplôme très important, mais ne pas l’avoir n’est pas la fin du monde. Ne pas l’avoir peut même ouvrir d’autres opportunités que la course aux diplômes empêche de voir et de saisir. On sait que Patrice Talon n’a eu qu’un Bac et n’a pu poursuivre ses études universitaires. Serait-il devenu le milliardaire que nous connaissons s’il avait passé son temps à étudier des abstractions mathématiques à l’université ? Je ne le crois pas.
A ce niveau, il faut évoquer certaines célébrités qui donnent à réfléchir. Michel Drucker, le grand animateur de la télévision française. Sa société de production (DMD) vaut aujourd’hui 11 millions d’euros (environ 7 milliards 250 millions de FCFA), alors qu’à l’école, il était si cancre que son père fulminait régulièrement après ses mauvaises notes en lui criant : « Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ? » Ce cri est devenu le titre de son ouvrage autobiographique publié en 2011 chez Robert Laffont. On connait aussi le cas de Winston Churchill, ancien premier ministre du Royaume-Uni, dont le père lui écrit que « ses résultats scolaires sont une insulte à l’intelligence ». Je peux aussi vous donner des cas de Béninois devenus milliardaires alors qu’ils ont carrément échoué à l’école.
Le plus important est de forger chez l’enfant un caractère si fort qu’il sera obligé de viser la perfection pour atteindre ses objectifs. Eduquer le caractère de l’enfant pour qu’il vise haut et loin, toujours et partout. Eduquer le caractère, c’est lui apprendre la loyauté, la ponctualité, l’honnêteté, le leadership, la persévérance, l’ouverture d’esprit et la faculté de résilience, même au milieu des pires tourments. Vous connaitrez de grands industriels dont la fortune a commencé grâce à la loyauté, la persévérance ou une simple amitié. Dans un monde en perpétuel changement, ce qui compte par-dessus tout, c’est la lecture. Lire tout et se cultiver sur tout pour créer les opportunités ou les saisir quand elles sont là, voilà ce dont les enfants ont besoin, qu’ils aient eu le Bac ou pas.
Car ne l’oublions pas : le soleil brille pour tout le monde, y compris pour ceux qui n’ont aucun diplôme.

Par Olivier ALLOCHEME

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