.
.

Le triomphe de la vérité

.

Edito: A quand demain ?


« J’espère de mon vivant cesser de fêter l’indépendance. J’aspire maintenant à la vivre. » C’est ce post de mon confrère Jean-Claude Dossa qui dit en mots si tendres tout le bouillonnement de colère qui sourd en moi ce 1er août 2018. Jour de colère, oui. Parce que 58 ans après l’indépendance, nous n’avons pas encore perçu pourquoi nous avons été colonisés ni pourquoi nous avons été indépendants.

Pourquoi avons-nous été colonisés ? Les Français ont réussi à tenir en échec les troupes de tous nos rois et chefs d’alors, parce qu’ils étaient techniquement et matériellement plus aguerris. Voyez donc, en dépit de tout ce qu’on a pu dire sur la vaillance des troupes du Danhomey ou de Kaba à Natitingou, ou encore la révolte des Sawxè à Doutou, une réalité demeure : leurs soldats ont été défaits en quelques mois et ne pouvaient qu’être défaits. Les militaires français et les tirailleurs qui les appuyaient, malgré leur méconnaissance apparente du terrain, se sont imposés et ont réussi à faire régner l’ordre colonial pendant une soixantaine d’années.   Et pour comprendre pourquoi depuis plus d’un siècle rien n’a changé au plan militaire chez nous, il suffit d’observer le défilé d’hier. A 100% le matériel militaire utilisé et l’habillement des troupes au défilé d’hier étaient d’origine occidentale. Cela signifie que nous avons eu  le génie, 58 ans après notre indépendance, de ne trouver aucun moyen pour produire chez nous le moindre boulon dont nous avons besoin pour empêcher que nos anciens colonisateurs ne nous colonisent à nouveau. 100% des équipements et des tenues militaires viennent d’ailleurs. Ceux qui s’intéressent un peu à l’économie diront que ce sont des milliards et des milliards que nous offrons à des sociétés françaises, allemandes, israéliennes ou russes, pendant que nous continuons à nous enfoncer dans la dépendance. D’autres diront que ce sont des milliers d’emplois civils et militaires que nous abandonnons, tout en livrant l’essentiel de notre défense aux aléas des sociétés étrangères sur lesquelles nous n’avons aucune prise. Alors question : pourquoi la France ne peut-elle jamais se permettre la même naïveté stratégique ? Trouvez la réponse vous-même, et vous verrez pourquoi 58 ans après, si la même France décidait encore aujourd’hui de nous coloniser, elle le ferait sans se gêner.

Pourquoi avons-nous été indépendants ? Telle est la deuxième grande question. Presque tous les historiens africains sincères vous répondront la même chose : parce que les colonies africaines n’étaient plus rentables pour la France. Il fallait s’en débarrasser pour installer une autre forme de colonisation, moins directe mais tout aussi rentable, le néocolonialisme.  Nous avons eu près de six décennies pour sortir de ce piège néocolonial, sans jamais même comprendre l’enjeu. Oui, j’entends ceux qui crient : la France est mauvaise, les Français sont mauvais, ils nous maintiennent en esclavage pour mieux nous exploiter…et tutti quanti. D’accord, voilà ce que les Français sont prêts à faire ensemble, collectivement et individuellement pour la grandeur de leur pays. Ils sont même capables du pire, pourvu qu’ils obtiennent la suprématie internationale dont ils ont besoin. Mais alors, que faites-vous en tant qu’Etat, collectivement et individuellement, structurellement et organiquement pour votre pays, afin de sortir de ce traquenard ? Si les Français luttent pour la France, quel péché ont-ils commis ? Et qu’est-ce qui empêche les Béninois de lutter pour le Bénin ?

Les premières conquêtes des nations, et de loin les plus importantes, ce sont les conquêtes de l’esprit. Tant qu’un Etat n’a pas réussi le pari d’élever la conscience collective de ses citoyens, il ira de dépendance en dépendance. Les célébrations comme celle d’hier ne feront que cacher la vraie vérité : notre indépendance est encore un jeu de mots.

Regardez donc : le premier métro de Londres date de 1863, il y a 155 ans. Le premier métro de Paris date de 1900, il y a 118 ans. En 2018, rien n’annonce même que les Béninois réussiront à construire une ligne de métro par eux-mêmes dans cent ans. En quoi consiste notre indépendance si le jour de la célébration de notre fête d’indépendance, 100% de nos équipements militaires viennent de l’extérieur ?

A mon avis, rien ne nous empêche de continuer pour 58 ans encore à nous gargariser de mots, pour que ceux qui nous fournissent les équipements militaires continuent à s’enrichir sur notre naïveté. L’espoir, c’est qu’un jour des citoyens comme Jean-Claude Dossa et bien d’autres prennent conscience que la véritable indépendance n’est pas dans un défilé. Et agissent !

Par Olivier ALLOCHEME

N'hésitez pas à partager ...Share on Facebook
Facebook
7Share on Google+
Google+
0Tweet about this on Twitter
Twitter
0Share on LinkedIn
Linkedin

Reviews

  • Total Score 0%


Plus sur ce sujet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *