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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec Yarou Tossounon Kora Alassane, à propos de Semica 2018: « Il faut recourir au partenariat public-privé pour booster le secteur des mines…»


Le gouvernement ne veut laisser aucun secteur pour compte. C’est pourquoi, en collaboration avec le cabinet Semica, l’Etat béninois organise sous le haut patronage de Patrice Talon, le Salon international des mines, des carrières et du pétrole, les 19, 20 et 21 juillet 2018 à Cotonou, sous le thème : « Partenariat public-privé». Le président du comité d’organisation du salon, Yarou Tossounon Kora Alassane, Directeur adjoint de cabinet (Dac) du ministre en charge des mines, à travers cette interview, en donne tous les détails nécessaires.

 

L’Evénement Précis : Yarou Tossounon Kora Alassane, c’est quoi le Semica?

 

DAC Yarou T. Kora Alassane : Semica, c’est le Salon international des mines, des carrières et du pétrole. C’est vrai qu’il y a eu des salons dans le secteur par le passé mais, cette fois-ci, c’est le premier salon international. Cela veut dire que des sommets de ce genre ont été organisés différemment, que ce soit dans le domaine des mines ou du pétrole. Le prochain rendez-vous est le premier Salon international des mines, des carrières et du pétrole.

 

Parlez-nous un peu du contexte et des objectifs de ce salon

Le contexte et la justification de ce salon remontent à la nomination du ministre Samou Adambi, à la tête du département de l’Eau et des mines. Lorsqu’on vous nomme ministre, il est important de faire un diagnostic du secteur du département que vous avez en charge, afin d’essayer d’apporter des solutions aux problèmes qui se posent. C’est de cette façon que vous pouvez atteindre les objectifs que vous vous êtes fixés. Ce diagnostic des mines, carrières et pétrole montre que le secteur des mines contribue à moins de 1% au Produit intérieur brut (Pib). Alors, si ce secteur contribue à moins de 1% du Pib, jetons un regard dans la sous-région ou dans les autres pays africains ou européens qui disposent de moins de ressources minières que nous, pour voir qu’elle est la contribution de ce secteur à leur Pib. Le diagnostic a permis de savoir que même au Burkina-Faso, tout près, le secteur minier contribue à plus de 8%du Pib. Pour la petite histoire, dans les années 1990, le Burkina faisait son prélèvement au niveau de sa zone minière et venait les analyser au Bénin. Aujourd’hui, c’est nous qui allons faire des analyses de nos prélèvements dans les laboratoires du Burkina-Faso. Cela suppose qu’ils ont compris un peu plus tôt et ont investi dans la recherche minière. Si ce diagnostic a permis de comprendre que ce secteur contribue faiblement au Pib de notre pays parce qu’il existe un certain nombre d’éléments qu’il faut corriger, l’objectif est de savoir, si on doit valoriser nos ressources minières, ce qu’il faut faire. Les ressources indispensables pour valoriser les ressources minières ne sont toujours pas disponibles dans les caisses de l’Etat. Si ces ressources ne sont pas toujours disponibles dans les caisses de l’Etat, on vient à point nommé sur le thème central du salon, « Le partenariat public-privé ». Il faut recourir au secteur privé. Alors de quelle manière recourir au secteur privé ? Quand on constate que le privé national ne s’intéresse pas au secteur minier (parce qu’il considère que c’est un secteur très risqué où nul ne sait les avantages qu’on peut y tirer), il faut organiser un salon international afin de mettre ensemble et à la fois, les opérateurs économiques locaux et étrangers pour qu’ils partagent leurs expériences, pour leur permettre de faire des consortiums ou des groupements d’intérêts économiques pour faire des explorations et des exploitations de nos ressources minières et pétrolières. C’est le premier objectif. Le second est d’amener ce secteur à devenir un secteur à fort potentiel, non seulement en matière de ressources, mais également en matière d’argent. Si ce secteur est promu, il va permettre à l’Etat béninois de disposer de ressources financières pour son développement. Et tout cela va contribuer à la croissance économique et au développement de la nation. Nos opérateurs économiques vont également faire de rencontres avec les grands opérateurs économiques du secteur, tant au niveau régional, africain qu’international. Ceci leur permettra de renforcer leurs capacités, d’être compétitifs, mais aussi d’engranger le capital indispensable pour développer leurs activités individuelles.

 

En termes clairs, qu’est-ce que le Bénin aura à vendre au cours de ce salon ?

Nous avons d’énormes choses à vendre. Si je prends le secteur minier, on se souvient qu’au cours primaire, on nous parlait du fer de Loumbou-Loumbou, de l’or de Perma, du calcaire d’Onigbolo, etc. Aujourd’hui, la recherche est allée au-delà de ce que nous connaissions. Cela veut dire que la recherche, que nous minimisons, qu’on taxe de non approfondie sur nos ressources, permet d’identifier un certain nombre de ressources que vous ne pouvez pas imaginer. L’or n’existe plus seulement à Perma. Tout récemment, il y a eu des indices d’or découverts à Ouaké. C’est un promoteur local qui a fait l’exploration mais qui, aujourd’hui, est à bout de souffle. Il a fait l’exploration mais ne peut pas faire l’exploitation parce que les ressources financières nécessaires pour le fairedépassent ses capacités. Par le biais du salon, il a la possibilité d’obtenir de l’aide d’un partenaire, de se mettre en partenariat avec les opérateurs économiques étrangers qui eux déjà, connaissent ce qu’on gagne en investissant dans le secteur. Les indices d’or existent également à Sinendé et à Kouandé. Je vais vous parler d’une ressource minière qu’on ne pouvait jamais imaginer, le lithium. Le lithium existe en grande quantité chez nous. Même l’évaluation sommaire qui a été faite montre que c’est déjà en millions de tonnes et tout le monde connaît le rôle du lithium. C’est grâce à cette ressource que nous avons les portables, les panneaux solaires… Si le Bénin a du lithium et qu’on ne peut pas en profiter pour participer au développement de notre nation, cela signifie que le secteur n’aura servi à rien.

 

Parlant du pétrole, peut-on espérer un jour en exporter ?

Le pétrole existe au Bénin. Avant d’en venir au pétrole, je voudrais vous parler du granite. Nous avons également des pierres ornementales avec des designs extraordinaires. Le marbre, on en a de plusieurs qualités et de plusieurs couleurs. Le marbre blanc que nous avons est recherché dans le monde. Sans fausse modestie, je pourrai vous dire que seuls deux à trois pays dans le monde détiennent cette ressource. Le Bénin en dispose mais c’est mal exploité. Est-ce cela le développement durable ? La logique du développement durable n’est pas ça. On dit qu’il faut exploiter, mais tout en créant un cadre permettant aux générations futures de s’auto-nourrir. Aujourd’hui, des défis restent à relever. Il faut aller à la valorisation de nos ressources. Pour le pétrole, retenez tout simplement qu’il en existe au Benin. Le secteur pétrolier nécessite beaucoup d’investissements. Les ressources financières nécessaires pour exploiter le pétrole se chiffrent en centaines de milliards de francs. Cela veut dire aujourd’hui que les différentes réformes engagées par rapport aux différents textes législatifs qui font que notre secteur pétrolier n’est pas attractif sont en train d’être revues pour rendre ce secteur attractif. Si ce secteur a eu des problèmes, ce n’est pas pour deux raisons. Pendant que certaines sociétés s’étaient décidées à investir dans le pétrole, les investissements avaient commencé quand le prix du baril avait chuté. Alors, l’investissement n’était plus rentable. Les entreprises se sont découragées. D’ici deux ou trois ans, vous allez le constater avec nous, si les réformes prennent, tout le monde aura le temps d’apprécier le pétrole béninois et on cessera de dire que nous avons un gobelet de pétrole.

 

Quelles sont vos attentes à l’issue de ce salon

Ce que nous attendons de ce salon, c’est que les investisseurs privés s’intéressent à notre secteur minier et à notre pétrole pour qu’on réussisse à mobiliser les financements nécessaires pour le développement de ces secteurs. La deuxième attente est qu’on réussisse à mettre ensemble les opérateurs économiques béninois avec les opérateurs économiques étrangers pour qu’ils décident de se mettre ensemble pour la valorisation de ces produits. La troisième est que les opérateurs économiques locaux acceptent de prendre le risque en allant dans le secteur minier qui, en réalité, n’est pas très risqué et n’a pas besoin de gros investissements pour y faire fortune. Au finish, on va constater alors qu’on a pu révéler la destination Benin à la face du monde. C’est pour dire que les capacités d’exploration et d’exploitation de nos ressources minières sont renforcées puisqu’aujourd’hui, nos ressources ne sont pas reconnues dans le Programme d’actions du gouvernement (Pag) Benin Révélé. L’objectif principal poursuivi par le Pag dans ce secteur est de développer les capacités d’exploration et d’exploitation de nos ressources minières pour contribuer au développement de la nation. C’est ce que nous attendons en termes de finalité et de synthèse.

 

Qui sont attendus à ce salon ?

A ce salon nous attendons d’abord les opérateurs économiques béninois et étrangers. Nous attendons également plusieurs hautes personnalités, des premiers ministres, des ministres, des ambassadeurs, des Pdg, des Dg, des consultants et experts nationaux et internationaux, des investisseurs, des sociétés minières et pétrolières, des institutions de financement. Nous attendons tous les pays de la sous-région, les américains et les Français.

 

Quel est votre appel à l’endroit des opérateurs économiques béninois ?

Si j’ai un appel à leur lancer, c’est demander à ce qu’on cesse d’aller vers la contrebande. Généralement, nos opérateurs économiques se contentent, à cause de notre proximité avec le Nigeria, du commerce d’achat et de revente : c’est de la contrebande, car cela n’est pas autorisé. Quand le Nigeria a des problèmes et ferme ses frontières, les opérateurs béninois sont immédiatement en difficulté. Essayons d’aller au-delà de ça. Le conseil que je peux leur donner est que, même s’ils ne peuvent pas s’y investir seuls, qu’ils se mettent en groupements d’intérêt économique, en consortium, pour venir faire fortune dans les mines. Il y a de l’argent à se faire. C’est un secteur porteur. L’avenir appartient aujourd’hui à ceux qui vont investir dans le secteur minier parce qu’on a vu un certain nombre de pays qui ont pu le faire. Au Maroc, c’est depuis 2007 qu’ils ont commencé par exploiter leurs ressources minières. Aujourd’hui, pour la référence en Afrique dans ce secteur, même s’ils ne sont pas premiers, ils sont dans les trois premiers. C’est ce que j’attends de nos opérateurs économiques. J’invite par ailleurs le peuple béninois à faire confiance à ses dirigeants. On constate que le pays est vraiment dirigé à partir du moment où le Pag a pris en compte les différents aspects du développement de notre pays. On parle aujourd’hui des réformes structurelles. Quand il y a changement de la structure de production, automatiquement le développement économique est assuré. Les reformes riment toujours avec la rupture de l’habitude et c’est ce qui nous fait mal. Nous allons encore souffrir un peu. Prions pour que cette rupture de l’habitude nous conduise vers une situation, où un Béninois, en allant se coucher se persuade que demain sera meilleur.

Propos recueillis par Yannick SOMALON

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