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Le triomphe de la vérité

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Edito: Un référendum est-il nécessaire ?


En l’étape actuelle de la procédure, seul le Chef de l’Etat a la possibilité de convoquer le peuple pour un référendum. Le vote des députés ne l’oblige nullement à s’engager dans une voie référendaire dont les incertitudes s’accumulent. Patrice Talon gagnera-t-il cette bataille ?
Probablement oui. Il est vrai qu’il a contre lui l’ensemble des réformes menées depuis deux ans. Qu’on le veuille ou non, dans la pratique politique des jeunes démocraties, la réponse à un référendum est rarement celle qui est effectivement posée. Le peuple perçoit le référendum comme l’occasion de sanctionner une politique ou de l’approuver, en oubliant la question pour laquelle il est convoqué aux urnes. Autrement dit, dans la bataille qui s’engage, les gens de Zè, de Kétou, de Sè, de Boukoumbé ou de Pèrèrè ne voteront pas oui ou non à la question référendaire. Ils diront si oui ou non ils sont satisfaits du pouvoir Talon. Tandis qu’ils sont interrogés sur l’utilité d’installer une Cour des comptes, ils veulent exprimer leur mécontentement sur la situation économique ambiante. Alors que le référendum demande leur avis sur l’utilité de promouvoir les femmes, les citoyens veulent utiliser leur vote pour envoyer un message fort au gouvernement. C’est une asymétrie électorale que les acteurs politiques savent provoquer.
Ils feront campagne sur les casses de Toboula, sur la démocratie qui serait menacée, sur le port et l’aéroport, sur Atao, sur la crise économique… On parlera abondamment des licenciements, de la réforme des entreprises publiques, de la lutte contre la corruption. Il est fort probable que certains meetings servent à parler des chaussures de Talon, de ses costumes ou même de ses voitures. Parce que le vote référendaire, malgré son apparente simplicité, est un vote complexe chargé des frustrations ou des ressentiments.
En dehors de cela, il y a que le référendum, s’il a lieu, pourrait porter sur des éléments «mineurs». A l’étape actuelle du moins, les points majeurs objets de blocages inacceptables sont laissés en suspens. C’est le cas de la Haute Cour de Justice qui a besoin d’être repensée sinon supprimée, de la HAAC qui doit être reconstituée, du Conseil Supérieur de la Magistrature dont le fonctionnement mérite d’être revu. Ce sont autant de points basiques que la proposition discutée la semaine dernière au parlement, n’a pas permis d’aborder. Alors question : faut-il organiser un autre référendum pour repenser la Haute Cour de Justice ? Veut-on me faire croire qu’il faudra un autre référendum avant que les désordres auxquels la HAAC nous a habitués, soient corrigés en profondeur ? Mais alors, quand est-ce qu’un référendum pourrait-il se tenir sur ces différents sujets essentiels? Questions d’espoir…question de désespoir…Nous pourrions encore attendre longtemps.
Longtemps encore en effet pour que nous ayons une HAAC véritablement nouvelle, une justice capable de juger ministres, députés et présidents sans crainte, de limiter la prolifération de la pègre dans l’appareil politique… Dans ces conditions, je me demande à quoi servirait un référendum aujourd’hui. D’autant d’ailleurs que rien n’oblige le Chef de l’Etat à y aller.
Ce scrutin servirait à vanter le bilan du Chef de l’Etat, en le présentant comme celui qui a réussi (enfin !), à amender notre Constitution. Contre toute raison, on lui miroitera les avantages illusoires d’une telle aventure. Oui, il est le premier à aller aussi loin dans la procédure. Et après ? Certaines officines proches de lui, mettront toute leur énergie sur le gain politique de l’opération, sa nécessité absolue.
Mais derrière toute cette verve, se cachent des jeux politiques connus. Il s’agit pour l’opposition d’empêcher le Chef de l’Etat de réaliser l’une des promesses phares de sa campagne électorale de 2016. Toute réussite du régime est une menace pour l’opposition. Mais pour la mouvance, aller au référendum permet d’afficher une cohésion, de marquer une unité et s’assurer un certain leadership dans son fief. A quel prix ? A quel prix donc ? Ce qui préoccupe Patrice Talon dans tout cela, c’est bien la mise en œuvre de son projet de société qui a bien prévu la révision de la Constitution.
A l’heure du compte, la version actuelle du référendum a tout l’air d’un pis-aller. C’est tout, sauf les réformes essentielles sur la base desquelles le peuple a porté sa voix sur l’homme du Nouveau Départ. S’il y a un vrai référendum qui mérite d’être fait, c’est bien celui qui mettra un terme à tous les dysfonctionnements graves relevés par différentes commissions mises en place par le passé. Sinon, ce serait un pur gâchis.

Par Olivier ALLOCHEME

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