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Edito: La nouvelle révision


Les députés tentent ce jeudi d’amender la constitution béninoise. On ne parle plus de révision, mais d’amendement. Ce que certains ont appelé une opération chirurgicale, est dénoncé par d’autres comme une atteinte grave et immorale à la Constitution. Certaines catégories de citoyens Béninois lui vouent un culte presque religieux. En dépit de quelques grincements de dents, il semble bien que cette fois-ci est la bonne.

Tout est dans la forme. D’abord, on ne parle plus de révision, mais d’amendement, en ce que le terme « révision » est politiquement et sociologiquement chargé de préjugés négatifs chez nous.  La fétichisation de la loi fondamentale en a fait une espèce de divinité à laquelle on ne saurait toucher qu’en tremblant. L’échec de la révision en 2017 en est un signe patent : une frange écrasante de la population a fini par penser que toute révision mène à la  catastrophe.

En dehors de ce changement de lexique, il y a un revirement de méthode. L’ancienne révision était portée par le gouvernement, celle-ci est portée par des députés de la mouvance. Ce sont Bruno Amoussou, Kolawolé A. Idji, Robert Gbian, Mathurin Nago, André Okounlola Biaou,  Barthélémy Kassa, Raphael Akotègnon et NassirouBako-Arifari. En clair, c’est la mouvance présidentielle dans son ensemble qui s’en charge, ce qui marque une profonde différence avec l’ancienne initiative menée tambour battant par le ministre de la justice. Cette fois, la posture de l’humilité veut que l’exécutif n’intervienne que de façon marginale dans la procédure. Il laisse les députés jouer les premiers rôles, même si tous, nous savons que l’exécutif a un rôle crucial  à jouer dans le processus. On est loin de la chevauchée solitaire dénoncée par beaucoup et qui a conduit le ministre de la justice à perdre la face (et le scrutin). Ici, un mouvement caractérisé par la recherche du consensus à tout prix a été mis en branle.

De sorte que les points à réviser ont été sortis de la polémique : meilleure représentativité des femmes, annulation de la peine de mort, création de la Cour des comptes, couplage des élections. En dehors du couplage des élections qui peut faire l’objet des plus virulentes discussions, les autres points d’amendement ne font l’objet que de dénonciations marginales. L’avez-vous remarqué ? Le communiqué des FCBE et des autres  organisations ayant lutté contre la révision, est apparu moins virulent que ce qu’on attendait. Il n’y a pas eu de marche. Il est vrai que les têtes de proue du mouvement de contestation  de l’année dernière ont changé de position professionnelle : Paul IssèIko n’est plus SG de la CSTB, Laurent Mètongnon est en prison, Dieudonné Lokossou n’est plus aux affaires à la CSA… Les autres syndicalistes contestataires  sont tenaillés par la peur d’être un jour épinglés.

La réelle question qui se pose est bien celle-ci : y aura-t-il une majorité des 3/4(soit 62 députés) pour garantir le succès de l’opération ? Si le gouvernement s’est engagé dans cette entreprise, c’est qu’il a obtenu de solides garanties de succès. Ces  garanties de succès se réduisent à un seul gage : pouvoir débaucher au moins deux voix supplémentaires devant s’ajouter aux 59 (un député PRD étant décédé entre-temps) de l’année dernière pour faire passer la réforme. Il en faut trois autres pour atteindre les 4/5 nécessaires à l’adoption définitive. En tout, il faudra ajouter cinq nouveaux élus à ceux de l’année dernière pour que l’amendement soit acté.

Actuellement,  avec la prolongation accordée par la réforme au mandat des députés, il est à parier que même au sein de la minorité, certains trouveront la pertinence de la proposition. L’harmonisation des mandats accorde en effet à chaque parlementaire un an supplémentaire pour se préparer aux prochaines joutes. Peu de parlementaires résisteront à cette promesse de répit.

Nous en sommes à nous demander si, au vu des contraintes de nombre, la mouvance aura les moyens pour faire passer sa réforme. Pour le moment, si l’on excepte Issa Salifou et l’honorable Ahmed AffoTidjani (alias Souwi) qui ont fait leur retour à la mouvance, il faut encore chercher les autres députés qui feront la majorité requise. Car, ce n’est pas une mince affaire. Yayi a beau avoir quitté le pouvoir. Il n’a pas encore renoncé à jouer sa partition dans cette conjoncture particulière.

Par Olivier ALLOCHEME

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