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Edito: L’ère Djogbénou 


La campagne anti-Djogbénou n’aura donc servi à rien. Le nouveau président de la Cour Constitutionnelle aura été la cible des tirs croisés d’une bonne partie de l’opposition, mais aussi de quelques éléments de la mouvance présidentielle qui voyaient son ascension comme une menace sur la Haute Juridiction. Tout cela n’a pu empêcher son élection jeudi à la tête d’une Cour qui entame sa septième mandature sous le feu nourri des critiques.

A vrai dire, les observateurs avertis avaient déjà vu venir le choix du professeur de droit. Le premier signe était déjà les errements de la Cour Holo. Ses  décisions controversées contre le régime Talon ne pouvaient que faire penser au Chef de l’Etat qu’il lui faut simplement disposer d’une Cour à sa dévotion pour gouverner en paix. Fidèle parmi les fidèles de Patrice Talon, l’avocat apparaissait pour le Chef de l’Etat comme une garantie de sécurité. Ensuite, il faut peut-être faire remarquer que Joseph Djogbénou n’a pas été désigné par le Chef de l’Etat, mais par l’Assemblée nationale : c’était le signe que Patrice Talon entendait prendre des précautions minimales pour pouvoir se dédouaner d’avoir envoyé lui-même son avocat personnel présider la Cour. Au plan symbolique, tout au moins, ce stratagème permet de sauver les apparences. Enfin, il suffisait de regarder le parcours de l’actuel Président de la Haute Juridiction pour se rendre compte qu’il n’y allait pas pour y être un simple membre. Rien que son statut d’avocat à la tête de l’un des plus grands cabinets du Bénin parle. Comment peut-il laisser son entreprise pour aller juste siéger à la Cour ?

En analysant ces paramètres, tout observateur objectif allait déjà y percevoir les signes d’un choix irréversible de Joseph Djogbénou. Je n’ai donc pas compris comment des acteurs politiques avertis se sont mis à organiser une campagne de grande envergure contre celui qui, à lui seul, peut faire basculer les résultats de l’élection de 2021. Cette stratégie suicidaire conduit fatalement toute l’opposition à se regarder aujourd’hui comme dans un mauvais rêve : le pire ennemi devient subitement l’arbitre du jeu. Cette erreur de stratégie a déjà été commise en 1996, lorsque Nicéphore Soglo et ses militants passèrent du temps à s’en prendre à la Cour Constitutionnelle. Le temps de constater leurs errements, ils se rendirent compte trop tard de celle qui avait à charge la proclamation des résultats de l’élection présidentielle. Pour assermentée que soit la fonction de sage à la Cour, elle n’en est pas    moins assumée par des humains dotés de sentiment et de raison. Et s’il faut gagner une élection, il faut mettre toutes les chances de son côté. L’amateurisme, une fois encore, aura entrainé l’opposition dans une confrontation sans lendemain. Elle passera son temps à accuser Djogbénou et ses pairs. Et alignera les échecs.

La seule alternative actuellement pour l’opposition, c’est de chercher résolument les voies et moyens pour sortir de la sphère négative vis-à-vis de la Cour. Toute autre  approche ne serait que suicide.

Mais la Cour Djogbénou en elle-même doit affronter une épreuve de crédibilité. Ancien avocat du Chef de l’Etat, Joseph Djogbénou n’aura aucun droit à l’erreur. Déjà soupçonné d’être à la solde de l’homme d’affaires Patrice Talon, toute son action sera scrutée à l’aune de cette allégeance supposée. Plus que la Cour Holo, la mandature actuelle a un devoir d’ingratitude vis-à-vis de Patrice Talon si elle veut entrer dans l’histoire. Personne ne la prendrait au sérieux, ni Talon, ni Houngbédji encore moins  la population, si elle ne sort pas de sa présomption de vassalisation. Si elle ne se dépouille pas de son manteau partisan pour se muer très rapidement en arbitre du jeu démocratique, elle devra affronter l’indignation populaire qui pourrait se retourner contre elle. Car, pour la première fois depuis 1993, une mandature entrante fait face à une vague de suspicion conjoncturelle, au lieu d’être accueillie avec enthousiasme. C’est un signe et un défi qui ne devraient pas être banalisés.

Finalement, l’ère Djogbénou commence comme  un défi pour les sept sages. Ils doivent montrer qu’ils méritent d’être les dignes continuateurs de ceux qui, par le passé, réussirent à préserver le pays du chaos.

Par Olivier ALLOCHEME

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