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Le triomphe de la vérité

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Edito: Ce que l’Ethiopie nous enseigne


L’Ethiopie a désormais la croissance économique la plus rapide du continent. Avec une croissance annuelle moyenne de 10% sur la décennie, le pays devrait enregistrer en 2018, une croissance de 8,5% selon les derniers chiffres du Fonds Monétaire International (FMI). En dehors peut-être de l’instabilité politique qui constitue l’un des talons d’Achille du pays, cette constance dans le progrès devrait sortir le pays de la liste des pays les moins avancés pour être désormais un pays à revenu intermédiaire d’ici 2025.
Pour tous ceux qui comme moi ont connu l’Ethiopie des années 80 marquée par des sécheresses dramatiques et des famines apocalyptiques, cette évolution est tout simplement phénoménale. Le pays sort de plusieurs décennies de misère ponctuées de guerres, pour arpenter résolument les larges avenues de la croissance, et surtout d’une croissance soutenue. Il s’affiche en septième position des destinations privilégiées des investissements directs étrangers en Afrique, avec une population d’environ 94 millions d’habitants. Alors question : quels sont les leviers de cette embellie éthiopienne ?
Le premier facteur, à mon sens, reste le capital humain du pays. L’Ethiopie possède une main-d’œuvre abondante et bon marché. Bon marché d’autant que le salaire moyen dans l’industrie textile par exemple y est d’environ 30-40.000 FCFA, ce qui permet aux industriels du secteur de recruter suffisamment. C’est clairement l’un des niveaux de salaires les plus bas au monde pour ce secteur. L’Ethiopie exporte des vêtements dans le monde entier : Union Européenne et Etats-Unis en tête (en jouant sur les accords commerciaux, notamment sur les APE et l’AGOA).
Attirées par des réductions fiscales intéressantes, des promesses d’investissement dans les infrastructures, ainsi qu’une main-d’œuvre très moins chère et peu corrompue, de grandes compagnies occidentales vont produire leurs marques en Ethiopie : Guess, Levi’s, H&M, PVH ainsi que d’autres labels.
Le second facteur, ce sont les délocalisations des compagnies chinoises, indiennes et turques qui fuient la hausse des salaires dans leurs propres pays. Bien sûr, ces délocalisations sont portées par des mesures fiscales très incitatives. Par exemple, les compagnies industrielles sont exemptées de l’impôt sur le revenu pendant leurs cinq premières années d’exercice, ainsi que des taxes sur les importations de biens entrant dans la production de leurs produits. L’Ethiopie pouvait s’offrir ces largesses du fait d’une aide chinoise très généreuse. 10,7 milliards de dollars de prêts chinois ont été consentis au pays de 2010 à 2015 selon la China-Africa Research Initiative de la Johns Hopkins University School of Advanced International Studies.
Troisième levier : les infrastructures. Il y a une frénésie éthiopienne pour les infrastructures. Routes, ponts, digues, barrages, télécommunications…En ne prenant que les investissements dans les barrages hydroélectriques, ils y ont rendu l’électricité très moins chère, attirant d’autant plus les investisseurs étrangers. Depuis 2014, l’Ethiopie a mis en place quatre parcs industriels géants, sur financement public. Il est prévu huit autres à l’horizon 2020. Le pays prévoit que le secteur industriel devrait procurer 2 millions d’emplois en 2025.
Quel est le résultat de tout ceci ? Tout le monde reconnait que cette évolution a entraîné la réduction du taux de pauvreté dans le pays, passant d’environ 45,5% en 1995 à 24% de la population en 2014, soit une réduction de plus de 20% en deux décennies environs. Car l’Etat s’est donné les moyens d’engager d’impressionnantes dépenses sociales qui représentent 84% des dépenses publiques. Le pays se classe désormais parmi les économies les plus rapides au monde, malgré une nature ingrate. On ne le dira jamais assez, l’Ethiopie connaît des sécheresses dramatiques dont la pire fut celle de 1984-85 qui a fait des milliers de victimes.

Que signifie tout ceci pour le Bénin ?
La clé d’un développement inclusif et soutenu pour un Etat reste l’industrie. L’exemple de l’Ethiopie, mais aussi du Bangladesh qui connait actuellement une croissance extraordinaire de son industrie textile, le montre amplement. Il s’agit donc pour le Bénin de trouver sa niche et d’élaborer sa politique pour espérer une quelconque lutte contre la pauvreté et surtout une croissance à deux chiffres.

Par Olivier ALLOCHEME

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3 thoughts on “Edito: Ce que l’Ethiopie nous enseigne

  1. Elias

    Il Ne peut jamais y avoir revolution industruelle sans énergie électrique à moindre coût et il faut un temps pour implanter les sources énergétiques CE que fait le gouvernement actuel

  2. Houenagnon

    Merci pour cet article qui nous presente un modèle, au lieu de nous plonger dans les querelles intestines. Un vrai développement se gagne sur la constance dans la durée, la clairvoyance dans les choix economiques et poliques, et l’effort de tout un chacun à taire parfois ses opinions personnelles pour ne viser que le « bien commun ».

  3. Salomon

    Je crois que vous ne connaissez pas l’Ethiopie assez bien. Les étrangers parlent de la famine de 1984, mais ils oublient que c’était une famine politique. L’ironie c’est que l’Ethiopie est victime de sécheresses alors que l’Egypte, qui dépend entièrement des eaux éthiopiennes, ne connaît pas de sécheresse. Avec ses 70 millions d’hectares de terres arables et ses ressources hydriques abondantes, l’Ethiopie aurait dû être un pays développé. Cela dit, la source de la croissance est le développement agricole, les infrastructures et la consommation interne. L’export ne contribue rien à la croissance.

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