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Edito: Goyiyi, la prise de bouteille


Dans le numéro 44 de son Mémoire du Chaudron consacré à l’accession au pouvoir de Boni Yayi, Tiburce Adagbè laisse entendre ceci : « la question qui me revenait plusieurs fois à l’esprit quand plus tard le pouvoir le rendit ivre et fou, était celle-ci : combien de Yayi Boni se dissimulaient dans l’unique que je voyais ? » Pour sûr, le Yayi « ivre et fou » du pouvoir qui finit son second quinquennat en 2016, était bien loin de celui de 2004 ou 2005 qui était d’une humilité presque religieuse.
C’est ce qu’on appelle la maladie du pouvoir ou syndrome d’Hubris, cette métamorphose subite qui se produit dans la tête de ceux qui exercent un pouvoir et les rend aveugles à la réalité. Ceux qui la connaissent ont dû avoir quelque pincement lorsque recevant les femmes des marchés, le samedi 03 mars dernier, le Chef de l’Etat a pu dire en langue Fon : « J’ai un peu d’orgueil dans mon sang » (Goyiyi kpèdé do lan tché min). Elle a conduit des Etats entiers à la dérive, des entreprises à la faillite, des familles à la déchirure et l’on considère qu’elle est à la base de la guerre d’Irak déclenchée en mars 2003. Il suffit de voir les titres ubuesques dont s’affublèrent les potentats africains pour se convaincre de ses ravages. L’un des tout derniers encore en activité est le président burundais Pierre Nkurunziza qui porte désormais le titre de «guide suprême éternel». Avant lui, on eut droit à Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, l’Aigle de Kawélé, dont le pouvoir finit dans une totale déchéance. Il y eut aussi l’ « Osagyefo » (le Chef victorieux), Kwamé Nkrumah dont les généraux finirent par se débarrasser, harassés par ses lubies sans fin. On peut citer encore Jean-Bedel Bokassa devenu « empereur », Mathieu Kérékou devenu « Grand camarade de lutte » et bien d’autres qu’obnubilèrent les ors du pouvoir qui les rendirent « ivres et fous ».
En principe, la loi et les institutions de contre-pouvoir devraient protéger les Etats de telles dérives. Mais lorsque ce syndrome s’invite au cœur du pouvoir, même la loi et les appels à la raison restent impuissants à raisonner les princes et leurs nombreux courtisans.
Tous ceux qui suivent l’actualité des grèves doivent avoir remarqué un fait presque inédit depuis 1990 : les enseignants ont fêté Pâques sans salaire. C’est un acte dont on imagine la portée, tellement il apparaît comme inutilement belliqueux et vindicatif voire cruel, surtout en période de crise. Que dire au gouvernement qui pose ce genre d’actes au moment où tout le monde appelle à l’apaisement ? Car le fond du débat, c’est que les enseignants ont absolument raison d’aller en grève sur des droits dûment acquis. S’il est évident que le décret portant statuts particuliers des enseignants depuis plus de deux ans, n’a ni été rapporté ni appliqué, les enseignants qui vont en grève, ont tout au moins droit à une reconnaissance claire et nette de leurs droits.
Autrement dit, le gouvernement devrait dire et redire à tout le peuple un message que l’on n’entend pas encore jusqu’ici : « chers travailleurs, vous avez raison. Ce sont vos droits dûment établis par un décret. Mais, pour le moment, nous ne pouvons pas l’appliquer en l’état actuel de nos finances. » Ce disant, le gouvernement s’honore de reconnaître que des travailleurs qui se révoltent contre lui, ont raison. Il montre son humilité en disant que les moyens disponibles ne peuvent pas, pour le moment, permettre d’accéder à leurs exigences légales. Et enfin, le gouvernement peut bien s’entendre avec ses partenaires, sur les modalités d’une application responsable et raisonnable de ce décret, pour les années à venir, selon des modalités à définir. Bien entendu, il lui faudra faire un geste historique en ce qui concerne les salaires politiques, s’il tient à rendre son discours audible. Les enseignants regagneraient alors les classes, sans l’impression d’avoir été insultés alors qu’ils ont raison.
Je ne sais pas si vous l’avez remarqué : jusqu’ici, le Chef de l’Etat lui-même n’a jamais rencontré les enseignants. Or, ce langage de vérité ne peut être tenu que par lui pour ramener la concorde dans l’impasse actuelle. Aucun ministre, aucun directeur, ne peut s’aventurer à une telle ouverture, s’il n’est dûment mandaté à cet effet.
L’orgueil est dans l’essence même du pouvoir. Mais dans les crises comme celles que nous traversons, il demeure un dangereux venin.

Olivier ALLOCHEME

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One thought on “Edito: Goyiyi, la prise de bouteille

  1. Elias

    Je ne suis pas de votre Avis.Le Monsieur a eu a rencontré les syndicalistes et a publiquement reconnu qu’ils ont raison et que même si les revendications sont justifiées l’Etat n’a pas aujord’hui les moyens.Et c’est de là ils se sont retrouvés avec les syndicalistes pour dégager CE montant de plus d’un milliard.Et ils encore que c’est insuffisant.La plus belle fille due monde ne peut donner que CE qu’elle a.Comment 86mille agents béninois peuvent prendre en otage 11millions de béninois.ils ne manquent pas de salaire,ils veulent une augmentation sur salaire.selon moi ils peuvent reprendre les cours et continuer les discussions.On dit au gouvernement de prendre un engagement mais on oublie de se demander sur quelles ressources.dans un pays où il n’y a pas de ressources minières.Arrêtez!!!n’oubliez pas l’inflation que ça pourrait engendrer car l’Etat va chercher à les retirer ailleurs et c’est les pauvres sans revenus qui seront atteints.c’est pas un jeu.il y a eu année Blanche en 89 et pourtant Kérékou est revenu en 96,il y a eu CC services plus graves que la liberations des voies publiques,l’affaires Dagnivo et pourtant Yayi a été réelu et battu ses adveraires dans me village natal de Dagnivo,l’affaire CEN-SAD et consort.Travaillons,il n’y a que le travail qui paie….

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