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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le retour à l’autocratie


Tous ceux qui pensaient à la toute-puissance de la démocratie sont en train de se poser des questions. La réélection, hier, de Vladimir Poutine à une forte majorité de plus de 73%, pour un quatrième mandat de quatre ans, vient s’ajouter à une série de faits historiques qui, en ce mois de mars 2018, se révèlent comme un pied de nez à la démocratie.
Premier événement : la réélection d’Angela Merkel, la chancelière allemande, pour un quatrième mandat de quatre ans, le mercredi 14 mars dernier. Pour la quatrième fois successive, elle obtient un vote majoritaire avec 364 députés sur 688, soit 9 voix de plus que la majorité requise. En poste depuis le 22 novembre 2005, cette physicienne de formation, dément l’idée largement répandue qu’une bonne démocratie, c’est deux mandats et pas une seconde de plus. D’autant d’ailleurs que l’Allemagne est la première économie européenne, avec un des taux de chômage les plus bas de l’Union Européenne et des chiffres de croissance respectables.
Deuxième événement : la réélection sans surprise de Xi Jinping, le Président chinois, ce samedi 17 mars. Sans surprise, en effet, cet apparatchik de 64 ans, a été réélu à l’unanimité des 3 000 députés présents à la session plénière annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP). En plus de ce nouveau mandat de cinq ans, Xi Jinping pourra, s’il le veut, bénéficier de la réforme de la Constitution qui lui permet de se représenter à la tête de l’Etat autant de fois qu’il lui plaira. 100% des voix. C’est un score aussi stalinien que celui qui lui a permis en 2013 de se hisser à la tête de l’Etat chinois, 99,86% à l’époque. Commentaire de Donald Trump, le president américain : « May be we’ll give that a shot someday… He’s now president for life. President for life. And he’s great » (« Peut-être, allons-nous le tenter un de ces jours…Il est maintenant Président à vie. Président à vie. Et il est grand »). Il est bien loin, le temps où l’Amérique fière et triomphante, donnait des leçons de démocratie au monde entier. Aujourd’hui, c’est le Président américain lui-même qui avoue, publie son admiration pour le modèle chinois de démocratie.
Très clairement, il s’agit d’un revirement de paradigme pour les Etats-Unis. Le pays a passé ces vingt-cinq dernières années à faire la promotion de la démocratie néolibérale. Washington n’a eu de cesse de financer les initiatives concourant à la mise en place en Afrique d’élections transparentes, de mandats présidentiels limités et de multipartisme intégral. La Chine a prouvé, une fois de plus, que la démocratie libérale n’est pas la seule voie pour atteindre le développement. On est même autorisé à penser qu’un autoritarisme éclairé fait partie des conditions pour une sortie réelle de la pauvreté. Le cas chinois nous incite à penser que le modèle occidental de démocratie libérale, peut être repensé pour être adapté aux objectifs de développement.
Au reste, je vois déjà les objections de ceux qui doutent de l’efficacité de ce concept pour l’Afrique. Car si le modèle chinois de deux mandats éliminatoires mis en place par Deng Xiaoping en 1982, est désormais en vogue presque partout dans le monde, il n’en demeure pas moins qu’il permet une question restée inopérante : la démocratie pluraliste est-elle la seule source de développement ? En tout cas, la victoire de Xi Jinping pourrait donner des idées aux despotes africains…
Troisième événement : c’était hier : la réélection sans surprise (là aussi !) de Vladimir Poutine, le président russe, avec une majorité de près de 74% des voix. Pour la quatrième fois, le maître du Kremlin remporte un scrutin qui le rend plus puissant que jamais. Il a réussi à déstabiliser toute opposition crédible et à s’imposer comme seul maître à bord. Cet ancien espion de l’époque soviétique est adepte des méthodes fortes. Il l’a encore montré, la semaine dernière, avec l’empoisonnement à Londres de l’ex-espion russe Serguéi Skripal et de sa fille, que la Russie soupçonne d’avoir livré aux services secrets britanniques.
Tout ceci bat en brèche l’idée que la démocratie occidentale est le meilleur système politique.Il montre surtout que la fin de la guerre froide, n’a pas enterré l’émergence d’une nouvelle forme de gouvernance publique qui peut, les années prochaines, chercher à s’imposer en Afrique.

Par Olivier ALLOCHEME

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