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Le triomphe de la vérité

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Edito: Bolloré 1 Talon 0


On devrait s’attendre à des mesures de représailles de la part de Bolloré une fois que Patrice Talon n’a pas pu empêcher la Cour Suprême de rendre son verdict sur le projet Epine Dorsale. Car pour les Français, et d’ailleurs pour la plupart des Etats occidentaux, aucun gouvernement africain digne du nom ne peut avoir une justice libre et indépendante, capable de prononcer un verdict de ce genre, sans s’en référer au pouvoir politique. Et Bolloré, multinationale de plus de deux siècles d’existence connait les voies nécessaires pour faire pression sur les Etats et obtenir ce qu’il veut. Malheureusement (ou heureusement), la justice béninoise sait se rendre parfois indépendante. Et en la matière, la majorité des Béninois soutiennent que le projet Epine Dorsale peut bien être réalisé par un des leurs. Ce doit être l’une des rares fois où j’ai vu la grande majorité de mes compatriotes soutenir qu’un projet de cette envergure peut bien être réalisé par un des leurs.
Conspirer pour humilier Patrice Talon et sa délégation en visite de travail à Paris, c’était pratiquement la chose la plus facile, comme entrée en matière. Le plat de résistance devrait suivre d’ici quelques jours. Ce serait probablement un coup de main à l’opposition, en lui facilitant l’accès à des médias d’envergure internationale. Il ne serait pas du tout indécent de donner des moyens conséquents à cette opposition qui en a besoin pour qu’elle s’organise dans l’arrière-pays pour faire front au régime Talon. D’ici là, chacun de nous doit s’attendre à un regain d’activisme de l’opposition galvanisée par de nouveaux moyens, surtout que la population béninoise ne pense à rien d’autre qu’à piller les acteurs politiques, fusse au prix d’une mendicité devenue maladive.
Tout compte fait, à défaut d’organiser la guérilla médiatique contre Talon, les patrons de Petrolin savent certainement que des mesures de représailles les attendent également. Le groupe du Béninois Samuel Dossou-Aworêt risque gros pour avoir chipé un si lourd marché au puissant milliardaire français. S’il ne rencontre pas des obstructions inexplicables, comme la délégation béninoise encore à Paris, il doit à tout le moins s’attendre à une adversité soutenue des autorités de Niamey qui avaient déjà fait le choix de Bolloré. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le Béninois doit s’attendre à la résistance des autorités de Niamey.
Mais, ce qui est intéressant ici, c’est la posture de certains acteurs politiques béninois qui se délectent des coups tordus de la multinationale française. Il y en a même qui ont sorti un communiqué pour…demander des comptes au Chef de l’Etat béninois. Apparemment, ils guettaient l’incident pour rabattre le caquet à Talon. Et ils n’ont guère raté l’occasion pour se lancer à l’assaut du Chef de l’Etat, s’adonnant au jeu favori du dénigrement et de la dérision. La question est bien de savoir les intérêts de quel pays ils défendent.
Disons les choses telles qu’elles sont. Les explications de Talon sur sa rencontre avortée avec Emmanuel Macron ne me convainquent pas. Ce qui est constant, c’est qu’ayant programmé un rendez-vous avec les chefs d’entreprises français, lui et sa délégation ont été éconduits par Pierre Gattaz, président du MEDEF. Celui-ci a préféré vaquer à autre chose, plutôt que d’honorer ses engagements avec le gouvernement. Imagine-t-on Alassane Ouattara ou Macky Sall passer une semaine en France, sans rencontrer Macron ? Les imagine-t-on se faire éconduire par le MeDEF ?
Il s’agit d’une orchestration bien organisée. Et dans ce contexte, seul les personnalités d’envergure internationale capables de briser les chaînes de la servitude, peuvent s’en sortir.
La question est donc de savoir ce que les autorités béninoises sont prêtes à faire, de savoir quel sacrifice chaque Béninois est capable de souffrir pour porter haut le flambeau de la nation. La France vient de nous enseigner que, malgré toutes les théories, un Etat reste un Etat : il a besoin d’être fort pour ne pas se faire écraser par une multinationale.

Par Olivier ALLOCHEME

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