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Edito: Le fruit de la cacophonie


Malgré tout ce qu’on peut dire, les détails sur la santé du Chef de l’Etat disent quelque chose de grave : Patrice Talon a bien frôlé la mort. Deux interventions chirurgicales en moins d’une semaine. L’organe concerné est l’un des plus sensibles chez les hommes. On peut même dire que le cancer de la prostate est, pour les hommes, ce que le cancer de sein est pour les femmes : il est dangereux et tue à bas bruit. L’avoir détecté à un stade précoce pour l’empêcher d’atteindre une ramification cancéreuse peut être interprété comme un véritable coup de chance. Si vous regardez bien autour de vous, vous verrez qu’une bonne partie des hommes, à partir de la cinquantaine, meurent de ce mal pernicieux et ravageur. Dans une étude publiée en décembre 2016 dans la revue Journal of urology, treize médecins spécialistes exerçant au Sénégal ont découvert que sur 132 décès enregistrés dans un service d’urologie entre  février 2010 et févier 2014, 47% des décès étaient dus au cancer de la prostate. Ce type de cancer est nettement en tête des cancers urologiques. Et il est connu que la chirurgie prostatique, malgré les progrès de la médecine, constitue une source de complications post-intervention.  On peut donc dire, sans s’alarmer outre mesure, que deux maux ont été évités de justesse : le cancer et les dangers de l’intervention chirurgicale elle-même.

Mais alors, la question se pose de savoir pourquoi son absence a pu être aussi mal gérée par le gouvernement. Pourquoi la cohésion gouvernementale a pu être si mal assurée, au point que sur le sujet principal de la santé du Chef de l’Etat, trois versions différentes ont été données par trois ministres ? Il faut même se demander pourquoi le conseil des ministres n’a pu se tenir une seule fois en son absence. Le régime présidentiel qui est le nôtre accorde des privilèges et des prérogatives exorbitants au Chef de l’Etat. Dans le cas d’espèce, l’on a vu un gouvernement sans leadership réel en l’absence du Président de la République. Au point que quelques journaux ont flairé une guerre des chefs entre Pascal Koupaki et Abdoulaye Bio Tchané, sur le point de savoir lequel des deux devrait mener l’équipe durant ces absences.

Koupaki président les réunions de cabinets les lundis et Bio Tchané dirigeant les conseils interministériels les mardis, on peut se dire que le leadership est assuré entre les murs du Palais de la république. Il faut douter que le numéro deux du gouvernement, Abdoulaye Bio Tchané, ait pu avoir toutes les coudées franches pour interpeller un ministre en l’absence de Talon. Là-dessus, le régime présidentiel et les usages ont laissé à chaque Président de la République le soin d’organiser son équipe comme il l’entend. Et c’est une raison supplémentaire pour que le Chef de l’Etat octroie à son remplaçant en ces cas-là, toutes les coudées franches pour éviter la cacophonie.

Cette absence de coordination  de l’action gouvernementale en ces moments comporte donc des conséquences tout à fait nuisibles à la réactivité de l’équipe, notamment en période de crise. Elle donne des arguments massifs à tous ceux qui estiment que le gouvernement tourne à vide sans Talon. « Le Président a disparu et les ministres s’ennuient », a pu affirmer un activiste la semaine écoulée dans les médias internationaux. C’est de la provocation. Et cette provocation a été accentuée par un autre activiste qui a pu dire que sans conseil des ministres le pays ne tourne pas. Les Béninois sont habitués à l’hyper-présidentialisme. Il leur donne l’impression que le Chef de l’Etat est l’Alpha et l’Oméga, grand roi devant ses sujets. De sorte que son absence tourne au psychodrame, occasionnant les cas de délire parfois hallucinant qu’on a pu voir.

Le Président de la République, tout en délégant les tâches liées à ses absences, ne pouvait faire autrement que de suspendre les conseils des ministres, en son absence. Connaissant les pratiques instaurées sous Yayi et par lesquelles certains dossiers sensibles sont soustraits à sa vigilance, il est évident qu’il doit se méfier. Cependant, la méfiance  peut comporter ses vices qui sont la confusion, la cacophonie et l’incohérence.

Par Olivier ALLOCHEME

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