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Edito: Les salaires politiques


Patrice Talon  est connu dans son milieu professionnel pour offrir à tous ses collaborateurs des salaires vraiment flatteurs. Ne le cachons pas : dans ses entreprises, il paie bien ses agents et n’hésite pas à les gratifier grassement en cas de résultat. C’est connu. Ce qu’on ignorait, c’est comment il allait exporter ses habitudes du secteur privé vers le secteur public d’une part, et surtout, comment il allait les implémenter au profit de ses collaborateurs directs que sont les ministres, les conseillers techniques, les chargés de mission ou encore les préfets. Depuis la semaine dernière, on en sait un peu plus sur le traitement des préfets qui reçoivent des primes et indemnités plus que confortables. Pratiquement cinq bons millions de FCFA  par mois et par préfet.

Non, rassurons-nous d’abord. Sous l’ancien régime, les préfets  avaient toujours réclamé de meilleurs traitements. Certains vivaient sans véhicules de fonction et d’autres se plaignaient de l’insuffisance de simples matériels de bureau. Probablement, depuis janvier dernier, tout cela est réglé et les préfets de nos départements peuvent se targuer d’avoir des salaires au moins dix fois supérieurs à ceux des précédents préfets.

  • Indemnité de première installation unique : 5 millions de FCFA.
  • Frais de renseignement : 2.250.000 FCFA par mois.
  • Frais de représentation : 1.500.000 FCFA par mois
  • Indemnité de sujétion : 243 FCFA par mois
  • Carburant : 300 l d’essence par mois
  • Trois gens de maison à payer sur le salaire net.

Sans même la carburation, le traitement dépasse déjà les 5 millions. Et s’il faut bien dire les choses, nos préfets ne doivent désormais plus se plaindre. Ils vont accomplir leur mission avec zèle et dévouement.

Si le préfet est donc à ce seuil de traitement, qu’en serait-il des ministres ? En juillet 2016, Joseph Djogbénou avait rendu public son traitement : il gagnerait à l’époque 1. 703. 518 Cfa, assorti d’une prime d’équipement unique de 5 000 000 de francs cfa, sans compter une assurance médicale. Il est clair qu’actuellement, il ne serait plus à ce niveau. Les rumeurs les plus folles circulent à ce sujet : 6 millions, 7 millions, 8 millions…Le ministre des affaires étrangères aurait un traitement encore plus affolant, compte tenu de son statut de fonctionnaire international. On voit bien qu’il y a des ministres « Tchigan » avec des salaires ne devant pas légitimement rester en-dessous de ce qu’ils percevaient déjà avant d’être appelés au gouvernement et des ministres « Tchivi »qui sont restés au pays et ont donc un traitement correspondant au niveau de vie d’ici. Ce sont des disparités blâmables mais qui ont toujours existé, compte tenu des profils de chacun et des types de négociations qui ont été conclus avec les Chefs d’Etat successifs. Tout compte fait, on ne peut pas exiger qu’un cadre de la BOAD, ayant été appelé au gouvernement, gagne moins que son salaire antérieur. Ce serait clairement une invitation à la corruption. Mais la question lancinante est bien celle-ci : lorsque l’on augmente les salaires de tous les préfets à ce seuil, quelle pourrait être la réaction des partenaires sociaux ?

Ce sera probablement la pomme de discorde  les jours et semaines à venir, lors des séances du dialogue social. Et le bras de fer ne sera pas facile à gérer pour le gouvernement, d’autant d’ailleurs que ces partenaires sociaux avaient toujours réclamé une réduction des salaires politiques, compte tenu de la misère du peuple. On se rappelle que Pascal Todjinou en faisait même l’un des facteurs ayant gonflé la masse salariale sous le régime précédent. Dans les conditions actuelles, les syndicalistes reviendront encore plus renforcés  par les propos du Chef de l’Etat qui a demandé à tout le monde de se serrer les ceintures, en attendant que les réformes en cours ne produisent leurs fruits. Ce sera désormais impossible de continuer ce discours, lorsque les salaires politiques ont connu un renchérissement aussi visible.

De fait, les  membres des autres institutions de la république sont désormais fondés à exiger d’avoir un traitement conséquent. On imagine mal un Adrien Houngbédji, un  Théodore Holo ou Ousmane Batoko gagner le même salaire qu’un préfet. L’amélioration des salaires de tout ce monde aura des répercussions indéniables sur le climat social déjà explosif.

Par Olivier ALLOCHEME

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