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Edito: Où trouverons-nous l’argent ?


Le 22 mai dernier, la publication du rapport sur les Perspectives économiques de l’Afrique 2017, a presque cloué le Togo au pilori. Elaboré et présenté conjointement par la BAD, le centre de développement de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) et le PNUD, ce rapport contraint le pays à ne plus recourir à des prêts non-concessionnels (au-dessus de 2%) au moins jusqu’en 2021. C’est l’une des conditions posées par les bâilleurs de fonds du pays pour bénéficier de la facilité élargie de crédit (FEC) financée par le FMI pour la période 2017-2021. Bien entendu, le pays devra passer de son niveau actuel d’endettement qui est de 76% à 56%, sur la période. Ce sera une sévère cure d’amaigrissement qui devrait ralentir considérablement les ambitions de Faure Gnasingbé pour ce qui est des infrastructures.

C’est d’autant plus cruel que l’économie du pays s’appuie sur les performances du Port autonome de Lomé qui a de gros besoins d’investissements, pour faire face efficacement à la rude concurrence des ports voisins comme ceux de Cotonou ou de Téma au Ghana. De la même manière, le Togo est contraint d’abandonner le vieux projet du barrage d’Adjarala pour lequel il s’était engagé pour un montant d’environ 300 milliards de FCFA dont la moitié a déjà été mobilisé par le Bénin. C’est un souci pour le Bénin qui a toujours mis Adjarala comme une  de ses priorités en matière d’indépendance énergétique. Et il n’y a pas que ces projets qui vont être suspendus momentanément.

En rappelant tout cela, je pense bien évidemment au Bénin, mais en général à tous ces pays africains dont les besoins de financement sont ainsi sévèrement encadrés par les organismes internationaux soucieux d’équilibres macroéconomiques. Oui, pour avoir pris trop de libertés avec l’orthodoxie par le passé, nos pays se sont enfoncés dans la crise. Pour le Bénin, cela s’est vraiment mal passé et il a fallu une crise politique majeure frappée d’une conférence nationale, pour que les dirigeants prennent conscience de leurs errements. Mais la réelle question aujourd’hui est de savoir comment nos Etats pourront bien trouver les ressources dont ils ont besoin pour leur relance économique.

Selon les règles de convergence de l’UEMOA, le niveau d’endettement des Etats doit être à un niveau maximal de 70%. Ce niveau fixé par des experts pose aujourd’hui  de gros problèmes. Car, en observant certains pays plus avancés, on se rend aisément compte de l’arbitraire. Selon la banque Morgan Stanley, l’Australie a eu en 2016, un niveau d’endettement cumulé de près de 300% de son PIB, l’Inde près de 150% et Singapour près de 200% comme le Japon. La Chine est passée de 158% en 2005 à 258% en 2016. Il est vrai que la structure de ces emprunts montre un fort taux d’endettement intérieur qui signale une forte capacité de production. Il s’agit là donc d’une dette libellée en monnaie locale et qui est plus facile à supporter que lorsqu’elle est devise étrangère forte, comme c’est souvent le cas chez nous.  Mais la question de fond demeure : pourquoi arrête-t-on les pays africains à 70% de leur PIB, alors que l’on permet à la France par exemple d’atteindre un taux de96% ? Pendant ce temps, nos besoins en infrastructures de base, n’ont jamais été aussi pressants.

Si nous ne prenons que le cas du Bénin, on remarquera aisément que l’électricité atteint à peine 38% de la population dont moins de 10% dans les zones rurales. L’internet haut débit demeure encore un luxe, y compris à Cotonou et nous avons un grand besoin en routes, en ponts, en chemins de fer, et autres aéroports qui sont les premiers facteurs de développement de l’agriculture, de l’industrie ou du commerce. Et si nous n’avons pas de l’argent à moindre coût, le rythme de croissance va s’en trouver ralenti, tout en paupérisant dans la même proportion, les populations.

Souvenons-nous ! Pour relever l’Europe après la deuxième guerre mondiale, les Etats-Unis ont eu besoin de mettre en place un plan Marshall. Ce plan a permis d’injecter dans l’économie de 23 pays européens 13 milliards de dollars de 1947 à 1951 (dont 11 milliards de don), soit l’équivalent de 130 à230 milliards de dollars selon le cours du dollar en 2012, ou encore 4% du Produit national brut de la zone à l’époque.

Si les conditionnalités de crédits se corsent d’année en année, il est évident que l’Afrique ne trouvera plus vraiment d’autre alternative que de sortir de l’imbroglio des 70%, pour fonder les bases de son propre progrès.

Par Olivier ALLOCHEME




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