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Edito: L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE


logo journalIl y a quelques semaines, j’avais soutenu ici même que le saccage  du marché Adjégounlè était une erreur. Je reste convaincu que les industries pharmaceutiques asiatiques et européennes se livrent une guerre commerciale dont l’objectif est le contrôle du marché africain. Et pour cela,  chacune  de ces industries utilise des méthodes inspirées de la pure tradition des affrontements marketing.  Ma conviction a été renforcée par des discussions que j’ai pu avoir avec des cadres éclairés du ministère de la santé.
Rassurez-vous, le terme «faux médicament » ne s’applique pas à tous les médicaments d’Adjégounlè. Oui, comme dans toute industrie, il y a des imposteurs, des falsificateurs qu’il faut décourager avec la dernière énergie. Mais à Adjégounlè, se trouvaient aussi des commerçants qui livraient des produits certifiés, provenant non pas d’Europe mais d’Asie (Inde, Pakistan, Indonésie, Chine…). Ils se ravitaillaient auprès des grossistes agréés qui livrent aussi aux pharmacies les plus sérieuses de notre pays. Aujourd’hui, on sait que ce commerce fait un chiffre d’affaires d’environ 100 milliards par an et nourrit une économie véritable. Et c’est pourquoi, je continue à dire qu’on ne saurait fermer un tel commerce comme on le ferait d’un simple débit de boisson. Il fallait tout simplement que l’Etat fasse le travail préalable de détection du vrai et du faux, avant que de passer à l’acte.
D’autant d’ailleurs qu’en s’en prenant à nos pauvres commerçants, l’Etat, à mes yeux, tombait ainsi dans le piège de l’industrie européenne qui tente de contenir les avancées des laboratoires indiens, chinois ou autres indonésiens et contre lesquels elle déploie encore aujourd’hui une batterie de mesures publiques ou pernicieuses. L’appel de Cotonou sur les « faux médicaments » en est un. Il a consisté à faire lancer à Cotonou en octobre 2009, le fameux appel contre les « faux médicaments », à travers l’aide de la Fondation Chirac. Pour savoir si cette fondation n’était manipulée et soutenue financièrement par personne, il suffit de me dire ce qu’elle a pu faire avant et après l’appel de Cotonou, qui l’a financée et comment. Et chacun appréciera l’ingéniosité de l’industrie pharmaceutique européenne.
Le fait est que la production et la vente des médicaments sont très lucratives. En France seule, elle fait  un chiffre d’affaires annuel de 34,4 milliards d’euros (22.566.400.000.000 de FCFA). Et l’on comprend pourquoi elle ne peut tolérer que le juteux marché africain lui soit disputé par les firmes non occidentales qui proposent des produits beaucoup moins chers. Et c’est pourquoi je me demande pourquoi il ne vient à l’esprit de personne de créer chez nous un pôle industriel pour fabriquer des produits pharmaceutiques.
Nous avons tout à y gagner. Si l’Etat s’engage effectivement dans la promotion d’une industrie pharmaceutique nationale, le Bénin peut facilement devenir une plateforme technologique capable d’impulser rapidement toutes les industries connexes, notamment la sidérurgie, l’électronique, sans compter la mise à contribution de l’expertise locale des plantes. Et tout cela, encouragera la création d’emplois et surtout l’éclosion d’un écosystème d’entreprises technologiques capables de conquérir d’autres marchés. Car, le but ne sera nullement de produire pour le seul Bénin mais pour la sous-région, en misant sur une approche qualité irréprochable.
Je vois déjà les sourires narquois, les énervements à peine retenus : que raconte-t-il encore ? Comment peut-on penser que le Bénin peut produire des médicaments ? Nous avons hérité de la nuit coloniale ce complexe d’infériorité qui nous fait penser que nous n’avons qu’un destin  de consommateur. Et pourtant, cette stratégie de production est la seule qui vaille aujourd’hui.
Voyez donc, le Bénin est l’un des rares pays de la sous-région à ne s’être spécialisé réellement dans aucun secteur économique de production dans lequel il est leader. Ni en coton, en acajou ou en ananas, nous ne sommes des leaders. L’éclosion de l’industrie pharmaceutique soutenue par une politique nationale ambitieuse permettra d’enclencher une dynamique qui sera consolidée dans le temps. Il ne s’agira nullement de concurrencer les grandes firmes européennes, mais de créer chez nous un secteur qui nous affranchisse progressivement de la dépendance extérieure, tout en facilitant la création d’emploi et l’investissement industriel chez nous.
Les nations qui évoluent ont compris ce message d’Adam Smith martelé depuis le XVIIIème siècle : si un Etat veut s’enrichir, elle doit se spécialiser et produire. Se spécialiser et produire…

Par Olivier ALLOCHEME

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