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Edito: Pourquoi il faut repenser la conférence nationale


27 ans après, les mêmes sont repassés hier nous dire les mêmes choses. Albert Tévoédjrè, Robert Dossou, Akindès Adékpédjou…Ils sont venus nous dire ce que nous savons depuis 27 ans : la démocratie est en marche au Bénin, la conférence nationale fut merveilleuse, elle a restauré les libertés, ouvert les horizons… D’accord, mais 27 années plus tard, qu’est-ce que le Béninois de Tchaourou, d’Avotrou ou de Kétou constate ?  Il constate le foisonnement vide des partis prêts à capter les rentes administratives et politiques, au détriment du peuple. Il constate la stagnation ou même le recul de l’appareil productif au profit d’une économie de transit ayant transformé le pays en Etat-entrepôt. Le Béninois constate qu’au plan de l’éducation, les fondamentaux ont été détruits sans que rien n’ait été prévu pour former un citoyen de type nouveau capable de patriotisme et de sacrifice national. 27 ans après, que constate-on ? Que la vacuité de l’arène politique où l’argent règne en roi, a normalisé la corruption électorale et dévoyé la politique elle-même. Au Bénin d’après-conférence nationale, nul ne peut être élu maire, député ou président de la République, s’il n’est riche à millions ou  à milliards, suffisamment en tout cas pour aller corrompre les paysans dans leurs champs, les artisans dans leurs ateliers et les femmes dans leurs commerces. Aujourd’hui, après 27 ans, si vous réussissez à voler suffisamment de milliards pour devenir député, personne ne peut toucher un seul de vos cheveux. Quoi donc, et les libertés alors ?
De quelles libertés parlez-vous ? De la liberté de presse ? Adam Boni Tessi   a déjà administré la preuve que ce machin ne pèse pas plus lourd qu’une plume d’oiseau. Et si vous avez des yeux pour voir, vous verrez que la conférence  nationale n’a pas fait de bien à la qualité de la presse nationale. Et pourtant, on pouvait utiliser ces assises pour construire pour l’avenir des médias responsables et économiquement rentables, sans qu’ils aient un quelconque besoin de recourir à un parapluie politique nécessairement abêtissant. Aujourd’hui, la plupart des Béninois des villes préfèrent s’informer à travers les réseaux sociaux dont l’information est superficielle et facile à manipuler, du fait de la faillite des médias traditionnels. 27 ans et seulement 27 ans après ! Dans les prochaines 27 années, si les choses doivent être laissées en l’état, nous allons tous succomber.
Il ne faut pas douter de l’importance des libertés politiques qui ont été arrachées. Le régime Kérékou, chargé d’horreurs, n’avait pas perdu en capacité de répression, mais avait été contraint à lâcher sa superbe révolutionnaire. Cependant, la Conférence ne permit pas du tout de canaliser ces énergies autrefois mises en veilleuse par la dictature,  subitement réveillées pour la constitution de blocs politiques suffisamment représentatifs.
Ce qui fait mal aujourd’hui, c’est la quasi-absence, 27années plus tard, d’un appareil productif national. Comment les délégués à cette importante conférence, ont-ils pu faire pour oublier l’économie, c’est-à-dire la nécessité de réorganiser l’agriculture, l’extraction minière, la nécessité d’ériger, protéger et promouvoir une industrie nationale tournée vers la satisfaction des besoins domestiques et sous-régionaux? Comment a-t-on pu oublier que l’éducation est la force des nations et que pour cela il fallait prendre la décision urgente de construire un nationalisme béninois et un panafricanisme radical sur lesquels les citoyens post-conférences allaient bâtir une nouvelle société et une nouvelle culture de la performance et de l’efficacité ? Comment n’a-t-on pas pu trouver que l’ennemi mortel de toute nation est la croissance démographique anarchique, afin d’instaurer un contrôle strict des naissances, si nous ne voulons pas que des enfants mal formés ou pas du tout instruits, deviennent plus tard des vendeurs à la sauvette, zémidjan sans espoir de lendemain ou affreux débrouillards dans les bas-quartiers de Cotonou?
A vrai dire, les délégués n’avaient qu’une préoccupation centrale : dégager Mathieu Kérékou et son régime de terreur et instaurer un pluralisme politique à même de remplacer le marxisme-léninisme d’alors.  Ils avaient tort. C’est pourquoi, depuis lors, il était impérieux de penser une nouvelle conférence nationale destinée, par le consensus, à fonder une économie et une société de progrès pour tous. Avec l’effondrement des valeurs patriotiques et morales, la faillite de l’éducation et l’impossibilité de construire une prospérité économique réelle, il est désormais impossible de continuer notre démocratie, sans qu’un nouveau virage ne nous permette d’asseoir de nouveaux paradigmes de notre progrès commun.

Par Olivier ALLOCHEME




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