Edito: Le défi de l’intégration

logo journalSi vous appelez Lomé, vous dépenserez sûrement plus d’argent que lorsque vous appelez Paris ou Pékin. Voilà l’un des paradoxes qui plombent l’activité économique interafricaine, malgré les discours et les conférences. Les africains échangent très peu entre eux. Ils préfèrent faire commerce avec leurs métropoles, cependant qu’ils sont les premiers à se plaindre du néocolonialisme et de ses avatars.
En Afrique centrale par exemple, le visa est de rigueur, pour passer d’un pays à un autre, en dépit de l’interpénétration des cultures entre les différents Etats. En dépit même des frontières réputées artificielles érigées par le colonisateur, les Africains ont trouvé le moyen de créer d’autres types de barrières qui leur évitent de travailler ensemble pour résoudre ensemble leurs problèmes communs : conflits ethniques sans fin, guerre de leadership entre Chefs d’Etats, problèmes d’infrastructures… Tout cela comporte souvent des résonnances  en barrières tarifaires ou non tarifaires érigées pour contrer les voisins, tandis que les portes sont ouvertes et parfois même défoncées pour faire plaisir aux métropoles.
Cette situation empêche l’Afrique de faire commerce  avec l’Afrique. Elle empêche l’Afrique de tirer profit de l’Afrique. N’allez pas chercher plus loin les raisons pour lesquelles l’Europe et l’Amérique ainsi que l’Asie se sont engouffrés dans la brèche pour en tirer leurs partis. Ce jeudi 14 avril 2016, en marge des activités entrant dans le cadre des assemblées de printemps de la Banque Mondiale et du FMI, Jim Young Kim, Président de la Banque Mondiale, a bien attiré l’attention sur ce phénomène qui plombe les économies africaines.  Au nombre des freins à l’intégration des économies du continent africain, le haut responsable de l’institution financière internationale note «une absence de synergie transfrontalière. Les faibles capacités des administrations douanières, une multiplication injustifiée des taxes et diverses autres formes de tracasseries policières et administratives, qui représentent une véritable source d’étouffement du commerce inter africain, de l’investissement et de la création des richesses». Mais on sait que cette situation provient également d’une faible base de production dans le tissu régional. Pour certains produits manufacturés, tout le monde se tourne vers les mêmes fournisseurs qui sont soit Européens, soit Américains, ou encore plus récemment Chinois ou Turcs
Selon les chiffres les plus récents, les pays les Etats de la CEDEAO sont parvenus à une intégration commerciale de l’ordre de 12% en 2015, tandis que le Maghreb est parvenu à un taux de 3%. C’est dire qu’il y  a une disparité remarquable, lorsqu’on passe d’une zone à une autre.
On remarquera pourtant que de grandes régions telles que l’Union européenne, l’Asie, les pays de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et l’Amérique du Sud commercent davantage en leur propre sein qu’avec le monde extérieur. Les principaux partenaires commerciaux des économies africaines, par contraste, se trouvent en dehors du continent.
Depuis quelques années, les efforts d’intégration s’intensifient, mais avec des résultats limités. Une réalisation majeure au sein de la CEDEAO, a été le lancement, le 11 janvier 2010 à Accra, du document de stratégie pour la réduction de la pauvreté à l’échelon régional, suivi d’un atelier organisé à Abuja pour examiner le plan de mise en œuvre  et les dispositions institutionnelles de mise en œuvre  ainsi que le suivi et l’évaluation. Sur le plan financier, la CEDEAO a créé une banque d’investissement et de développement (émanation du Fonds de la CEDEAO). Cette banque a pour objet de financer et de promouvoir la croissance économique et le développement au sein de la CEDEAO. Elle offre aux entreprises un éventail de produits et de services financiers. En dehors de cette banque, il y a aussi la BOAD pour la zone UEMOA, et  dont le rôle est précisément d’appuyer les initiatives de développement.
L’intégration régionale rencontre de multiples défis : accélérer l’intégration en réexaminant les méthodes actuelles, en éliminant tous les obstacles, notamment les barrières tarifaires ou non.     De ce point de vue, l’élimination des barrières douanières et policières sur les routes inter-Etats est déjà un acquis.
Constituer à terme une zone de libre-échanges devrait être un impératif absolu pour les prochaines années.

Par Olivier ALLOCHEME

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