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Le triomphe de la vérité

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Edito du 18 octobre 2013: Lampedusa, un nouvel espoir


logo journalMalgré le drame de Lampedusa, les migrants clandestins affluent toujours aux portes de l’Europe. Depuis une quinzaine de jours, pas moins de quatre cents clandestins en fuite vers l’Europe sont morts, noyés dans la Méditerranée, tombés au pied du paradis dont ils rêvaient. Ces malheureux martyrs sont des désespérés, ceux qui préfèrent affronter la mort plutôt que de rester dans leur propre pays.

 Selon le site Fortress Europe, 6 825 clandestins sont morts noyés dans les eaux de Lampedusa depuis 1994, dont 2 352 dans la seule année 2011, le plus souvent dans l’indifférence générale. Ces statistiques macabres qui nous accablent rappellent simplement comment les fils et filles du continent sont angoissés par la marche scabreuse  de leurs Etats. Ce ne sont là que des chiffres approximatifs. Comme disait Victor Hugo, dans son poème Oceano nox, « Combien ont disparu, dure et triste fortune !/ Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,/ Sous l’aveugle océan à jamais enfouis ! »

Affronter les vastes océans et leurs immensités liquides, pour aller sur un continent qui use de tout son génie pour fermer ses frontières, relève de la folie. Mais cette  folie furieuse sauve bien des ménages en Afrique, relève bien des familles autrefois pétrifiées de misère.

C’est une tragique vérité. Ceux qui s’en vont ne partent jamais de gaieté de cœur. Ils s’en vont pour crier leur désespoir et leur révolte. Contre quoi ?  Contre ces gouvernances qui nous donnent envie de nous suicider !!! Contre ces vies réduites à néant du fait  de l’implacable misère  des populations. Contre ces mentalités fossilisées par des siècles d’esclavage et qui sont devenues rebelles au décollage du continent…

                L’Europe qui se ferme en accumulant Frontex sur Mer Sur,  stratégies destinées à endiguer les prochains clandestins,  ne saurait empêcher ce flux. Il est clair en effet que les Africains qui choisissent la stratégie du départ ne voient que l’eldorado qui se profile de l’autre côté de la Méditerranée. Ils le verront ainsi aussi longtemps que leur terre sera aride au développement et fertile en guerres civiles et en dictatures moyenâgeuses. Ce n’est que le mouvement naturel de toute population humaine. Il y a encore quelques siècles, les conquérants du Nouveau Monde (l’Amérique) avaient été chassés de l’Europe par les guerres de religion, la misère et les épidémies désastreuses. C’est eux qui ont façonné l’Amérique pour en faire ce qu’elle est aujourd’hui.

               Les trois millions de Béninois qui sont à l’extérieur de leur pays (au Nigeria, au Congo-Brazzaville, au Gabon, en Afrique du Sud ou en France)  constituent un capital  d’espoir pour leurs familles restées sur place. Rien qu’en 2010, la Banque Mondiale a estimé qu’ils ont apporté au pays environ 100 milliards de FCFA. Il suffit de le constater à travers les chantiers immobiliers qui fleurissent partout à Cotonou ou à l’intérieur du pays, ou  encore les hôtels et les projets sociaux qu’ils mettent en place pour leurs communautés. Il en est de même au Mali, au Sénégal ou ailleurs en Afrique.   Ceux qui s’en vont ne sont pas partis.

               Je ne peux compter le nombre de fois où, sur le point de prendre l’avion pour Cotonou, mes frères de l’extérieur m’accostent à l’aéroport, pour transporter de l’argent au profit de leurs familles. Souvent, ils sont nombreux qui vivent dans des conditions pénibles dans leurs pays d’accueil. Et pourtant ils pensent à leurs frères, à leurs sœurs, à leurs père et mère restés au village. Ce sont des hommes et des femmes de valeur qui quittent leurs terroirs, armés d’une volonté de fer. On avait parlé de la fuite des cerveaux. On avait regretté que, partis pour des horizons lointains, ils ne peuvent participer directement à la construction de leur pays. L’on constate cependant  qu’en dépit de tout, ils n’ont pas renié cette terre où fut enterré leur cordon ombilical. Pour la plupart, ils nourrissent le rêve que leur Afrique à eux, leur Bénin à eux, leur Mali à eux serait bientôt l’eldorado de leurs rêves.

               Ceux qui sont partis ne sont pas partis. Pleurons la tragique disparition de ces martyrs engloutis dans les flots de la Méditerranée. Prions pour que leurs rêves fous de lendemains meilleurs se concrétisons en leurs fils, en leurs filles, en leurs parents restés dans l’enfer de notre continent.

Par Olivier ALLOCHEME

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