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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Le crédit ou rien


Le crédit coûte trop cher en Afrique. C’est le coup de gueule poussé la semaine dernière par le président sénégalais Macky Sall, lors du symposium du 50eme anniversaire de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le 05 novembre dernier. Il a déploré « l’application usuraire de taux d’intérêts prohibitifs sur les crédits agricoles, les crédits à l’habitat social et les crédits pour la lutte contre la pauvreté en faveur des femmes et des jeunes».

« Il y a nécessité de baisser les taux d’intérêts (…) qui sont anormalement élevés en Afrique », a poursuivi Macky Sall. C’est un véritable pavé qu’il jette dans la marre des banques commerciales qui ont joui jusqu’ici d’une relative autonomie dans la fixation de leurs taux d’intérêts. D’autant que le président sénégalais est allé loin dans sa dénonciation, en tançant sérieusement les banquiers et leurs manœuvres : « Tantôt ces derniers disent que ce sont les taux directeurs de la BCEAO qui sont élevés ou alors tantôt que les crédits sains qui sont déposés par les assureurs sont des moyens très chers à la location ou alors que ce sont les taxes des Etats qui influent négativement…».

Le gouverneur de le BCEAO, Tiémoko Koné Meyliet avait déjà donné le ton lorsqu’il affirmait en filigrane : « La BCEAO devrait dégager les principaux enseignements de la conduite de la politique monétaire, depuis 50 ans et faire le bilan des succès et des contre-performances dans la mise en œuvre de projets structurants ».

C’est dire que le pavé du président sénégalais ne pouvait pas mieux tomber.

Concrètement, lorsqu’on observe la courbe des taux d’intérêts en zone UEMOA ces dernières années, les tendances sont contradictoires. D’une part, les taux d’intérêts créditeurs sont faibles, puisqu’ils tournent autour de 4-5%, selon les chiffres de la BCEAO. D’autre part, les taux d’intérêt débiteurs sont très élevés allant parfois jusqu’à plus de 10%. En clair, vous payez des taux d’intérêt deux fois plus élevés lorsque vous passez de l’argent que lorsque vous le déposez sur votre compte. En clair aussi, la stratégie bancaire consiste à décourager tous ceux qui voudraient trouver du crédit auprès des banques.

Cette stratégie pernicieuse met en exergue les difficultés des investisseurs ou des entrepreneurs dans leur quête d’argent pour réaliser leurs projets.

C’est vrai que certains secteurs d’activités sont plus touchés que d’autres par le phénomène. Le cas le plus frappant reste celui de l’agriculture qui n’attire pas vraiment les banques et suscite la plus grande méfiance de leur part. Les taux d’intérêts ici sont parmi les plus élevés. Idem pour les activités industrielles. Finalement, il n’y a que le commerce qui attire réellement les banquiers. C’est dans ce secteur que se concentrent la plupart des crédits, notamment l’importation. Suivez mon regard…

De ce fait, certains spécialistes estiment que l’argent est trop cher en zone UEMOA. D’où, d’ailleurs, le coup de gueule de Macky Sall. Cette stratégie constitue, en fait, un puissant frein à l’investissement public et même privé. Elle bride toutes les initiatives de prêt, d’autant que dans un pays comme le Bénin, l’un des Etats au taux les plus élevés de la zone, il suffit de quelques années pour se voir obligé de rembourser le double du crédit.

Il faut apprécier à sa juste valeur l’initiative récente de la Banque Ouest-Africaine de développement (BOAD) qui a fini par créer une Caisse régionale de refinancement hypothécaire (CRRH-UEMOA) destinée à appuyer les ménages désireux de construire ou d’acheter leur maison tout en ayant recours à des crédits à taux modérés et à long terme (environ 20 ans). Les banques partenaires de cette initiative fournissent alors à la clientèle des produits moins onéreux, facilement supportables.

La question que tout le monde se pose, celle en tout cas que soulève Macky Sall, est de savoir si une intervention de la banque centrale ne pourrait pas servir à endiguer la dérive des banques, ou à tout le moins, à encourager le crédit dans cet environnement vicié. Sans prendre des risques inutiles et dangereux.

A mon avis, seuls les Chefs d’Etats et de gouvernements pourraient encourager la banque centrale à aller dans ce sens, par une politique volontariste destinée à booster la consommation. Et la croissance.

Olivier ALLOCHEME

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