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Le triomphe de la vérité

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Pratique du sport au Bénin de 1960 à 2010: Les dirigeants font cinquante ans de développement théorique du sport


Il y a un demi-siècle que le Bénin a acquis son ascension à la souveraineté internationale. Après cinquante ans de pratique sportive, rien n’a véritablement bougé. Pourtant des possibilités existent pour que le pays réalise des exploits. Mais, malheureusement la parole a plus excellé que l’enjeu.

 Du football au handball en passant par la natation, le volley-ball, l’athlétisme ou le judo ou encore le wushu, le sport béninois n’a véritablement jamais répondu après cinquante ans à l’heure des partages des récompenses lors des compétitions internationales auxquelles les athlètes béninois ont pris part. Le Bénin a toujours joué le rôle de figurant ou n’a jamais su saisir les opportunités qu’il s’est offertes. Le pays n’a pas pris le sport comme un levier de développement jusqu’à un passé récent. Les discours ont plus animé la galerie que la pratique proprement dite. Les dirigeants sportifs ont pendant longtemps préféré faire du dilatoire et laisser de côté l’essentiel. Les colloques, les symposiums, les débats… ont pris le dessus sur la participation des athlètes à des compétitions statutaires des disciplines sportives internationales. L’art de la parole du Béninois a tué le sport béninois depuis 1960 à nos jours. Les dirigeants se sont pendant des décennies entre-déchirés alors que le talent mourait à leurs yeux. Les lycées béninois ont produit des génies qui ont connu un cycle de vie très court parce que les présidents des fédérations et leurs bureaux n’ont pas été élus sur des programmes véritables pour leurs disciplines. Depuis 1960, le Bénin n’a jamais gagné une compétition d’envergure en sport. Beaucoup de faits expliquent cet état de chose. Il s’agit des faits incriminés un peu plus haut mais aussi et surtout la  disette créée par la période révolution. Pendant 17 ans donc, la pratique du sport n’a pas été libérée parce qu’elle était coincée entre les mains du pouvoir central de 1972 à 1989. Paradoxalement, ce fut la période où le Bénin a connu plus de bons sportifs dans toutes les disciplines. Les jeunes élèves sortis des internats étaient des viviers qu’employaient très facilement les clubs et les équipes nationales de football, de handball, d’athlétisme, de volleyball…

La révolution a généré et tué les talents béninois

La révolution marxiste-léniniste choisie par le Bénin pendant les années 70 avec l’arrivée au pouvoir pour la première fois de Mathieu Kérékou a été un contraste pour le sport béninois. C’est pendant cette période que le Bénin a connu ses meilleurs sportifs. Faute de politique sportive digne du nom, le pays a marqué le pas. Les enfants qui étaient prêts à se sacrifier pour la Nation à zéro franc n’ont pas été encouragés dans leur élan. La pensée unique et la dictature ont eu aussi des répercussions sur les aires de jeu. Les sportifs étaient contraints de pratiquer la discipline de leur passion le « frein en main » de peur de déplaire au gourou. On se rappelle encore aujourd’hui comme si c’était hier les performances de do Régo Saadou, Dossou Gbété Expédie, Oumorou Soumaila, Sossa Lambert… en football Célestine Adjadohoun et consorts en basket-ball… Idrissou Tamimou, Alassan Issa, Vignissy Germain, Gbaguidi Armand, Kakpo Bada Félicité… en athlétisme sans que le Bénin ait pu pointer le nez dans le gotha du sport international. Il faut remuer les archives pour voir une médaille béninoise à une compétition mondiale. Alors que dans la sous-région, les pays qui avaient aussi acquis leur indépendance en 1960 ont très tôt compris l’enjeu sportif. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Burkina-Faso ont déjà posé leur emprunte dans les épreuves à l’échelle mondiale. Ce qui signifie que le Bénin a plus misé sur le bavardage que sur le concret. Il y a eu plus de théoriciens sportifs pendant la période révolutionnaire et encore davantage actuellement à l’ère du renouveau démocratique que de connaisseurs du monde sportif.

Des ministres plus politiciens que sportifs

La remarque au Bénin est que c’est quand on finit de tout partager qu’on pense au ministère des sports. La plupart des ministres qui se sont succédé à la tête de ce département depuis 1960 ont été souvent plus des politiciens. C’est un ministère stratégique dans les actions du gouvernement envers le peuple. Dès lors, c’est plutôt la politique qui est mise en vedette dans ce ministère. Les différents ministres ont été des « rassembleurs » de jeunes pour la cause du pouvoir que des techniciens. Depuis 1960 à nos jours, il est quasi impossible de dénombrer un ministre issu des milieux sportifs avant sa nomination. Montcho et Galiou Soglo qui pourraient faire l’exception appartiennent à des formations politiques et c’est à cause de ce volet qu’ils ont été choisis. Dans ce contexte, le côté sportif prend un coup face à l’avancée de la politique dans le ministère. Les différents ministres n’ont pas été nommés pour leur savoir-faire et n’ont pas un programme que le Chef de l’Etat leur confie. Si le ministre est un homme qui peut réunir un grand monde d’électeurs, alors il a les compétences pour diriger ce département. La politique a pris d’assaut les couloirs du ministère des sports au point où le ministre est plus sur le terrain politique que celui sportif. Le cas le plus pathétique fut celui d’Etienne Kossi sous le changement. Un ministre qui n’avait auparavant pas d’activités politiques à Zè s’y rendait presque tous les week-ends pour faire plaisir à son « Chef » qui a besoin du monde pour sa réélection. Depuis l’indépendance à ce jour, le Bénin n’a pas prouvé grand-chose dans le domaine sportif à l’échelle internationale. La preuve en est qu’aux 17èmes championnats africains d’athlétisme qui se déroulent actuellement à Nairobi au Kenya, les athlètes béninois sont en train de tomber comme de petites mouches. La première coupe du monde de football organisée en terre africaine n’a pas compté les Ecureuils parmi les présents. Les dirigeants ont conduit le peuple béninois et les férus du sport dans le gouffre. Mais tout n’a pas été nul.

Une lueur d’espoir

Des possibilités existent pour le pays. Le Bénin a déjà prouvé qu’il peut faire de bonnes choses. Le pays détient actuellement six ceintures en boxe dont une mondiale conquise par Justin Savi, sans oublier les nombreuses ceintures de la période Sowéto et Bocco. Le Bénin a joué trois coupes d’Afrique des nations de football en 2004, 2008 et 2010. En athlétisme, Mathieu Gnanligo, coureur de 400 m, pensionnaire du Centre International d’Athlétisme de Dakar pendant 3 ans de 2006 à 2009 et après un bref passage dans un Centre de Haute performance en Jamaïque, il vit et s’entraîne à Rome. Il est médaillé d’Or aux Jeux de la Francophonie en décembre 2005, médaillé de Bronze aux Jeux Africains à Alger en 2007, médaillé d’argent aux Jeux de la Francophonie à Beyrouth en 2009 et finaliste des derniers Championnats d’Afrique à Addis-Abeba. Si le gouvernement béninois au plus haut sommet revoie la politique sportive, le Bénin pourra surprendre. Le ministère des sports doit cesser d’être une récompense politique pour des partis politiques. Les résultats sportifs parlent mieux en faveur du Chef de l’Etat que les propos des griots. 

 

Mathias COMBOU

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One thought on “Pratique du sport au Bénin de 1960 à 2010: Les dirigeants font cinquante ans de développement théorique du sport

  1. Mr Mathy Yessoufou SANOUSSI

    Bonjour cher compatriote,

    Je viens de lire votre article sur la pratique du sport au Bénin depuis 1960 à ce jour.Je me réjouis de votre lucidité et je partage totalement la pertinence de votre analyse. Moi, je suis encore plus sévère dans mes attendus car la radioscopie de la situation est accablante.L’état de délabrement, l’état de déliquescence voire de putréfaction dans lequel se trouve la pratique du sport dans notre pays(notre Football en est l’exemple édifiant)est franchement révoltant.Je vous félicite d’avoir le courage de mettre le doigt ou d’avoir identifier les vraies causes qui constituent la source qui alimente la permanence historique du mal.
    Je serais heureux d’avoir un contact de travail avec vous sur ce sujet. Depuis trois mois maintenant j’ai élaboré un projet de réorganisation et ré-orientation du système d’éducation et de formation sportive au BENIN avec je crois quelques innovations.Mais mon objectif immédiat est de trouver un média béninois qui accepterait de publier ma lettre ouverte déjà prête à Mr Le PRÉSIDENT de le RÉPUBLIQUE sous forme de plaidoyer pour une nouvelle politique sportive au BENIN. Je vous remercie de me contacter pour de plus amples détails si mon idée vous inspire quelque intérêt. A bientôt peut être.

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