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Colonel Azizou El Hadj Issa, Directeur général des forêts et des ressources naturelles: « Le Bénin a mis en terre plus de 94 millions de plants depuis le démarrage de la Journée de l’arbre »


Le Bénin a abrité hier mardi 1er juin 2010, la 26ème édition de la Journée nationale de l’arbre. A la faveur de cette manifestation annuelle dont le thème est « Plantons des arbres dans nos villes et campagnes pour lutter contre les effets néfastes des changements climatiques », le Directeur général des forêts et ressources naturelles, Colonel Azizou El Hadj Issa explique les motivations de cette journée et invite les populations s’approprier la politique de reboisement initiée par sa structure.

 L’Evénement Précis: Monsieur le Directeur, Quelle importance revêt la célébration de la Journée nationale de l’arbre ?

 Colonel Azizou El Hadj Issa: Cette manifestation du 1er juin instaurée depuis 1985 dans notre pays et qui est cette année à sa vingt sixième (26ème) édition vise en réalité à faire en sorte que le Bénin ne devienne pas un pays sahélien ou désertique et au-delà de ça, qu’on puisse profiter des bienfaits de l’arbre. Donc, voilà la raison pour laquelle en 1985, le régime qui était en place a choisi cette option.  Essentiellement, c’est ce qu’on peut dire. Mais aujourd’hui, nous constatons qu’au-delà de ce que je viens de dire, l’arbre participe également à l’assainissement de l’environnement. Si vous prenez nos grandes villes surtout Cotonou, vous voyez combien de fois les gaz à effet de serre sont émis dans l’atmosphère. Et là, il n’y a que l’arbre de façon naturelle qui puisse les absorber.

 Colonel, peut-on dire que depuis 1985, les objectifs assignés à cette journée ont été atteints ?

Il faut dire que c’est un peu moins de 6.000.000 d’arbres qui auraient été plantés de la sorte uniquement au cours de la Journée de l’arbre. Mais au-delà de ça, il faut reconnaître que l’entretien n’a pas toujours suivi. Et même dans les cas où l’entretien ou les protections de ces arbres devraient être fait, on s’est rendu compte que c’est encore d’autres arbres qui sont coupés, transformés en planches imbriquées l’un dans l’autre pour pouvoir protéger les jeunes plants. Ce sont des choses qu’on ne devrait pas faire normalement parce qu’il ne faut pas aller couper un gros arbre dont l’utilisation peut être plus efficace ailleurs. Or, l’homme, pour ses meubles, la toiture de sa maison… quoiqu’on fasse, coupé l’arbre. Donc en principe, pour protéger ces jeunes plants, les plantes qui ont été utilisées ces dernières années auraient pu être utilisées autrement pour que les déchets issus de cette exploitation servent plutôt à fabriquer ces cages de protection pour les plants. Parce qu’après les déchets qu’on aurait utilisés pour protéger les plants, quatre (4) ans ou cinq (5) ans après quand le plant va partir, on peut encore récupérer ces mêmes déchets pour l’utilisation en tant qu’élément entrant dans  la cuisson des aliments… globalement pour le ménage. Donc voilà, il y ces genres de ratées. Mais, au-delà de ça, il faut reconnaître que quelque part,  même si certains plants sont arrivés à maturité, les populations, surtout en milieu urbain doivent encore apprendre à vivre avec l’arbre, à entretenir l’arbre pourquoi pas à planter tout simplement et guetter n’importe quel évènement, leur mariage, un baptême ou même des évènements malheureux comme les décès pour qu’on essaie d’immortaliser ces occasions en plantant ne serait-ce qu’un seul arbre. C’est ce qu’on conseille aux populations. Nous avons un programme qui existe depuis un certain nombre de temps et qui fait du reboisement surtout dans les zones urbaines mais le respect de ces plants par les riverains n’est pas ce qu’on espérait. Donc, ce sont des choses qu’on doit changer. Et si on avait un bilan à faire de la journée de l’arbre et de la campagne, globalement, depuis ces vingt cinq ans dans le cadre de ces deux opérations, c’est plus de quatre vingt quatorze millions (94.000.000) de plants qui ont été mis en terre. Mais je crois que c’est à peine 40% de plants qu’on a pu emmener à maturité ou qui ont pu réussir. Donc, on a perdu plus de la moitié de ces plants soit par la sécheresse, parce que le milieu était sec mais surtout par défaut d’entretien.

 Qu’est-ce qui justifie le peu d’entretien populations béninoises à planter des arbres ?

C’est une question de culture. Vous savez, ce qu’on a naturellement, on ne sait pas le respecter. C’est l’homme qui est fait comme ça. Ce qu’il a, il ne le respecte pas. On ne va pas le souhaiter mais le jour où nous allons perdre la majorité de nos ressources, je crois qu’on va beaucoup plus respecter les ressources forestières dans ce pays. Il ne faut pas souhaiter qu’on en arrive là. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle la journée de l’arbre est instaurée. Conscientiser les populations sur les bienfaits des arbres pour qu’elles continuent à planter avant que ça ne finisse.

 Quelles sont vos actions face à la destruction des arbres au profit des constructions d’habitats et d’infrastructures ?

C’est une situation très complexe et je crois aujourd’hui qu’à l’heure où on est, ce n’est pas la direction générale ou le secteur forestier que nous représentons, l’administration à elle seule ne peut pas résoudre ce problème. Les ressources sont avec les populations qui les utilisent chaque jour. Nous, nous sommes chargés de réguler, de réglementer selon les textes conçus par l’Etat béninois. Donc, notre rôle s’arrête à ça. Mais, depuis deux décennies, on a voulu faire une gestion concertée avec les populations. Et aujourd’hui, on est obligé d’intégrer également les communes décentralisées parce que sans elles, on ne peut rien. On ne peut pas agir avec les populations sans les utiliser comme trait d’union. Donc, au delà de tout ça, il faut   savoir que le désordre qu’on constate aujourd’hui, du côté de l’administration ce qui peut se faire, c’est de ramener les agents au niveau des chefs-lieux de commune directement sous un cadre forestier et sous le maire, ce qui va permettre un peu d’endiguer les actions individuelles de ces agents. Mais, au niveau des populations, tant que le besoin se fait sentir, vous ne pouvez rien. C’est de tout faire pour que les espaces nus ou dénudés du fait de l’exploitation forestière bénéficient de reboisement et de boisement. Il faut aller planter. Ce à quoi nous sommes en train de penser dans les campagnes de reboisement, c’est de pouvoir déterminer avec les différentes communes de grands espaces de 500, 1.000, 2.000 hectares. En tout cas des milliers d’hectares pourquoi pas même à l’orée des forêts classées et faire des reboisements de façon dense pour que de façon artificielle, que ce qu’on recherche dans la nature, que nous-mêmes, nous l’apportions à la nature. Et qu’au bout de la maturité de la ressource, on puisse l’exploiter au lieu de solliciter, de faire pression sur essentiellement sur la nature. Donc, voilà ce qu’on est en train de préconiser.

 Votre mot pour conclure cet entretien

Il y a un engouement à la coupe, à l’utilisation du bois. Nous devions maintenant essayer de réfléchir et surtout nous penser beaucoup plus sur les besoins nationaux, essayer de faire en sorte, le Bénin n’est pas un pays forestier, à ne pas essayer de satisfaire l’extérieur coûte que coûte parce qu’au niveau intérieur déjà, si on fait bien les calculs, c’est à peine que  nous pouvons arriver à satisfaire les besoins intérieurs. Donc, il faudrait que ceux qui sont dans ce secteur là commencent à penser à la nouvelle orientation à donner à leur activité. On peut importer du bois de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’est qui ont suffisamment et qui pourront mettre ça à notre disposition au lieu que tout soit envoyé vers l’Europe. Ça nous permet de conserver quelques bouts de forêts et de procéder au reboisement et d’attendre que nos propres produits mis en terre arrivent en terre et faire l’exploitation.

 Entretien réalisé par Jean-Claude DOSSA et Emmanuel GBETO

 

 

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