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Le triomphe de la vérité

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Editorial : La poudrière du port


Issa Badarou s’est  cassé le nez sur le port. Le ministre en charge des réformes portuaires s’est vu opposer une fin de non-recevoir par le Chef de l’Etat qui n’aurait pas voulu des réformes en cours sur la plateforme portuaire actuellement. Et pour le lui faire savoir, Boni Yayi a utilisé le curieux  truchement  du Président des Jeunes Patriotes Frédéric Béhanzin. Sa conférence de presse qui a annoncé la fin de l’opération Badarou au Port est un humiliant désaveu  utilisé pour contrer un ministre qui ne faisait finalement que son travail. Frédéric Béhanzin aurait reçu un coup de fil du Chef de l’Etat en personne lui demandant d’annoncer à tout le monde que les réformes Badarou sont désormais remises aux calendes grecques, et qu’une commission dirigée par le Ministre d’Etat Pascal Irénée Koupaki est désormais chargée de la relecture du décret querellé.  En soi, la reforme annoncée de la réforme peut laisser de marbre. Qu’un pouvoir décide d’améliorer une décision contestée du reste par les principaux acteurs concernés, il n’y a rien de grave. Que le chef de l’Etat revienne tout seul sur une décision prise en Conseil des Ministres, ce ne serait pas vraiment une nouveauté. On en a vu bien pire. Dès 2007, le Chef de l’Etat a donné le ton de cette politique de marche à reculons avec le paiement des dettes non-salariales de l’Etat. La décision prise d’en confier la gestion à la SOAGA a donné lieu à un curieux manège du Chef de l’Etat  qui a fini par y revenir. Sans gloire et sans panache. On n’oubliera pas que tout récemment encore le gouvernement a dû faire marche arrière après avoir procédé à des défalcations sur salaire aux fonctionnaires, grévistes ou non. Qu’on se rappelle aussi tous les autres volte-face qui ont meublé la gouvernance Yayi en la transformant en une ère de gestion à la petite semaine. La précipitation et la course tête baissée ne nous étonnent plus. Rien ne nous étonne désormais.

  Mais il faut être sourd ou muet ou encore aveugle pour ne pas voir dans cette décision de remise en cause l’amorce,  éclatante sous nos yeux, d’une terrible  disparition de la hiérarchie des normes sous la gouvernance Yayi.   En confiant l’annonce de la fin des réformes en cours au port à un simple quidam, acteur politique passablement discrédité depuis l’épopée Kérékou, Boni Yayi se comporte comme celui qui se  lie d’amitié avec le fou pour assassiner son enfant.

La méthode Yayi est sensiblement plus diabolique que celle de Mathieu Kérékou qui avait l’habitude de laisser ses ministres s’empiffrer des milliards de la République pour mieux les tenir en respect. Ils ne pourront jamais oser lui tenir tête. Dans son cas, Boni Yayi ruine l’image de ses ministres en utilisant précisément l’homme de la rue voire des badauds. Il pensait sans doute régler ses comptes au ministre qui aurait peut-être commis des impairs dans la gestion du dossier. Dans ce cas du moins, le respect de l’Etat et de la charge ministérielle et même de l’image du gouvernement, veut que cette question soit débattue en conseil des Ministres et que le ministre seul soit chargé d’annoncer les nouvelles orientations de la réforme qu’il a initiée et que le gouvernement a approuvée.

Faire conspuer les réformes des ministres par de chauds partisans commandités par le  Chef de l’Etat, voilà une trouvaille grossière qui discrédite et Issa Badarou et Boni Yayi. Celui-ci traîne depuis toujours une détestable image de mauvais gestionnaire qu’il renforce du reste avec les réformes avortées du Port. Que pensait-il donc ? Qu’avec cette gifle, le pauvre ministre finirait par abandonner cette patate chaude ? Sans doute. Mais même alors, tout le mal qu’on dit du Président et de sa méthode s’en trouverait justifié à nouveau.

  Heureux d’avoir fait mordre la poussière à son ministre, le DG/ Sobemap qui n’en demandait certainement pas tant, s’est retrouvé la semaine écoulée pour crier victoire aux côtés des dockers acquis à sa cause. Allassane Soumanou Djimba ne fait que défendre sa société. Et le Chef de l’Etat ? Il s’est fait passer à nouveau pour un homme d’Etat sans sens de l’Etat. Et c’est triste.

Olivier ALLOCHEME

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One thought on “Editorial : La poudrière du port

  1. Tchèdémè

    Je ne vois pas comment le Chef de l’Etat pourrait arrêter autrement des réformes non maîtrisées dans lesquelles s’entête un ministre que chacun connaît pour ses méthodes. Il ne faut pas en effet oublier qu’on est à la veille d’échéances importantes et que toute action est interprétée d’une manière ou d’une autre. Cete fois, ayons le courage de dire que Boni Yayi a su trouver la solution juste pour calmer les agitations dans le secteur, à défaut de faire sauter Issa Badarou, en raison de son soutien de première heure au Changement. Vivement qu’au finish des individus comme ça quittent définitivement la barque.

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