.
.

Le triomphe de la vérité

.

Lutte contre la stigmatisation des malades au Bénin: Le tuberculeux n’est pas à rejeter


DR KassaAu Bénin, le rejet, l’abandon ou la marginalisation de la personne atteinte de tuberculose continue d’être encore une réalité. Et pourtant, à l’instar de nombre d’autres maladies, la tuberculose se traite et même se guérit gratuitement.


Il sonne environ 17 heures en cette soirée du samedi 20 décembre 2008. La bonne humeur contagieuse des jeunes infirmières de la salle de consultation en cette veille de week-end n’émeut pas Oswald Cossi. Comme à son habitude depuis son arrivée au Centre Lazaret d’Akpakpa de Cotonou, ce patient de 30 ans est assis loin des rires, seul à l’abri de l’un des nombreux arbres qui offrent leur généreuse ombre aux visiteurs et patients du plus grand centre de traitement et de prise en charge gratuite des tuberculeux du Bénin. La mine défaite avec son mouchoir à la bouche, ce tailleur de formation, est affecté par l’abandon et le rejet dont il est victime de la part de ses parents et amis qui ont interrompu leurs visites depuis la confirmation de son état tuberculeux, après analyse microscopique au laboratoire de trois échantillons de son crachat. Et les rares personnes qui osent encore venir le voir n’hésitent pas à le tenir très éloigné d’eux au cours de leurs entretiens dont la durée s’est d’ailleurs considérablement réduite. Cette situation qui voile la méfiance et frise le mépris, est pour lui, une épreuve aussi dure que celle que représente la maladie elle-même. Ainsi, à l’instar des personnes infectées par le Bacille de Koch dans nombre d’autres pays africains, le malade tuberculeux béninois est confronté à une stigmatisation sociale dont la persistance est due à des préjugés liés aussi bien à la faible connaissance de cette vieille maladie qu’à des croyances sociologiques voire religieuses erronées à son sujet.

Un rejet social aux origines douteuses
 » La stigmatisation, le rejet, la marginalisation ou la discrimination à l’endroit des personnes malades de tuberculose, se fonde pour la plupart sur des préjugés dus à la méconnaissance de la maladie « , explique Mme Jeanne Ayivi Tossou, technicienne supérieure au Laboratoire de Référence des mycobactéries de Cotonou. Selon ses propos, le comportement de rejet des malades trouve son fondement dans une appréhension  approximative des manifestations et des conséquences de la tuberculose.  » Lorsque j’ai été rendre visite à mon oncle la dernière fois, il n’a pas hésité à me dire d’attendre la fin de ma maladie avant de remettre les pieds chez lui. Car selon lui, je pourrai contaminer le contaminer, lui mais aussi ses enfants avec ma toux. Ce qui est faux parce qu’après plus de trois mois de traitement régulier, je ne constitue plus un facteur d’expansion de la maladie ». Pour l’un des agents du Centre Lazaret,  » les préjugés sur la tuberculose trouvent un champ de développement fertile en nos populations parce qu’elles analphabètes dans leur grande majorité donc plus laborieuses à sensibiliser « , confie t-il. A l’instar de ce facteur, des raisons sociologiques expliquent aussi la persistance de la stigmatisation à l’endroit des malades de la tuberculose. En effet, dans certaines régions du pays, en l’occurrence dans la zone septentrionale,  » La tuberculose est considérée comme une malédiction des ancêtres ou des dieux envers l’individu qu’elle atteint et une sanction de ses actes et comportements qui seraient contraires à leurs recommandations », explique le Socio-anthropologue Anatole Houéssou en service au PNT.  Cet état de fait est à l’origine de la méfiance qui s’observe au sein des populations envers les tuberculeux qui représentent à leurs yeux un danger social. Plusieurs autres facteurs dont la religion, conduisent aussi l’entourage immédiat ou lointain des malades à entretenir avec eux des relations fondées sur la suspicion, la méfiance voire la rupture de tout contact. Et pourtant, aux dires du Dr Ferdinand Kassa, responsable des formations au PNT,   » La tuberculose est une maladie infectieuse causée par un microbe appelé mycobactérium tuberculosis qui se traite et se guérit « . Ainsi, explique t-il,  » elle n’est ni le fruit d’un envoûtement ni la conséquence d’un sort comme le croient certaines personnes mais plutôt due à l’insalubrité, la pauvreté ou favorisée aussi par le Sida dont elle est une maladie opportuniste qui profite des effets dévastateurs de cette pandémie sur l’organisme du patient ». Ainsi, rejeté par sa communauté à cause de sa maladie, le tuberculeux n’est en fait victime que de facteurs subjectifs dont la véracité n’est pas scientifiquement établie.
Face à cette situation dont les conséquences sont déplorables sur le processus de guérison des malades et  qui favorise l’abandon du traitement normal par certains malades à mi-parcours etn favorisant le phénomène des perdus de vus, l’Etat béninois, à travers son Programme National contre la Tuberculose (PNT), s’est résolument engagé à combattre la maladie et les préjugés qui l’entourent à travers la mise en œuvre de plusieurs initiatives susceptibles d’inverser la tendance.

Combattre la stigmatisation par la connaissance du mal
Fondée sur l’ignorance de la maladie et des considérations sociologiques, culturelles ou religieuses, la stigmatisation de la personne atteinte de tuberculose mobilise une grande attention de la part des autorités du Bénin en raison des effets néfastes qu’elle engendre sur le processus de développement du pays. Aussi, le PNT dirigé par le Professeur Martin Gninanfon, axe depuis quelques années ses interventions sur la vulgarisation de l’information au sein de toutes les couches sociales du Bénin. Dans cette perspective, de nombreuses activités de sensibilisation telles que des émissions interactives, des ateliers, séminaires et autres activités de formation permettent aux populations des milieux aussi bien urbains que ruraux de mieux connaître la maladie et d’autodétruire en eux les idées préconçues à son sujet. Il en est ainsi des séances de formation soutenues par le Fonds Mondial contre le Sida, le Paludisme et la tuberculose, des journalistes béninois exerçant dans toutes les composantes des médias en vue de répandre la vraie information au sujet de la tuberculose sur toute l’étendue du territoire national. Car, renchérit le Dr Ferdinand Kassa,  » Tout le monde peut attraper la tuberculose quelle que soit sa  religion, sa race, sa fortune, son sexe ou sa condition sociale « . Ainsi, à travers l’implication des médias, la structure à l’avant-garde du combat contre cette maladie de santé publique, espère faire reculer les frontières de la stigmatisation au sein de la société béninoise.  » Mes parents ont changé d’attitude envers moi après avoir suivi une émission sur la tuberculose au cours de laquelle ils ont compris que la tuberculose est une maladie comme toute autre. Maintenant, je peux dire qu’ils sont aussi humains envers moi qu’ils ne l’étaient avant ma maladie « , témoigne dame Bio Sikirath, patiente au CDT de Natititingou, commune située à une centaine de kilomètres de Cotonou. Mu par ces résultats probants, le PNT a opté pour la décentralisation des Centres de Dépistage et de Traitement (CDT) sur toute l’étendue du territoire national qui en compte actuellement une cinquantaine. A travers le rapprochement des Cdt des malades, le PNT espère ainsi permettre aux populations de bénéficier plus facilement de la prise en charge gratuite que le Bénin a, en premier, mis en pratique dans le monde dans la perspective de réduire davantage le taux de prévalence estimé actuellement à moins de  1% dans notre pays.  » Nous devons assister les malades de tuberculose et œuvrer pour leur santé au lieu de les fuir et les laisser à leur triste sort « , conseille l’épidémiologiste, Jérôme kassa.   » J’en appelle à la compréhension de nos proches car toute personne est un tuberculeux en puissance et que le tuberculeux n’est pas une personne à part « , dit d’une voix pleine d’amertume dame S. Brigitte, au CDT de Porto-Novo depuis environ quatre mois. 
Jean-Claude D. DOSSA

N'hésitez pas à partager ...Share on Facebook
Facebook
0Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin

Reviews

  • Total Score 0%



4 thoughts on “Lutte contre la stigmatisation des malades au Bénin: Le tuberculeux n’est pas à rejeter

  1. Mandeng Antoine

    bonjour plutot qu’un message je souhaiterais tout d’abord vous féliciter pour ce travail et solliciter votre expertise sur la representation psychosociale qu’ a l’autre du malade atteint de TB c’est vue d’une table ronde que nous préparation au sujet de la maladie ce 24 mars 2009
    cordialement à vous
    francis depuis le cameroun

  2. ngo mbock nadege

    bonjour a vous,merci pour ce travail que vous effectuez,je visite ce site parceke je suis une etudiante en soins infirmiers et je travaille sur la tuberculose,et votre travail sera d’une tres grande aide pour moi,je vous souhaite du courage et a bientot

  3. ayayi

    bonjour monsieur,votre article m’a seduit parce qu’il porte sur mon sujet de memoire.si je peux avoir votre email pour plus d ‘information,je serai trés ravi.Merci et deu courage à vous

  4. zenabe

    félicitation pour le travail abatu.C’est un exemple que beaucoup d’autres pays doivent suivre.je travail sur un mémoire qui porte sur votre article et j’aimerai avoir de plus amples informations.Merci et bcp de courages

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *