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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: Des grèves sauvages


En face des organisations  syndicales, l’Etat béninois n’a aucune marge de manÅ“uvre en matière de grève. Il est tenu d’assister impuissant à tous les débrayages, des plus fondés aux plus insensés sans aucune possibilité de sanction. Lorsqu’il décide de se fonder même sur la légalité pour procéder à des défalcations pour fait de grève, il se heurte immanquablement à la hargne des travailleurs décidés à l’arrêter.

Le pouvoir Kérékou autant que celui de Soglo ont goûté à ces principes biaisés de l’Etat dit de droit en matière de relation entre l’employeur et l’employé au sein de la fonction publique. Si la loi doit être appliquée , elle devrait l’être intégralement sans que l’on n’oblige la puissance publique à se passer de certains articles au profit d’autres que l’on jugerait plus commodes.
Toutes ces observations liminaires ont un relief particulier dans le cadre de la grève et des manifestations poujadistes qui ont court à la douane.
Aujourd’hui, il est clair qu’aucun article de notre droit positif n’empêche le Chef de l’Etat de nommer qui il veut à la tête de la Direction générale des Douanes. Mieux encore, rien ne l’empêche en droit de solliciter les services d’un retraité pour le nommer à tel ou tel poste de l’administration publique. Pire, au sein de l’institution paramilitaire que constitue la douane, la discipline qui fait la force des armées exige un respect absolu vis-à-vis de la hiérarchie. On sent que les douaniers grévistes ont oublié depuis des années-lumières tous ces principes élémentaires de la fonction publique et du droit. Ce seul constat interpelle la conscience de tous les Béninois, parce que de ce fait, nous nous retrouvons devant un grave précédent qui salit et la douane et l’armée. Le spectacle indécent de ces corps habillés coassant contre l’Etat comme de vulgaires batraciens dans la cour de leur direction, laisse sans voix : est-ce là l’image de notre armée ? Parce qu’en imaginant même que les motifs de cette jacquerie soient fondés, on a de la peine à croire que des gens en uniforme, représentant la loi et l’ordre, incarnations même de la discipline, puissent se dégénérer sans vergogne comme ils l’ont tristement fait vendredi dernier. Mais en l’espèce, ils ont totalement tort et vont paradoxalement avoir raison de l’Etat.

L’Etat est impuissant à discipliner les fonctionnaires. Rien ni personne ne peut arrêter une grève farfelue si les travailleurs décident pour une raison ou une autre de nuire aux intérêts publics et de braver la loi. Ils ont la latitude de réclamer des primes exorbitantes, des salaires mirobolants ou des chaussures en croco pour améliorer leurs conditions de travail. Et d’aller en grève pour ces motifs surréalistes, sans que nul ne puisse endiguer leur irresponsabilité.
Dans notre pays où les syndicats sont en mal de publicité et croient que la grève est le seul moyen dont ils disposent pour montrer à leurs adhérents qu’ils travaillent, il est clair que l’anarchie n’est pas une vue de l’esprit. Sous le couvert de la démocratie, n’importe quelle corporation peut braver la décence sans s’attirer de sanction. Contrairement d’ailleurs aux démocraties chevronnées que nous nous vantons hypocritement d’imiter et où toute grève est sanctionnée par des défalcations de salaire obligeant tout travailleur à se prendre au sérieux et à réfléchir par sept fois avant de s’engager dans des débrayages.  Et je dis que nous devrons en arriver là si nous ne voulons pas voir s’effondrer bientôt le principe qui veut que la grève soit le dernier recours et  non un moyen de chantage.
Olivier Djidénou

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