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Le triomphe de la vérité

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Gestion du conflit ukrainien: Un diplomate béninois révèle les dessous de l’implication des forces occidentales


La gestion du conflit ukrainien par les puissances occidentales reflète bien de réalités. Selon l’Ambassadeur béninois Jean-Pierre Edon, spécialiste des questions internationales, cet intérêt se justifie par l’expérimentation des armes de destructions massives qui sont les purs produits des recherches scientifiques et le refus pour les forces occidentales d’admettre la fin de leur hégémonie. Mais aussi, cette guerre, selon lui,  est une mise en œuvre de la stratégie américaine élaborée depuis quelques années, dont l’objectif est d’isoler la Russie de la scène internationale. Le spécialiste des questions politiques croit toujours au retour de la paix entre la Russie et l’Ukraine. Il pense que  le recours à la démocratie et non la démonstration des forces militaires reste la seule solution à la cessation des hostilités.

LA DIPLOMATIE, GAGE DE L’ACCALMIE EN UKRAINE

Les hostilités en Ukraine font des émules et prennent une allure dangereuse pour l’humanité. Aucune des parties en conflit n’est apparemment disposée à faire la paix. A l’étape actuelle caractérisée par des escalades, le monde fait un saut dans l’inconnu, ce qui est préoccupant. Il devient alors impérieux et urgent que tous les efforts concourent à la recherche de la paix pour la sauvegarde de notre planète.

Pendant longtemps, il était admis que « qui veut la paix prépare la guerre ». En vertu de cet adage et pour d’autres raisons, des pays se sont livrés à la mise au point des armes de guerre de plus en plus modernes, sophistiquées, davantage dangereuses et massivement destructives. Au fil du temps, les limites de cet adage opportunément exploité par les bellicistes et les lobbys des armements, sont apparues, en ce sens que les nombreuses nouvelles armes fabriquées, n’ont pas empêché les guerres, ni assuré une paix durable dans le monde.

Il en découle le constat que l’accumulation des armes, loin de favoriser la paix, ne fait qu’inciter à la guerre pour d’une part, des raisons d’Etat, et d’autre part, des besoins d’expérimentation des produits des recherches. C’est le cas de la bombe atomique lancée sur Hiroshima et Nagasaki en Août 1945.

A la suite de la mise au point de cette arme nucléaire, il s’est posé la question de savoir s’il fallait s’en servir ou non. Le physicien Leo Lizard, conscient de son danger, soutenait l’idée que « les intérêts de la paix seraient mieux servis si l’on n’utilisait pas la bombe ». Mais de l’autre côté, le secrétaire d’Etat américain John Byrne répondit que la nation avait trop dépensé pour une recherche dont elle ne verrait pas les résultats. Il fallait justifier l’effort de guerre.

La justification de l’effort de guerre a ainsi entrainé l’utilisation d’une arme de destruction massive qui dévaste tout, tue instantanément et durablement. Ses radiations sont si nocives qu’elles menacent les rares survivants. L’utilisation de cette arme n’a été possible que parce qu’elle était disponible. Si elle n’existait pas, on ne s’en servirait pas, d’où la nécessité d’arrêter de toute urgence, la course aux armements.

Il s’en dégage que l’idée selon laquelle « qui veut la paix prépare la guerre » n’est ni convaincante, ni vraie dans les faits. Elle a plutôt valeur de prétexte pour préparer et déclencher les conflits.

Par contre la sagesse africaine yoruba nous enseigne que « qui veut la paix prépare la paix ». Cette pensée simple reflète la vérité. En effet, on ne saurait vouloir du haricot en semant du maïs. On récolte ce qu’on sème, dit-on. La guerre et la paix ne sont pas des synonymes, ce sont des situations contraires, voire opposées, jamais conciliantes.

L’homme, par son orgueil et son instinct de puissance et de domination, est à la base de tous les désastres. C’est à juste titre que l’acte constitutif de l’UNESCO adopté à Londres le 16 Novembre 1945 stipule que « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être érigées les défenses de la paix ». Il ressort de cette citation que l’homme qui est capable de penser et de faire la guerre, est aussi capable de faire la paix.

Pourquoi alors dans les différends violents actuels entre deux pays européens voisins, n’apparait pas encore la volonté de faire la paix ? Pourquoi les acteurs en jeu semblent insensibles à la probable utilisation des armes de destruction massive, des armes qui sont cent fois plus puissantes que celle utilisée à Nagasaki, et qui de surcroît peuvent toucher des cibles situées à plusieurs milliers de kilomètres du lieu du lancement ?

Or les multiples armes nucléaires disponibles dans plusieurs pays aujourd’hui, permettent de dire qu’une troisième guerre mondiale sera essentiellement nucléaire et n’épargnera personne, contrairement à la bombe H dont le champ d’application était localisé seulement dans deux villes japonaises.

Si le monde en est conscient et surtout les pays qui s’invitent dans la guerre en Ukraine, pourquoi continuer à attiser le feu, à lourdement armer un camp contre un autre, sachant que ce jeu est périlleux et constituera une catastrophe pour l’humanité si on n’y prend pas garde à temps.

Rôle et utilité des Nations-Unies

Il est opportun de s’interroger sur le rôle des différentes institutions internationales se réclamant de la paix et du développement. A quoi servent les G7, G20, L’UE et surtout l’ONU ? Les trois premières institutions sont disqualifiées pour être impliquées dans le conflit qu’elles croient pouvoir gagner. Quant à l’autre, ses efforts sont insuffisants pour se conformer à sa charte.

En effet ,l’un des buts des Nations-Unies évoqué dans le paragraphe 1, article 1 de sa charte n’est-il pas :«maintenir la paix et la sécurité internationales, et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture à la paix, et réaliser par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l’ajustement ou le règlement de différends ou de situations de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix».

Cette mission de l’ONU a-t-elle été accomplie à ce jour ? Appréciant le bilan de l’organisation il y a quelques années, le ministre français Jean-Pierre COT et Alain PELLET soulignaient que :« Le bilan de l’organisation est riche de contrastes. La paix globale a été préservée, la troisième guerre mondiale n’a pas éclaté ; mais les conflits locaux et régionaux, meurtriers et destructeurs n’ont pas cessé de ravager la planète ».

De ce bilan, il ressort que le point principal à inscrire à l’actif des Nations-Unies, est le non éclatement de la troisième mondiale. Mais de nos jours, ce point positif est menacé d’annulation. Car avec l’engagement ferme des occidentaux à soutenir un camp contre l’autre, tous les ingrédients d’une troisième guerre mondiale, sont en train d’être réunis. Il apparait de plus en plus clair qu’il s’agit d’un conflit entre l’Occident et la Russie, l’Ukraine étant tout simplement instrumentalisée.

En définitive, on s’interroge sur l’efficacité et l’utilité des Nations-Unies qui n’arrivent pas à arrêter les hostilités. Avec le refus dans les faits des pays membres permanents du conseil de sécurité de respecter sa charte et d’observer ses résolutions, l’organisation mondiale devient faible, inefficace, sans autorité, ni pouvoir.

Cela rappelle curieusement la précédente institution, la Société Des Nations (SDN), qui incapable d’assurer la paix a dû être dissoute et remplacée par l’ONU dont la charte a été signée à San Francisco aux Etats-Unis le 26 Juin 1945, après la deuxième guerre mondiale.

La sauvegarde de cette organisation qui a été néanmoins utile pour la paix et la sécurité depuis 1945, recommande des reformes visant sa démocratisation, le rétablissement de son autorité, de la justice internationale, et la nécessité pour les pays membres de se soumettre à ses résolutions.

Quelle que soit la nature des reformes, l’institution ne pourra correctement accomplir sa mission que si les pays membres respectent sa charte et font montre de discipline. Malgré ses difficultés, aucun pays n’a intérêt à la voir disparaitre. Son existence vaut mieux que son inexistence, car elle incarne la diplomatie internationale.

Recours à la diplomatie pour le règlement du conflit en cours

La paix dans le monde ne saurait être durable que si l’on réussit à arrêter la course aux armements. La tentation de susciter la guerre, est grande tant que des armes de tous genres sont disponibles. La meilleure manière de vouloir la paix, c’est de préparer la paix et non la guerre. La fourniture des armes à Kiev favorise la poursuite des affrontements violents, et neutralise les efforts visant à mettre fin au conflit. Tant que Kiev peut compter sur l’aide militaire qu’il demande avec insistance, il ne sera pas favorable à la négociation, croyant qu’il pourrait gagner la guerre.

La cessation des hostilités et le rétablissement de la paix recommandent le recours à la diplomatie, et non à la démonstration des forces militaires. La diplomatie qui a toujours fait ses preuves, n’est rien d’autre que l’art de négocier par le dialogue avec les qualités requises. Cela implique, entre autres, des concessions de part et d’autre, pour aboutir à un consensus, une décision ou une action salvatrice, un compromis durable. C’est le règlement pacifique des conflits qui peut aussi se faire par l’arbitrage ou la médiation.

 De loin moins coûteuse que les affrontements violents et les altercations ruineuses, la diplomatie permet de faire économie des pertes en vie humaine, de la destruction continue des infrastructures socio-économiques, routières, militaires, empêche les manifestations de l’esprit vindicatif et les atteintes psychologiques etc…En plus, elle facilite la réconciliation. Par contre, loin d’être un moyen de règlement des conflits, la violence n’appelle que la violence, et ne règle durablement aucun contentieux.

L’aide militaire à une partie en conflit doit cesser si l’on cherche vraiment la paix. Les comportements belliqueux de certains pays, finissent par donner raison à la Russie qui se bat, en définitive, pour sa sécurité. Que coûte-t-il à l’Ukraine, de renoncer à son adhésion à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, si la paix était à ce prix ? Or pour sa sécurité, il s’offre à Kiev la possibilité de conclure sur une base bilatérale, des accords de défense avec certains pays européens et américains.

 A l’instar de tous pays se trouvant dans une position d’insécurité, la Russie ne saurait rester immobile et dormir sur ses lauriers, pendant que son encerclement par les pays membres d’une organisation hostile, s’organise et se déroule avec méthode et assurance.

De la même manière que Moscou aujourd’hui, Washington a vivement réagi en 1962, pour des raisons de sécurité, lorsque l’URSS a installé des missiles balistiques à Cuba, pays très proche du territoire américain. Ne voulant pas la Guerre, et en vertu d’un accord conclu à cet effet entre les deux puissances, l’Union Soviétique avait alors démantelé ses équipements militaires. La même attitude de paix est attendue de nos jours, de l’OTAN qui doit cesser de s’étendre vers la Russie, foulant ainsi au pied les engagements pris par ses membres influents en 1989 devant Gorbatchev, à l’occasion des négociations pour l’unification des deux Allemagnes.

Autre signification des tensions actuelles et l’urgence de son accalmie

La gestion du conflit ukrainien par les puissances occidentales, reflète un autre aspect des relations internationales : le refus d’admettre que la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde, est proche. Or ce processus est irréversible, et les multiples mutations en cours sur notre planète, en sont les preuves. L’un des derniers actes en date, demeure les deux votes récemment émis aux Nations-Unies sur la guerre en cours. Les suffrages exprimés par les pays autrefois appelés du « Tiers-monde », sont assez parlants et signifient clairement qu’ils ne sont plus prêts à suivre aveuglement l’Occident.

Il revient alors aux puissances occidentales de se réinventer au lieu de rester obsédées par le statu quo, et de se convaincre de ce que le monde ne peut plus continuer à être unipolaire, car l’expérience de ces trente dernières années, n’a pas été pas concluante. Elles doivent admettre la pluralité des modèles de développement. Or le crime de la Russie et de la Chine, c’est leur résistance à intégrer le monde occidental et de se soumettre à ses règles. L’ère des pays émergents et d’un nouvel ordre mondial, s’annonce.

Une autre signification de cette tension vient d’être révélée par l’ancien colonel de l’armée suisse, analyste stratégique, du renseignement et du terrorisme Jacques BAUD, dans son nouveau livre intitulé « Poutine maitre du jeu » publié le 16 Mars 2022 dernier. Il y explique que ce qui se passe aujourd’hui est la mise en œuvre de la stratégie américaine élaborée depuis quelques années, dont l’objectif est d’isoler la Russie sur la scène internationale. L’Ukraine a été identifiée pour servir d’instrument à cette fin.

 Sa mission est de provoquer son voisin, et le pousser à l’attaquer de façon que Moscou soit présenté comme l’agresseur, que le monde entier condamnera. Ce plan avait déjà été évoqué en 2019 par Oleksiy Arestovytch, conseiller du Président Ukrainien au cours d’une interview où il expliquait qu’on a fait miroiter à L’Ukraine, son entrée à l’OTAN, à condition qu’elle fasse tout pour se faire attaquer par la Russie.

La provocation de l’actuelle offensive russe, a été donc minutieusement préparée depuis longtemps par l’Occident et les quantités énormes d’armes actuellement fournies à l’Ukraine présentée comme une victime innocente, étaient prévues à cette fin, ce qui justifie le dicton que, qui prépare la guerre, veut la guerre et non la paix.

Washington ferait œuvre utile à l’humanité, s’il renonçait à son projet d’affaiblir la Russie en vue de la dominer, et s’il cessait alors de fournir l’aide militaire à Kiev. Il ferait mieux de l’encourager à négocier et dialoguer sincèrement avec Moscou. Par voie diplomatique, un bon règlement du conflit est possible. Il est souhaitable que les Nations-Unies s’impliquent dans ce processus diplomatique et qu’elles ne ménagent aucun effort en direction des Etats-Unis en vue d’obtenir de la Maison Blanche, un changement d’option propice à la paix et la sécurité internationales.

 L’humanité, un bien précieux mis à la disposition des hommes par notre créateur, a tout à gagner dans la préservation et le renforcement de la paix, et tout à perdre dans la préparation et le déclenchement des hostilités. Que les puissances occidentales, défenseurs des droits de l’homme, fassent preuve de sagesse en évitant un troisième conflit mondial qui sera inévitablement nucléaire et pourrait détruire entièrement le monde.

Jean-Pierre A. EDON

Ambassadeur, spécialiste des questions internationales

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