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Le triomphe de la vérité

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Edito du 01 septembre 2014: Université dispersée


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Université d’Agriculture de Kétou. C’est au nom de cette institution que le gouvernement a mobilisé toute la commune de Sakété ce week-end pour un de ces shows politico-médiatiques dont il a seul le secret. A peine lancée, l’Université de Kétou se retrouve ainsi au cœur de manœuvres politiques qui la dispersent aux quatre vents.

Il y a le campus de Sakété qui est devenu Ecole Nationale des Sciences et Techniques de Conservation et de Transformation des Produits Agricoles (ENSTCTPA). Il y a aussi l’Ecole d’Aquaculture d’Adjohoun située  dans la commune du même nom. On verra donc que  de Kétou, l’université a laissé les communes mitoyennes de  Pobè,  Adja-Ouèrè ou même Ifangni pour se trouver des campus à Sakété et Adjohoun. Fort curieusement, Sakété, c’est la ville natale du ministre de l’Enseignement supérieur et Adjohoun reste un bastion FCBE avec un maire qui fait partie des plus chauds partisans du régime au sein des maires.

Autre constat troublant, c’est l’université de Parakou. A peine née, elle se disperse à Tchaourou  à travers une Faculté de Droit et de Sciences Politiques et à Savè avec une Faculté  des Sciences Economiques et Gestion. Tchaourou reste la ville natale du chef de l’Etat et Savè, le cœur même de la galaxie Nago en place au Palais de la présidence. On n’oubliera pas que le ministre de l’Enseignement supérieur est aussi un Nago…comme son président. Et c’est à ce niveau qu’on se rend compte clairement d’une répartition politique des universités et centres universitaires du pays.

        Il est vrai que la massification de l’enseignement supérieur au Bénin comme partout ailleurs en Afrique ne laisse pas le choix : il faut déconcentrer l’université. La manière dont cette déconcentration s’opère chez nous relève plutôt des manœuvres politiciennes que d’une organisationnelle rationnelle. A cet égard, tous les départements sont pourvus. Comme pour respecter la sacro-sainte règle de l’équilibre régional qui fait  finalement office de  loi dans la gouvernance du pays depuis 1960, les centres universitaires ont été distribués partout. On en trouve à Abomey, Aplahoué, Lokossa, Adjarra, Djougou, Natitingou, Kandi, etc. La volonté politique est d’absorber le flux considérable des étudiants qui arrivent par fournées entières. En dix ans, les effectifs ont été triplés dans les universités publiques dépassant le seuil des 100.000 étudiants en 2010. Le taux d’accroissement   annuel moyen est de 11,8%, entraînant du coup un bond au niveau des dépenses. Sur la période 2002-2010, la part des dépenses totales publiques d’éducation dans les dépenses totales de l’Étatest en moyenne de 18,7%, le taux le plus bas étant enregistré  en 2007 (15,8%) et le plus élevé en 2010 (24.8%).

Si l’on enlève les dettes de l’Etat, les dépenses courantes de l’éducation représentaient au cours de la  période 2000-2010 en moyenne 24,5% des dépenses courantes  de l’Etat avec desvaleurs fortes (28,4% et 31,4%) en 2009 et 2010. On retiendra surtout qu’entre 2000 et 2010, les dépenses publiques d’éducation ont connu une forte croissance passant de 69,6 milliards à 174,2 milliards en francs CFA en termes constants. C’est  une augmentation de 150% sur la période…

         Mais derrière l’impératif éducatif se trouve une rhétorique de l’Etat qui entend rapprocher les étudiants de leur lieu d’apprentissage afin de soulager la peine des parents  et des apprenants.  C’est la rhétorique officielle qui ajoute surtout qu’il est question de désengorger nos universités publiques. Mais alors, cette volonté de désengorgement se heurte à notre seule raison : quand est-ce que l’université de Kétou a été si engorgée qu’il y a nécessité de désengorgement à Sakété et Adjohoun ?

       Lorsqu’on pose le problème en ces termes, il y a une inquiétude qui jaillit : à quand une véritable université pour Parakou ? Démembrée dès maintenant pour contenter les lubies des pontes du régime, elle risque de passer une bonne décennie encore avant de  disposer de tous les attributs universitaires nécessaires. Aujourd’hui, du moins, une bonne partie du corps enseignant vient de Cotonou et bon nombre de facultés manquent encore à l’appel. La communauté universitaire accepte peut-être ces distorsions mais il y a qu’ici les politiques veulent utiliser l’université pour montrer à leurs électorats combien ils se battent pour eux. Mais la question véritable est de savoir s’il faut faire la politique autour de tout.

        Le centre universitaire d’Abomey  ne dispose même pas de locaux. A Tchaourou, Savè ou ailleurs, les centres universitaires sont logés dans des maisons de jeunes, dans des bâtiments abandonnés désaffectés à la hâte. Et c’est là, dans ces bâtisses sommairement équipées que l’on construit le citoyen béninois de demain…

Par Olivier ALLOCHEME

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