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Le triomphe de la vérité

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Edito: Adieu Donatien !


J’aurais tout donné pour ne jamais avoir à écrire ce que je veux écrire. Le déchirement et l’incompréhension, la douleur et la révolte. Voilà les sentiments partagés hier, au moment où, artistes et hommes de médias, parents et amis de tous les horizons, nous conduisions Donatien Gbaguidi à sa dernière demeure.
J’aurais voulu parler de cette cérémonie d’hommages organisée en sa mémoire par les artistes (danseurs, hommes de théâtre et chanteurs) qui se sont mobilisés pour offrir un spectacle unique empreint de solennité pieuse en guise d’adieu. Et j’entends encore la voix incantatoire d’Alladé Coffi Adolphe, président de la Confédération béninoise de la danse (Cobed), chantant au milieu de cette salle du FITHEB pour dire toute la vilaine cruauté de la mort, la farce du destin qui nous joue et nous ballote au gré de ses humeurs.
Marcel Zounon, directeur du Ballet National, avec lequel Donatien a parcouru monts et vallées et qui hier, manquera de mots pour réconforter les uns et les autres. Sa voix, à la fois grave et chaude, monte dans les hauteurs du FITHEB et retombe sur nous tous réunis, perclus de larmes et d’émotions. Et il y eut les danseurs dont la prestance et la maîtrise disent les derniers adieux à un homme qui aura passé sa carrière si courte et si fugace, à les célébrer. Ne parlons pas des instrumentistes, orfèvres aux doigts de fées dont chaque note nous plonge dans les abysses. Cette tragique beauté de notre culture, cette richesse qui, subitement fond en chacun des amis, parents et collègues réunis, nous fait découvrir le riche patrimoine immatériel du Bénin. Il faut le vivre pour le sentir, le sentir pour dire le déchirement d’un départ inexplicable et inouï.
Nous avions pleuré. Mais les torrents de larmes, à quoi servent-ils lorsque votre frère, votre ami, votre collègue est déjà parti ? A l’église St Jean-Eudes d’Atropocodji, le curé tentera de consoler tant de cœurs saignant de douleurs indicibles. Nous ne reverrons plus jamais Donatien, c’est le message que laisse le cimetière, là où tout se termine, le roc infernal où s’abiment tous les espoirs.
Dans nos têtes, tant de questions…Oui, il faut supporter l’idée que nous ne pourrons pas accomplir nos rêves, nos ambitions, malgré notre détermination et notre engagement, malgré notre sérieux et notre dévouement. La mort est une barrière infranchissable. C’est la hantise de ceux qui ne peuvent comprendre que l’on parte après un passage aussi bref. Et c’est encore plus tragique lorsque repoussant à demain un bonheur qui fuit toujours, l’on rencontre la mort. Assurément, il y a comme un coup de poignard dans le dos. Comment peut-on mourir sans avoir vraiment vécu ? Pourquoi doit-on partir au moment où les fruits de tant de sacrifices commencent à peine à se dessiner ? Voilà l’injustice suprême.
La mort est l’extrême limite de toute chose. Elle ne peut aujourd’hui se définir qu’à travers l’hideux visage de la finitude humaine. Nous luttons quotidiennement contre l’expérience de cette finitude, en laissant derrière nous des empreintes, des traces qui parlent et parleront à notre place, quand nous ne serons plus là : des enfants, des maisons, nos voitures, nos réalisations. Les artistes laissent leurs œuvres, les écrivains leurs ouvrages, les journalistes leurs productions. Mais ce que nous laissons vaut-il la vie qui part ? Questions sans réponse…
Au moment de dire adieu à Donatien, ce sont autant d’incompréhensions que nous arrache la douleur. Qui se rappelle encore cette phrase posée en épitaphe du roman Un piège sans fin d’Olympe Bhêly-Quenum, tirés de L’imitation de Jésus-Christ (en latin De imitatione Christi), lui-même publié vers le XIVème siècle par Thomas a Kempis : « Sachez et croyez fermement que votre vie doit être une mort continuelle».
Et c’est précisément pour cela qu’il faut en faire une œuvre au service des autres. Etre au service de sa communauté pour rendre service à l’homme et à tout homme. Voilà ce qui doit nous aider à vaincre la vaste fatalité de la finitude humaine. Non, l’homme ne finit pas. Il renaît dans ses œuvres, dans sa grandeur, sa dignité et sa lumière irradiée au long de sa traversée sur terre. Là alors, nous dirons que nous n’avons pas vécu inutilement.
Malgré une vie si brève, Donatien Gbaguidi a laissé une œuvre qui nous instruira. C’est une infime consolation pour nos larmes qui coulent, pour nos cœurs qui saignent.

Par Olivier ALLOCHEME

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2 thoughts on “Edito: Adieu Donatien !

  1. DJENONTIN

    Dommage que nul, encore moins L’Evènement Précis, ne puisse s’opposer à l’implacable Volonté de Dieu. Ainsi l’Eternel en a décidé pour le jeune et talentueux Donatien…………………..
    Alors Eternel des Armées, Dieu et son Fils Jésus Christ n’ont qu’à le garder sous leur aile et veiller sur sa progéniture.
    Sincères condoléances et compassions à toute l’Equipe de L’Evènement Précis sous la houlette de Agognon Gérard.

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