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Le triomphe de la vérité

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Edito: La HAAC en question


Peut-on autoriser quelqu’un à venir vous insulter à la radio, à la télé ou dans les journaux ? Autrement dit, doit-on, au nom de la liberté de presse, permettre à n’importe quel quidam de venir vous traiter d’imbécile, de chien ou de dépravé sur une station de radio, à la télé ou dans les journaux ? La HAAC a répondu à cette question à plusieurs reprises à travers des décisions que beaucoup ont oubliées.
L’une des plus retentissantes fut prise le 05 novembre 2009, sous la présidence de Théophile Nata. L’institution avait suspendu la radio CAPP FM pour un mois à la suite de la diffusion, sur ses antennes, d’une émission dénommée « Etoile Brillante du Matin » présentée par dame Valdave Emilia Dagnonhoueton, le 03 novembre 2009. Au cours de cette émission censée être une émission d’évangélisation, elle disait ceci : « Qu’avons-nous compris? Nous avons compris que vous [YAYI Boni] n’avez pas été quelqu’un avant de devenir quelque chose dans ce pays le Bénin. Nous avons compris que depuis trois ans, nous vivons au Bénin, l’épisode d’une bande d’opportunistes en aventure; nous avons compris que vous êtes, non pardon que tu es scorpion. Mais pourquoi un scorpion? Le venin du scorpion est renfermé dans sa queue donc doux au départ, tendre au début mais féroce à la fin. C’est ce que tu es. Un scorpion qui commence bien, qui trompe au début et qui montre après son vrai visage ». La décision de la HAAC avait créé un tollé vite retombé dès qu’on a pu écouter les termes injurieux employés. A l’époque, Jérôme Carlos, directeur de CAPP FM, avait dû présenter ses excuses, car, la convention signée entre la HAAC et le promoteur de Capp Fm dispose en son article 15 que « le concessionnaire est seul responsable de la totalité des programmes diffusés sur son antenne quelles que soient leurs origines ».
Encore une fois, la question est celle-ci : peut-on permettre à quelqu’un, au nom de la liberté de presse, de venir vous injurier dans les médias ? Et puis, l’injure est-elle une opinion ? Peut-on donner son opinion, l’exprimer avec la plus vive indignation, sans injurier la personne, sans la traiter de tous les noms d’oiseaux ? C’est ce qu’a fait un autre organe de presse, L’Audace Info. Ce journal a écopé d’une décision de suspension le 08 février 2018, pour avoir, selon le Président de la HAAC, proféré des propos insultants contre la personne du Chef de l’Etat. Cette décision de suspension a été accueillie dans la plus grande indifférence, aussi bien par la société civile que par les associations de professionnels de médias. Il est vrai que cet organe a déjà fait l’objet de décisions similaires de la même institution par le passé, cette fois à propos de citoyens qui se sont sentis diffamés, injuriés ou injustement déshonorés par le journal. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de voir le même journal se fendre d’un communiqué de presse pour féliciter la HAAC d’avoir pris sa décision de suspension de La Nouvelle Tribune.  Il a même salué le « professionnalisme » de la HAAC, tout en invitant  La Nouvelle Tribune à prendre son mal en patience.
Lorsque vous lirez la décision de la HAAC sur La Nouvelle Tribune, vous verrez bien que les propos incriminés proviennent de tribunes libres proposées par une personnalité qui n’est pas journaliste. Et que ces propos, quoi que l’on dise, posent problème. Ils n’émanent pas des journalistes eux-mêmes qui, à La Nouvelle Tribune, sont pétris de talent et d’expérience, à l’instar d’ailleurs du directeur de publication, Vincent Foly. En la matière, ce journal n’est pas le premier à être condamné pour des opinions exprimées dans un certain style, par des personnalités pour lesquelles on peut accorder une certaine  responsabilité. Au nom de la déontologie, le journal, la radio ou la chaîne de télé doit-il censurer les propos outrageants ? La HAAC nous y oblige depuis longtemps. La liberté de presse n’est pas une liberté d’injurier ni de diffamer. En l’espèce, la plupart des radios qui proposent des émissions interactives, prennent des mesures draconiennes  pour éviter les dérives qui pourraient les conduire devant les tribunaux ou même devant la HAAC.
Ce qui pose fondamentalement problème dans la décision frappant La Nouvelle Tribune, c’est la liberté laissée au Président de la HAAC de prendre tout seul une décision draconienne de suspension des activités d’une entreprise, en une manière de chevauchée solitaire sans bride ni retenue. Tôt ou tard, il faudra aussi dire si la seule sanction applicable à un média est la suspension « jusqu’à nouvel ordre », le Président de la HAAC étant alors doté de pouvoirs discrétionnaires dont il est seul à mesurer les limites.

Par Olivier ALLOCHEME

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