Tag: Edito du 19 décembre 2016

Edito: J’ai lu le PAG

logo journalUne évidence: le PAG est une merveille! Tant dans sa forme que dans son fond, le Programme d’Action du Gouvernement (PAG) propose un virage à 180° pour s’attaquer aux maux qui minent le pays. Sur la forme, on peut être admiratif des mille feux et des mille lumières générés par mille artistes et créateurs qui ont offert, vendredi, une espèce de spectacle mâtiné de  réflexion stratégique pour l’avenir du Bénin. S’il était question d’offrir du rêve pour transcender le Béninois, chapeau bas aux artistes qui ont créé le spectacle. Ils ont réussi à fonder une nouvelle espérance qui trouve sa source dans l’immense soif de renouveau qui a surgi aux lendemains du 20 mars dernier. Le PAG se situe dans ce prolongement pour le dépasser, mobiliser les énergies, inventer d’autres horizons pour créer une nouvelle dynamique citoyenne.
Nous sommes ainsi témoins d’une entreprise de remodelage de l’image nationale. Toute la question est de savoir si le citoyen ordinaire saura se reconnaître dans ce diagnostic qui est posé et ces solutions qui sont proposées. Toute la question est de savoir si les forces sociales ne verront pas dans toutes ces promesses, un prolongement tardif de la campagne électorale, destiné à endormir les populations. Toute la question est enfin de savoir si le citoyen acceptera les sacrifices qui lui sont demandés au nom du rêve qui est ici proposé. Autrement dit, porté par la soif de rupture créé par Bénin Révélé, acceptera-t-il de sacrifier le confort de ses certitudes et de ses revenus obtenus sur l’informel et l’illégalité ? La transformation du citoyen par l’action communicationnelle ne saurait durer dans le temps, si le leadership n’inspire pas respect et espoir. Les peuples ne bougent que lorsque leurs dirigeants sont eux-mêmes des modèles. Hors de là, on se trompe.
Ce qui m’a le plus plu ? Sans contexte, le  projet de mise en place d’une véritable industrie touristique autour de la culture Vodoun. C’est une niche en jachère qui permettra de révéler au monde les valeurs inouïes de nos cultures. Elle apprendra aussi à chaque Béninois à ne plus diaboliser nos coutumes.
Ce qui m’a le plus impressionné ? Le projet de construction de 20.000 logements. Il rappelle le New Deal de Roosevelt aux Etats-Unis, qui a utilisé la politique des grands travaux comme moteurs de la relance économique, après la grande dépression de 1929-1930. 120.000 emplois sont attendus pour des investissements d’environs 370 milliards de FCFA.
Ce qui a manqué ? Deux choses ont fondamentalement fait défaut dans ce programme : l’industrie et l’éducation. Les deux n’ont pas l’attention qu’ils méritent. L’industrie est pourtant le vecteur de tous les progrès. Je n’en veux pour preuve que la mise en place de la Cité Internationale de l’Innovation et du Savoir (CIIS) qui a été conçue comme un outil de promotion de l’industrie numérique. Et pourtant, celle-ci ne peut prospérer sans une réelle industrie qui utilise les résultats de ses innovations. Le progrès des sciences, depuis toujours, a d’abord été investi dans le progrès de l’industrie, de sorte à former un ensemble organique et fonctionnel. L’industrie numérique, en dehors de servir comme outil au service de l’administration ne se rentabilise qu’au cœur de l’industrie elle-même. Si la CIIS  se met en place réellement, le Bénin n’aura plus aucune chance d’abandonner son industrie. Petite consolation : j’ai cru avoir entendu le ministre de l’industrie évoquer la mise en application de l’infrastructure qualité. Elle permettra de protéger le mince tissu industriel de notre pays, si la volonté politique l’accompagne.
La deuxième déception reste le secteur éducatif. Oui, la transformation du Conseil national de l’éducation à travers le mode de désignation de ses membres désormais élus, constitue en soi une réforme majeure. Mais il lui manquera toujours une âme : c’est la vision du Chef de l’Etat qui devrait indiquer les grandes lignes de sa politique éducative. Quel type, quels standards éducatifs voulons-nous pour les générations d’aujourd’hui ? Car, si nous voulons consolider les acquis de notre société, il nous faudra fonder un citoyen de type nouveau. La ligne devrait en être tracée par le Chef de l’Etat qui a été élu parce qu’il représente à priori les aspirations les plus profondes du peuple.
Parlons peu, parlons bien : si même la moitié de ce programme est mis en application, le Bénin ferait un pas de géant.

Par Olivier ALLOCHEME