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Le triomphe de la vérité

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Interview du Dr. Eric ADJA,  Président de l’AFRIA: « La stratégie est de faire du Bénin un pays qui rayonne   grâce à l’intelligence artificielle »     


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Le Bénin vient d’adopter sa stratégie nationale d’intelligence artificielle et de megadonnées à l’issue du Conseil des Ministres du 18 janvier 2023. Selon le Dr. Eric ADJA, s’il convient de féliciter le Gouvernement pour cette avancée, tout reste à construire dans l’édifice IA du Bénin, à commencer par la base: une culture des données et des compétences de recueil et de traitement de données massives, dans les administrations publiques et dans le secteur privé.

Dr. Eric ADJA

EP: Que pensez-vous de l’adoption de la stratégie nationale  d’intelligence artificielle et de mégadonnées du Bénin?

EA: Il s’agit d’un évènement majeur, sur la scène de l’IA africaine et francophone. Cette stratégie est composée de quatre programmes déclinables en trois phases sur cinq ans et d’un portefeuille de 123 actions impactant les secteurs public et privé. L’une des forces de la stratégie du Bénin est d’avoir été élaborée en intégrant les parties prenantes, dans le cadre d’une approche globale, priorisant les solutions technologiques adaptées aux besoins du pays, dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, du cadre de vie, du tourisme et de la compréhension des cas d’utilisation applicables au contexte béninois.

EP: Quel intérêt présente cette stratégie pour le Bénin?

EA: Selon le compte-rendu du Conseil des Ministres du 18 janvier 2023, cette stratégie vise à faire du Bénin, à l’horizon 2027, un pays qui rayonne par la valorisation de ses données massives, grâce à l’intelligence artificielle et au développement des compétences y relatives. Ainsi, il est attendu de cette stratégie qu’elle permette de renforcer l’attractivité du Bénin pour les investissements provenant notamment du secteur privé et des partenaires au développement.

EP: A quelles conditions cette stratégie pourrait-elle devenir opérationnelle?

EA: D’abord, ce pas important du Bénin vers la mise en place d’un écosystème favorable à l’innovation numérique mérite d’être salué à sa juste valeur. Cependant, soulignons une évidence : sans données massives, pas d’intelligence artificielle, comme l’évoque d’ailleurs le titre de la stratégie. En effet, l’IA n’est en définitive qu’une opération de traitement de grandes quantités de données (megadonnées) par des programmes informatiques (algorithmes). La machine ne traite que ce qu’elle reçoit en guise de matière première.

C’est à ce niveau que se posent des questions stratégiques: où se produisent les données au Bénin? Qui produit ces données au sein de l’administration ou du secteur privé? Comment sont-elles stockées et exploitées? Combien d’entreprises sont dotées d’un service ou de compétences orientées données? Comment produire davantage de données et de meilleure qualité, afin d’en améliorer le traitement, et de parvenir progressivement à une  intelligence artificielle aux couleurs du Bénin? La réponse à ces questions passe par la création d’une véritable culture des données et son intégration dans la stratégie économique du pays.

EP: Qu’est-ce qu’une culture des données?

EA: La culture des données est un concept relativement nouveau, mais qui devient de plus en plus importante, notamment pour les administrations et organisations qui souhaitent développer leurs stratégies digitales. En effet, tout comme la culture organisationnelle, la culture des données fait référence à un environnement de travail dans lequel les décisions sont prises sur la base de données dites “solides”, et non uniquement sur la base des habitudes ou de l’instinct. Ainsi, la culture des données confère plus de pouvoir aux entreprises pour organiser, exploiter, prévoir et créer de la valeur avec leurs données.

La place des données dans l’economie est aujourd’hui largement reconnue, notamment dans les pays développés. En effet, considérée comme l’or noir du XXIeme siècle, la data est devenue le moteur de la relation client, de la stratégie commerciale et des projets marketing, pour un grand nombre d’entreprises du Nord. L’investissement dans les solutions de gestion des données est également devenue une évidence pour les dirigeants de ces entreprises.

Pour ce qui concerne la plupart des pays africains, le recueil et le traitement des données massives et de qualité peinent à devenir une priorité, ce qui soulève des enjeux  stratégiques. En effet, comment capitaliser efficacement sur des informations incomplètes, imprécises, voire inaccessibles, dans les processus de prises de décisions engageant l’avenir d’un Etat ou d’une entreprise? Comment parler d’intelligence artificielle en Afrique, sans poser le préalable d’une culture des données?

EP: En définitive, comment le Bénin pourrait-il tirer parti de la stratégie qu’elle vient d’adopter?

EA:  Afin de tirer parti de cette volonté politique du Gouvernement du Bénin que constitue l’adoption de la stratégie nationale de l’intelligence artificielle et des mégadonnées, il s’avère utile de mobiliser les ressources humaines et financières nécessaires, de se doter de mécanismes agiles de gouvernance et d’évaluation de la stratégie et surtout d’accompagner celle-ci de mesures visant à créer une véritable culture des données, en terme d’habitudes et de pratiques à adopter au sein des structures publiques et privées, à travers par exemple, des campagnes de sensibilisation et de formation des chefs d’entremises aux enjeux de la révolution de la data. Cette culture des données ouvrirait ainsi le champ d’une verticale “filière” des données, en mettant en place un plan ambitieux de formation de talents, de recueil et de traitement des données massives, bien entendu dans le respect des dispositions légales en matière de protection des données personnelles.

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