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Le triomphe de la vérité

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L’Ambassadeur Candide Ahouansou sur les enseignements multiformes de fête nationale: L’embarras des intellectuels et la pédagogie démonstrative des statues


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Un évènement aussi significatif qu’a été la célébration du jour anniversaire de notre accession à la souveraineté nationale ne peut rester sans enseignement pour qui a un bon jugement ; aussi essayons-nous dans la présente réflexion, maintenant que la fièvre des festivités est retombée, d’en tirer le meilleur qu’il nous offre.

Tout ce que l’évènement est censé avoir apporté de positif à l’esprit du citoyen et l’impact qu’il ne manquera pas de générer sur le développement économique de notre pays a été déjà si bien dit qu’il n’y a plus matière à en décliner la liste ici au risque de tomber dans la redondance. Dans notre entendement et de manière synthétique, l’évènement a ravivé en nous l’esprit citoyen et patriotique, la confiance en nos valeurs, la fierté de la femme béninoise ainsi que la recherche du positif dans nos actions et comportements. Tout honnête citoyen devrait en être si fier ; fier aussi du Président de la République. Nous choisissons alors de prendre le risque de déplaire en faisant mention des leçons que l’évènement a assenées à nous autres intellectuels dans le seul dessein d’accroitre en nous le sens de la responsabilité dans les décisions que nous prenons pour la bonne conduite des affaires publiques, quand bien même paraissent-elles anodines au premier abord. Nous considèrerons également l’impact potentiel que ne manquera pas d’avoir cette célébration de la soixante-deuxième année d’indépendance sur le citoyen moyen.

Point de vue sur la référence à l’année de l’indépendance de notre pays

Peut-être devrions-nous à l’avenir ne parler que de fête nationale en faisant abstraction de toute référence à l’indépendance, notamment à l’année où elle a été obtenue. L’indépendance politique est inhérente à tout pays souverain et nous avons acquis notre souveraineté une fois pour de bon. De plus, la mention de l’indépendance ramène chaque année l’idée de la période coloniale et de l’affranchissement ; et cela ne parait ni nécessaire ni heureux. La proclamer chaque année, c’est tout comme si nous avions du mal à nous approprier tout à la fois notre souveraineté et notre indépendance.

Un libellé d’épitaphe à polémique syntaxique  

Nous nous interdisons de remuer le couteau dans la plaie, car il n’y va de l’intérêt d’aucun bon citoyen de le faire, d’autant que généralement parlant l’erreur est chose humaine. Ce disant, nous préjugeons d’une erreur individuelle commise par un individu dans l’accomplissement d’une œuvre personnelle ; mais lorsqu’il s’agit d’une œuvre d’envergure nationale, que de surcroît le Chef de l’Etat a, en toute assurance confié à une équipe d’experts, l’erreur n’est point admise. Je conviens que j’ai quelque hésitation si ce n’est de la pudeur à rappeler cette erreur d’écriture sur la stèle de la statue de l’Amazone. Du reste, toute la population béninoise éclairée en a déjà été au fait suffisamment. Ce que je voudrais par contre mettre en exergue, c’est que sous d’autres cieux et d’autres régimes politiques, les responsables d’une telle bévue qui, au demeurant, n’a pas manqué d’écorcher la fierté nationale sur l’échiquier international alors que nous la célébrions en grande pompe précisément, n’auront plus jamais aucune occasion de récidiver ; c’est le moins que l’on puisse dire. Il est vrai que l’on ne commet pas une erreur sciemment; et il arrive même que l’on la commette à plusieurs, notamment lorsque l’on n’ose malencontreusement pas se critiquer mutuellement à l’intérieur d’une équipe en raison d’une mauvaise lecture du leadership managérial. La réaction du gouvernement qui n’a pas cherché à justifier outre mesure l’épitaphe dans sa première écriture est à l’actif du Chef de l’Etat et il sied de lui en savoir gré. Quartier latin de l’Afrique que nous étions naguère, il sied que nous recouvrions cet attribut. Ce qui vient de se passer n’y a guère aidé; nous devrions l’admettre en toute humilité.

Pour ce qui est de l’obélisque en tant que monument, le discours du chef de l’Etat a été, on ne pouvait plus clair. Matériellement, nous laissons l’ancien monument aux morts en place pour rappeler à nos mémoires l’occupation de notre terre et les soldats qui y ont participé. Moralement, nous rompons ainsi et définitivement avec l’habitude d’y aller déposer une gerbe sous les vibrations de la sonnerie aux morts. Nous ne transposons donc pas au jardin Mathieu, le symbole de Placondji. Pendant 61 ans et de manière consécutive, nos chefs d’Etat allaient commémorer et perpétuer tout simplement sans se poser de questions, les 1er aout ce que faisait le colon les 14 juillet de chaque année. Et les historiens et les universitaires et nous autres intellectuels de tous bords étions là, les regardant faire sans réagir. Une erreur aussi collective commise sur une durée aussi longue devient une faute générationnelle et nous couvre de honte. Il n’y a pas d’autre mot pour le dire et nous devrions tous battre notre coulpe autant que nous sommes. Etre instruit et au fait de la chose politique est une responsabilité dont nous ne mesurons pas toujours la gravité envers le gros du peuple. Il n’est toutefois pas exclu que l’attention de nos chefs d’Etat ait été, à un moment ou à un autre, attirée sur la situation et qu’ils n’en aient pas tenu compte. Allez savoir.

Concernant l’épitaphe inscrite sur la stèle :’’ en mémoire des enfants du Bénin dévoués à la patrie’’, il convient de relever que la locution prépositive’’ en mémoire de’’ est utilisée pour transmettre et perpétuer le souvenir de quelqu’un ; elle implique donc le décès de la personne. Il est alors exclu que les dévoués dont il s’agit incluent des citoyens encore vivants. Le ‘’in mémoriam’’ ne se réfère pas aux vivants. On reconnait leurs mérites de leur vivant et on les célèbre avec le ‘’in mémoriam ‘’ lorsqu’ils s’en sont allés ; cela ne devrait pas donner lieu à polémique.

L’impact des monuments sur le niveau de notre culture historique

La mémoire visuelle ou photographique représente 80% de la totalité des informations transmises au cerveau pour y rester durablement. Les trois monuments inaugurés à l’occasion de la célébration de la fête nationale représentent des pans entiers de notre histoire de la période d’avant notre accession à la souveraineté nationale. Cette période est généralement perçue comme celle de la soumission tandis que la résistance à l’envahisseur n’est pas suffisamment mise en valeur. L’érection des trois monuments a l’avantage de s’adresser directement à notre mémoire visuelle, contribuant ainsi à fixer plus aisément dans nos esprits l’histoire de notre pays mieux qu’à travers les manuels. Et c’est la meilleure manière d’aider à combler efficacement les lacunes que le citoyen moyen pourrait avoir dans la connaissance de l’histoire de son pays.   Pour faire bonne mesure, il convient toutefois de rappeler, à tout seigneur tout honneur, que trône depuis 1978 sur la place Goho à Abomey et sous le régime du Président Kérékou, la statue du roi Béhanzin. Ce dernier est cité universellement comme une figure emblématique décisive de la résistance à l’armée coloniale française. Bio Guerra est certes moins connu sur la scène internationale, mais sa statue érigée sur la place du même nom à Parakou ne contribue pas moins à la pédagogie démonstrative de notre histoire.

Impact de la célébration sur le respect des valeurs morales et citoyennes

Face à l’amazone, le chef de l’Etat nous a exhortés à la bravoure, à la combattivité, à l’honneur et au sacrifice extrême, le cas échéant. Face à l’obélisque et à la statue de Bio Guerra, il nous a exhortés à défendre la cause de la nation sans désemparer. Face aux députés il a dit : « Ce qui est davantage un acquis fondamental au mérite de nous tous, c’est ce nouvel état d’esprit qui nous caractérise et que je ne cesserai d’évoquer » Qu’il nous soit permis de présumer qu’en évoquant ce nouvel état d’esprit, la Haute Autorité se réfère avant tout aux décideurs dans le cadre des nouvelles stratégies de développement qu’il a mis en place, car force est constater que l’état d’esprit du gros du peuple est toujours à la méchanceté et il convient de se le dire et de le reconnaître honnêtement afin de se mettre en mesure d’établir des stratégies adéquates pour l’enrayer. La méchanceté béninoise est au moral ce qu’est la corruption aux biens matériels. Elles sont du même acabit et ont la même capacité de nuisance sur leurs terrains respectifs réfrénant de manière égale et tout à la fois, l’émancipation des gens et le développent du pays. Et si nous avons su trouver les moyens matériels qui conviennent pour lutter contre la corruption, nous devrions être à même de trouver la parade à la méchanceté ; c’est ni plus ni moins une affaire de volonté politique. Nos mentalités dont tout le monde se plaint ne peuvent changer d’elles-mêmes ni toutes seules. Le président Boni yayi s’y était attaqué de quelque manière, il convient de le reconnaître. Il avait alors placé sa première mandature sous le signe du ‘’Changement’’ et la seconde sous celui de la ‘’Refondation’’. Il fallait commencer par reconnaitre publiquement le mal. C’est ce qu’il fit en 2016 au cours de sa seconde mandature. Qu’il nous souvienne qu’il stigmatisa publiquement- et ce fut une première dans notre histoire politique- à l’occasion d’une descente au marché Dantokpa, l’esprit destructeur du Béninois. Il avait même renchéri en nous rappelant que Béhanzin avait dit que ce pays était maudit. Sa déclaration fut suivie le lendemain par celle de sa Ministre de la Microfinance qui elle, dénonça la rigidité de l’esprit béninois. Déclarations à l’emporte-pièce sans doute, car il n’est pas certain que le roi Béhanzin ait prononcé ces mots, mais ayant fait sans conteste l’effet bienfaisant d’une psychanalyse de masse. Et il en était temps. Nous étions alors fondés à penser que des mesures allaient être prises pour contrer le mal. Mais rien ne se passa Nous aimons à espérer que le régime de la Rupture saura y remédier

 Et pour que l’histoire n’aille pas reprocher aux intellectuels d’aujourd’hui de n’y avoir pas pensé comme il leur est reproché aujourd’hui d’avoir laissé les chefs d’Etat honorer nos envahisseurs pendant plus d’un demi-siècle, nous rappelons que des voix s’étaient élevées pour attirer l’attention sur l’impact du mal sur notre développement. Dans son essai politique ‘’Le changement : idéologie ou réalité’’, l’ecclésiastique Rodrigue Gbejinou avait écrit à juste titre en 2008 que « dans notre société les gestionnaires de la tradition placent le progrès dans le passé et dans les esprits de nos ancêtres. Celui dont les actes et les paroles dérangent, fut-il acteur de bien, est systématiquement éliminé. Le bien accompli par l’autre est farouchement combattu.» Dans leur ouvrage intitulé ‘’Je veux le changement’’ Messieurs Jérôme Carlos et Thomas Boya avaient déjà averti en 2006 que pour assurer le changement et le progrès « les africains devraient se libérer des vilains sentiments que sont la méchanceté, l’envie, la rancune, la jalousie… » Dans un article datant de Septembre 2011 et intitulé : la méchanceté ou l’esprit destructeur de la société, nous dénoncions nous-même, l’impact négatif qu’exerce ce fléau sur la gestion des affaires publiques. Et pour ne pas laisser à la présente réflexion une impression d’inachevé, nous nous emploierons à faire des propositions pour lutter contre ce mal social qu’est la méchanceté dans notre prochaine livraison. Le roi Béhanzin n’avait certainement pas maudit ce pays.

Ambassadeur Candide Ahouansou

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