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Le triomphe de la vérité

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Jacques-Richard Codjo, Président du Comité Interministériel d’organisation des élections à la Chambre des métiers de l’artisanat du Bénin : « Nous avons bénéficié de la bonne foi des acteurs »


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Jacques-Richard Codjo

Les élections devant connaître les membres de la première mandature de la  Chambre des métiers de l’artisanat du Bénin ont connu leur épilogue la semaine dernière avec la proclamation des résultats. Le président du Comité interministériel mis en place dans le cadre de ce scrutin particulier fait le point des difficultés et des enseignements qui en ont découlé. Pour lui, la bonne foi des acteurs et leur état d’esprit ont favorisé la réussite de cette première expérience. 

L’Evènement Précis : Le processus électoral des élections à la Chambre des métiers de l’artisanat du Bénin vient d’être achevé. Quels sont les grands enseignements que vous en tirez?

Dr. Jacques Richard CODJO : Les grands enseignements tirés de ce processus d’élection à la Chambre des métiers de l’artisanat du Bénin, c’est qu’une élection est toujours une action très complexe. Je vous fais une comparaison. Chez nous, la population électorale était constituée de 457.000 artisans. Mais les difficultés auxquelles nous avons été confrontés, nous les rapportons à l’échelle nationale d’une élection à 4 ou 5 millions de votants. Je crois que le premier enseignement que nous avons tiré est que nous tirons chapeau à tous ceux qui organisent les élections dans notre pays. Parce que si au niveau simplement des artisans nous avons connu autant de difficultés et de pressions, nous imaginons sur le plan national ce que cela serait.

Les difficultés d’ordre technique  étaient-elles les plus importantes?

Les difficultés les plus importantes étaient surtout les difficultés d’ordre organisationnel. Le Conseil des ministres a créé un comité d’organisation des élections. C’est un comité interministériel qui regroupe plusieurs ministères et   institutions. Mais le même Conseil des ministres a dit que ce comité travaille avec l’Anip. On n’a d’ailleurs pas le choix parce que c’est cette agence qui a la base de données des artisans et que ce comité travaille également avec la Cena. Deux institutions qui ont leur mode de fonctionnement, leur gouvernance et leur autonomie. Or le comité qui devrait superviser toute l’élection n’a même pas d’autonomie. Donc, il fallait trouver la passerelle  pour pouvoir coordonner ce que l’Anip devrait faire et ce que la Cena devrait faire. Ce n’est pas simple à organiser et à mettre en œuvre. Je pense que cela a été la plus grosse difficulté que nous avions eue. Et l’autre difficulté organisationnelle, c’est le mode complexe d’élection au niveau des artisans. On a identifié au Bénin 175 métiers. Ces 175 métiers sont regroupés en 40 corps de métiers. C’est à dire qu’on prend des métiers qu’on met ensemble et on crée un corps de métier. Et ces 40 corps de métiers sont répartis en ce qu’on appelle les branches. Il y a 8 branches. Elles  font partie intégrante de la nomenclature communautaire au niveau de l’Uemoa. Il y a une certaine harmonisation au niveau de l’Uemoa pour que l’artisan, en quittant un pays et en allant dans un autre, puisse conserver ses mêmes attributs. Donc la nomenclature, c’est 8 branches et 40 corps de métiers au niveau de l’Uemoa. Mais au niveau des métiers, cela dépend de chaque pays. Les métiers se créent selon les besoins de chaque population. On devrait alors élire les représentants des artisans dans les 8 branches. A l’issue du recensement national des artisans dans notre pays, nous nous sommes rendu compte que sur les 8 branches, il y en a deux qui occupent près de 50% de la population. Quand ce point a été fait au Chef de l’État,  il a dit : « Si vous allez aux élections sur cette base, cela veut dire que la Chambre serait occupée uniquement par deux branches. » C’est là que le Chef de l’État a demandé au ministre des PME chargé de l’artisanat de bien vouloir créer des sous-branches. Et donc les branches qui ont une population très élevée ont été subdivisées en sous-branches, en tenant compte des corps de métiers et les métiers si bien qu’il y a deux ou trois branches qui ont eu trois subdivisons pour que leur nombre puisse correspondre au nombre des autres branches afin que toutes les branches et sous-branches soient représentées au niveau de l’assemblée consulaire. Cette disposition a complexifié l’élection parce qu’elle est départementale. Les élus sont départementaux et ce sont eux qui forment la Chambre. Donc au niveau de chaque département, on devrait avoir des élus dans chaque branche ou sous-branche. Du coup,  il y a une répartition qui a été faite sur les 12 départements. Malgré cette répartition, on s’est rendu compte qu’il y a des sous-branches qui sont minimes en population et on a été obligé de regrouper plusieurs départements pour attribuer un siège. On a eu deux ou trois départements qu’on a mis ensemble pour attribuer un siège. On a eu 6 départements qu’on a mis ensemble pour attribuer un seul siège. Et maintenant, il y a les sièges nationaux. Ces particularités ont rendu le processus électoral complexe parce qu’il fallait créer un algorithme qui puisse gérer cette spécificité au niveau de chaque sous-branche, de chaque département, de chaque groupe de département et même au niveau national. A l’arrivée, on avait 16 sous-branches et branches en compétition. Ce qui a donné du fil à retordre à la Cena. La Cena n’avait jamais fait une élection de ce type.

Qu’est ce qui a favorisé la réussite de l’élection malgré toute cette complexité?

D’abord je pense que ce sont les hommes, les acteurs. Je voudrais saluer ici la bonne foi des acteurs. Le gestionnaire mandataire de l’Anip Dr. Cyrille Gougbedji s’est préoccupé particulièrement de cette élection. Je peux vous confier que le budget ne venant pas et l’Anip devant afficher les listes électorales, le gestionnaire mandataire de l’Anip est allé chercher des ressources pour acheter les intrants afin de nous sortir les listes à temps. Il aurait pu dire qu’ils attendent les fonds. Mais s’ils disaient cela, on était mal parti. C’est pour vous dire que c’est vraiment les hommes. A la Cena, le Conseil électoral nous a réservé un accueil très chaleureux. On était leur première expérience en terme d’élection et donc c’est comme s’ils faisaient des répétitions générales en vue du janvier prochain. Ils étaient très contents de nous recevoir. C’est nous qui sommes la première élection de la Cena,  nouvelle version. Il fallait trouver le maillage entre le Conseil électoral et la Direction Générale des Elections. Ce n’est pas simple. La Cena a désormais deux têtes, il y a un responsable administratif et le président de la Cena et les responsabilités sont réparties. C’est avec nous qu’eux aussi ont expérimenté leur vivre-ensemble. Si jamais vous aviez une idée du commissaire à la Cena, c’est un patron qui était responsable d’un secteur. Le Conseil électoral fonctionne comme un simple Conseil d’administration. Les membres du Conseil électoral n’ont plus de responsabilité définie et opérationnelle. C’est pour cela que je vous dis que les facteurs qui ont favorisé sont les hommes. Le président Sacca Lafia a fait preuve d’une très large ouverture d’esprit. Le directeur général des élections, Adam Soulé Abou a également fait preuve d’une très grande ouverture d’esprit. Ils nous ont accueillis et installés dans leurs locaux et on a pu faire le travail pas à pas. Parce que le personnel de la Cena était habitué à une autre forme d’élection. Par exemple, la réception des dossiers de candidature. Le personnel de la Cena, depuis deux à trois élections, quand ils reçoivent les dossiers de candidature, ils cherchent là où il y a des erreurs pour dire « éliminé ». Avec nous, il a fallu qu’ils sachent qu’on n’est pas du tout dans le même état d’esprit. Chez nous, c’est une élection professionnelle et nous sommes avec des artisans qui ne sont pas tous censés être lettrés au même niveau et donc notre démarche ne consistera pas à chercher la petite bête dans les dossiers de candidature mais plutôt à faire en sorte de rendre complets les dossiers de candidature. Il a fallu travailler avec les gens de la Cena qui ont accepté cela, parce qu’il y avait des dossiers complètement bizarres. Nous les appelons et ils viennent compléter une fois, deux  fois et même trois fois s’il le faut, de façon à ce que le dossier soit complet et présentable pour nous. Ce n’est pas du tout dans cet état d’esprit qu’ils travaillent quand ils font les élections politiques. Il faut un casier judiciaire à prendre. Moi j’ai dû aller demander à mes supérieurs de nous donner un coup de main pour que les artisans qui demandent des casiers judiciaires, on puisse les servir. Je pense que la force qu’on a eue, ce sont les hommes et l’état d’esprit que j’ai eu autour de moi. Je pense que c’est vraiment une victoire partagée. Ce n’est pas lié à ma personne.

Vous avez proclamé les résultats la semaine dernière. Aujourd’hui nous avons combien d’élus ?

Aujourd’hui nous avons 80 élus. La loi a prévu 80 élus sauf que la loi prévoit toujours un délai de contentieux électoral. Le juge du contentieux électoral c’est le ministre des petites et moyennes entreprises. Dès le lendemain de la proclamation des résultats, on a commencé à recevoir les réclamations et je pense qu’au total on a reçu 27 réclamations sur lesquelles le ministre des PME  a cinq jours pour se pencher et donner des suites. Voilà là où nous en sommes aujourd’hui dans le processus.

L’installation de la chambre est prévue pour quand?

C’est quand on aura fini de régler le contentieux des résultats que le Comité va présenter un rapport avec la liste définitive des élus, parce que le ministre des petites et moyennes entreprises, en tant que juge des résultats, peut invalider des sièges et peut déclarer de nouvelles personnes élues. Nous, on prendra acte et on va adresser un rapport au gouvernement avec la liste des 80 élus et c’est le gouvernement qui décide de l’installation de la Chambre.

S’il fallait améliorer cette première expérience, quels seraient les points d’amélioration ?

Il faut dire que la loi a prévu que la Chambre que nous sommes en train d’installer prenne une partie importante dans l’organisation de cette élection. Et je pense que les difficultés auxquelles nous avons été confrontés, sont liées au fait que c’est la première expérience. Le terrain est complètement vierge. Là nous allons laisser un rapport et nous allons installer une Chambre qui aura 5 ans pour préparer ces élections parce que nous avons des problèmes sur les listes, sur la formulation des candidatures et tout le reste. Je pense que nous allons proposer une certaine amélioration dans tels ou tels autres aspects. Mais cela va être plus simple puisque la Chambre pendant cinq ans travaillera à améliorer ces élections.

Propos recueillis par Olivier ALLOCHEME

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