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Le triomphe de la vérité

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Visite de travail du président Macron au Bénin : Les propositions de l’Ambassadeur Candide Ahouanssou sur l’‘’Implomatie’’


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L’Ambassadeur Candide Ahouansou

L’académie française pourrait bientôt inscrire un nouveau mot dans le dictionnaire, encore plus simple et plus lucide que la diplomatie : ‘’l’implomatie’’. C’est une inspiration de l’Ambassadeur Candide Ahouansou qui fait recours au traitement des relations politiques à l’intérieur des pays et qui devrait faire pendant à celui de diplomatie en approche des relations internationales. En clair, il s’agit de contacts politiques à l’intérieur d’un pays pour résoudre les problèmes de gestion des affaires publiques.

DIPLOMATIE et ‘’IMPLOMATIE’’

Proposition à l’académie française

Les mots ont la signification classique et figé que leur donne le dictionnaire, mais force est de constater que les sociétés qui les utilisent évoluent, les pratiques des locuteurs aussi ; et il sied qu’ils s’en enrichissent d’autant. Il est alors légitime que ceux qui utilisent la langue que véhicule le dictionnaire français notifient de temps à autre à ses gardiens que sont les ‘’immortels’’, les évolutions qu’ils enregistrent dans les expressions eu égard au sens classique des mots et leur proposent, sans complexe aucun, d’envisager de les prendre en compte. Et cela n’est pas que vœu pieux. Le terme essencerie ne figure-t-il pas aujourd’hui au dictionnaire français quand bien même les académiciens préciseraient qu’il est en usage au Sénégal?

Autant le lui dire d’entrée de jeu : notre réflexion de ce jour vise à rendre compte au lecteur de notre intention d’entreprendre une démarche en direction de Madame le Secrétaire Perpétuel de l’Académie Française pour lui suggérer de bien vouloir étudier la possibilité d’insérer dans le dictionnaire français le terme ‘’implomatie’’ en approche du traitement des relations politiques à l’intérieur des pays qui, dans notre entendement , devrait faire pendant à celui de diplomatie en approche des relations internationales compte tenu de la similitude des moyens utilisés pour les mettre en action tout en se différenciant au niveau des acteurs. Nous exposons notre argumentaire ci-dessous ; il nous importe cependant d’anticiper les questionnements du lecteur qui pourrait se demander du reste, à juste titre, pourquoi ne pas se contenter de faire notre proposition au gouvernement ou à l’Académie Nationale des Sciences Arts et Lettres ou même au Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération.

La raison et le choix de la saisine de l’Académie française

L’Académie Française est une institution qui, après tout, défend la langue ainsi que les valeurs de l’Hexagone auprès d’environ 300 millions de locuteurs répartis sur tous les continents dont 212 millions font un usage quotidien du français. Et il n’est pas superflu de rappeler que l’espace francophone africain utilise le français, tout à la fois, comme langue de première socialisation, d’usage courant, de travail et d’enseignement. Son influence sur les mentalités de l’espace qu’elle dessert, au rang duquel figure notre pays, est alors si décisive qu’elle autorise ceux qui la pratiquent à appeler l’attention de l’Académie sur les effets induits d’un mot en certaines approches ou sur la nécessité d’en créer, le cas échéant. Et la proposition que nous lui faisons s’inscrit justement dans l’ensemble de l’espace francophone que ne peut atteindre ni le gouvernement ni l’Académie Nationale des Sciences, Arts et Lettres ni notre Ministère des Affaires Etrangères. Au reste, l’Académie Française est censée refléter l’adaptation de la langue à l’évolution des sociétés qui l’utilisent. En cela, nous recourons à la mémoire du Cardinal de Richelieu qui, en confiant la défense de la langue française aux « Immortels », leur demandait, tout à la fois, de la ‘’ normaliser’’ mais aussi de la ‘’réformer ‘’.

Il nous plait, par ailleurs, de rassurer le lecteur en lui rappelant que nous avons maintenant l’habitude de l’Académie Française pour avoir déjà pris langue avec sa Commission du dictionnaire le 25 octobre 2020. Nous lui adressions alors une requête en bonne et due forme portant proposition alternative à la locution nominale ‘’ femme sexe faible’’ en lui suggérant son remplacement par ‘’femme source de vie’’. Nous nous étions fait le devoir citoyen d’en adresser copie aux autorités ministérielles que nous pensions pouvoir être intéressées par notre démarche. Nous avions tout au moins reçu la réaction de l’Académie Française le 6 Janvier 2021, et en sommes confortés, aimant à espérer que notre proposition fera son petit bout de chemin nous fondant sur la réponse qui nous a été faite. Nous venons d’en adresser également copie à Madame la Directrice de l’Institut de la Femme en la priant de bien vouloir en saisir les autorités nationales qu’elle jugera nécessaire de contacter ; nous avons fait de même en direction de l’Académie Nationale ; et pour cause. Un Etat peut moduler la perception qu’à l’Académie Française d’un mot sur les réalités et les aspirations de son peuple. Il est vrai cependant qu’il ne peut en créer et en espérer une audience internationale si ce n’est par le biais du dictionnaire.

L’étroitesse du terme diplomatie

Tout esprit éclairé à l’instar de celui encore dans les liens de ne pouvoir en cerner la substance a, au cours de son existence, entendu parler de diplomatie. En tant que matière, elle est l’ensemble des relations entre les Etats et la manière de les conduire ; le préfixe ‘’ di ‘’ signifiant deux parties. En la spécifiant, l’on y distingue la diplomatie bilatérale à savoir les relations entre deux Etats et la diplomatie multilatérale qui embrasse plusieurs Etats ; c’est en l’occurrence celle qui se pratique dans les organisations internationales et qui concerne les affaires politiques à portée internationale et mondiale. Le but de cette matière, c’est la recherche du maintien des bonnes relations entre les Etats afin que rien de fâcheux ne vienne les perturber, mais c’est aussi de parvenir à une entente sur des points de vue divergents sur un problème déterminé. En tout état de cause, la diplomatie a la particularité d’être définie et généralement conduite par les Exécutifs des pays.

L’on parvient à ces objectifs par la négociation directe entre les Etats concernés, mais aussi par la médiation au cas où les parties en cause ne souhaiteraient pas avoir un contact direct à priori et que leurs positions respectives sont si tranchées qu’elles nécessitent l’entremise d’une tierce personne acceptée des deux parties pour les rapprocher. Le médiateur procède alors à des consultations et fait la navette entre les deux parties jusqu’à ce qu’elles-mêmes parviennent à un compromis sur le problème qui les oppose en se faisant des concessions mutuelles.

Tout cela se passe entre Etats ; aussi le terme diplomatie revêt-il d’office une connotation toute étrangère. Et c’est là que réside son étroitesse par rapport à la gestion globale des affaires publiques. Au demeurant, c’est en raison de cela que chaque pays a son Ministère des Affaires Etrangères chargé de créer, de maintenir et d’entretenir de bonnes relations avec les pays étrangers et de présenter au monde une bonne image de son pays. Mais – et cela est une lapalissade- il n’y a pas qu’avec l’étranger qu’un Etat a des relations qui, de surcroît, méritent qu’on leur consacre un terme particulier, en l’occurrence la diplomatie. Ce qui se passe à l’intérieur des pays en vue de la concorde entre les gens est tout aussi important et mérite également qu’on l’identifie de manière spécifique.

La justification du terme implomatie

Nous rappelons à toutes fins utiles que le préfixe ‘’ in ‘’ s’orthographiant des fois ‘’im’’signifie ‘’à l’intérieur’’. Par implomatie nous signifions alors les contacts politiques à l’intérieur d’un pays pour résoudre les problèmes de gestion des affaires publiques utilisant pratiquement les mêmes techniques qu’en situation diplomatique telles qu’exposées ci- dessus.

Dans la conduite de la gestion des affaires internes de la France, le Président Hollande n’a-t-pas inauguré des réunions de travail avec les partenaires sociaux à chaque fois qu’il s’agit de prendre une décision à grand impact social ? Cette démarche procède administrativement du dialogue social pour une gestion concertée des affaires publiques et politiquement de l’esprit de démocratie et de concertation. Une bonne politique intérieure nous parait tributaire de cette façon de procéder sans préjudice toutefois des prérogatives de l’Assemblée Nationale. La procédure est si axiale dans la gestion des affaires publiques qu’elle mérite un nom : celui d’implomatie, d’autant que sans une bonne gouvernance, un Etat ne peut se vendre avantageusement à l’étranger par la voie de son Ministre des Affaires Etrangères, mais aussi celle de ses ambassadeurs ni prétendre à une bonne diplomatie dans l’arène politique internationale. L’implomatie ne devra donc pas être confondue avec la politique intérieure ; c’est elle qui, par la manière dont elle permet de traiter les affaires intérieures, conditionne, prépare et détermine la politique intérieure.

Nous avons connu naguère, des crises qui ont failli nous précipiter dans l’abîme parce qu’il n’y avait aucune structure tampon entre les antagonistes. Nos hommes d’affaires étaient alors ouvertement en délicatesse avec le Chef de l’Etat, le Président Boni Yayi ; c’était en 2015 à l’occasion du débat sur le partenariat public-privé où ils avaient posé la question préalable de l’assainissement de leurs relations avec l’Etat. La situation était si tendue et le face-à-face si pénible qu’ils avaient dû faire appel à une personnalité du monde des affaires, venue depuis Dakar, pour leur prêter main-forte et conduire la mission de bons offices qui devait rencontrer le Chef de l’Etat. Elle n’était pas un diplomate et elle n’était pas l’envoyé du gouvernement sénégalais. Et pourtant, elle s’était déplacée pour aider à résoudre un problème intérieur à un pays étranger en utilisant la technique diplomatique de la médiation. La démarche est originale et mérite d’être prise en compte par la Science Politique contemporaine. Elle requiert le qualificatif d’implomatique.

Il peut arriver que l’Exécutif soit amené à entreprendre des pourparlers avec le Législatif pour harmoniser leurs points de vue sur un sujet d’intérêt national déterminé. Pour y parvenir, il commet un Ministre qui fait la navette entre les deux institutions tout comme en situation diplomatique, cependant que les contacts ne peuvent relever formellement de la diplomatie puisqu’ils n’impliquent pas deux Etats. Nous classerions volontiers cette sorte de contacts au rang de l’implomatie. Peut-être est-il opportun de se remémorer que naguère existait dans l’ossature gouvernementale de notre pays, un Ministère chargé des relations avec le Parlement ; c’était déjà de l’implomatie qui ne portait pas son nom.

 Nous n’oublierons pas de sitôt, la crise politique qui avait failli emporter l’unité nationale, avec à la clé, les vicissitudes de la LEPI et, en filigrane, les modalités de l’élection présidentielle. Nous écrivions alors en cette année 2012 : « Les protagonistes étaient livrés à eux-mêmes tout simplement, sans aucune force-tampon et nous avions la nette impression d’aller à la dérive. Notre médiateur n’ayant qu’une compétence administrative ne pouvait interférer pour concilier les parties. Alors, dans la panique, tout le monde s’y était mis, à l’abracadabra et pêle-mêle. L’Eglise, bien que nous soyons un Etat laïc ; les anciens Chefs d’Etat Emile Derlin Zinsou et Nicéphore Dieudonné Soglo, avec une série de réunions et de concertations politiques ; les Sages aussi, et j’en omets certainement. Tout ce monde s’était porté au chevet de l’Etat parce qu’aucune institution officielle n’était prévue pour faire face à pareille situation. Véritable désordre diplomatique à l’interne, reflétant la panique qui s’était emparée de la société entière ». Véritable désordre diplomatique à l’interne, écrivions-nous alors ne disposant d’aucun terme technique pour qualifier la situation. Aujourd’hui nous classerions toutes ces démarches au rang de l’implomatie bien qu’ayant été brouillonnes.

Nos conclusions

Nous convenons, en définitive, que le terme puisse surprendre au premier abord, habitués que nous sommes à ne parler et à n’entendre parler que de diplomatie. Notre ouï et notre esprit s’en sont si bien accoutumés qu’il ne sera pas aisé de les en divertir. Mais il cerne une réalité technique spécifique et il convient d’en tenir compte. Manifestement, c’est la bonne gestion des affaires intérieures qui, à bien d’égards, conditionne une bonne diplomatie et il n’est pas logique d’avoir un terme si mondialement connu et sur toutes les lèvres pour définir les relations internationales en laissant dans l’ombre ce qui y contribue amplement à savoir le traitement des affaires intérieures. L’on devrait revêtir ce traitement de la même noblesse que celui réservé au traitement des affaires internationales qui en sont issues et en sont le reflet finalement. Nous pourrions alors définir l’implomatie comme l’administration consensuelle des affaires publiques nationales avec les techniques de la diplomatie classique. Nous rendrons compte de notre projet de saisine de l’Académie Française, à notre Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération, d’autant que tout bien pesé, il est concerné de quelque manière. Peut-être pourrait-il nous prodiguer ses conseils pour y procéder avec les meilleures chances de succès, car nous inscrivons notre démarche, tout comme celle concernant l’émancipation des femmes, dans le cadre du réveil africain, mais aussi des innovations culturelles du programme d’action du gouvernement.

                                               Ambassadeur Candide Ahouansou

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