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Le triomphe de la vérité

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Opinion de Jean-Pierre A. EDON, spécialiste des questions internationales: Retour des trésors royaux, promotion culturelle et touristique


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Jean-Pierre A. EDON, Ambassadeur, spécialiste des questions internationale

Dans une réflexion, l’Ambassadeur Jean-Pierre EDON s’est prononcé sur les vastes projets entrepris par le gouvernement dans le domaine de la promotion de la culture et de la destination Bénin. Pour lui, l’exposition des œuvres royales restituées est un fait historique et culturel éminent, un évènement spécial et un acte patriotique. Il a salué l’organisation réussie de cette exposition qui a suscité d’engouement et une fréquentation de plus 200.000 visiteurs. A le croire, l’initiative de l’érection de la statue de l’Amazone, est salutaire et digne de félicitations. Car elle immortalise la mémoire des amazones dont l’expérience est une marque et une pratique typiquement béninoises.

L’évènement ayant marqué l’actualité durant ces derniers mois demeure le retour et l’exposition des œuvres royales restituées, un fait historique et culturel éminent. C’est une action importante sans précédent depuis l’indépendance du Bénin, il y a plus de soixante ans, et participe de la valorisation de notre histoire tout en contribuant à la promotion de la culture béninoise.

Exposition des œuvres royales et de l’art contemporain

Très peu de Béninois savaient qu’à la suite de la victoire de l’armée française sur les combattants dahoméens pendant la colonisation, de nombreuses œuvres royales ont été transférées en France. Leur retour aujourd’hui est une découverte pour les uns, une source d’inspiration pour les autres. L’engouement qu’a suscité leur exposition entrainant plus de 200.000 visiteurs en trois mois d’ouverture, est la preuve éloquente de la satisfaction et de la fierté de la population. C’est un acte de grande portée nationale qui justifie la décision gouvernementale relative à son ouverture de nouveau pendant 45 jours à partir du 15 Juillet prochain, en vue de satisfaire les doléances de nombreux Béninois de l’intérieur comme de l’extérieur.

Les 26 œuvres d’art restituées avaient chacune son histoire et son caractère culturel permettant de se faire une idée sur l’organisation et la puissance du royaume dirigé par des souverains dignes, patriotes et foncièrement hostiles à la colonisation et à la domination étrangère.

A voir ces œuvres, on est impressionné par la qualité de la conservation alors que leur départ de leur milieu naturel remonte à plus d’un siècle. Le degré et la qualité de cette conservation doit pouvoir se maintenir au Bénin. A ce niveau il n’y a pas d’inquiétude lorsqu’on voit les conditions et les précautions techniques prises pour l’exposition dans deux salles du palais. Le musée qui sera la destination finale s’inspirera certainement des mêmes dispositions pour éviter leur probable altération.

Une autre observation qu’il convient de faire, est la qualité artistique de ces œuvres à cette époque. La conception des trônes des rois Guézo et Glèlè, les bas-reliefs, la qualité du bois utilisé etc…, témoignent du niveau appréciable du génie des artisans. On en déduit que sans la colonisation qui est venue tout remettre en cause, cette ingéniosité aurait beaucoup évolué. Ce qui est admirable et agréablement surprenant, est que ces artisans n’ont fait, ni les écoles des Beaux-arts, ni suivi aucune formation architecturale. Cependant  ils maitrisaient les techniques en la matière, surtout les théories de la géométrie et de la symétrie, entre autres.

Aujourd’hui encore, nombreux sont les artistes béninois naturellement doués qui n’ont rien à envier des collègues sortis des écoles spécialisées. Des concepteurs des 106 œuvres d’art contemporain exposées à côté des trésors royaux, figurent ces deux types d’artisans.

C’est le moment de saluer l’initiative consistant à valoriser les œuvres royales anciennes, en les accompagnant de l’exposition des œuvres contemporaines, ce qui a permis de constater que l’ingéniosité artistique du passé, se manifeste encore de nos jours d’une manière moderne, conforme à l’évolution culturelle, aux goûts du public national et étranger. A ce titre la dénomination de l’exposition a été bien trouvée : « Art du Benin d’hier et d’aujourd’hui : de la restitution à la révélation ».

La statue de l’Amazone et l’ancien mémorial

La combinaison des deux types d’art est une opération de markéting de grande valeur touristique, comme le monument érigé à la mémoire et en hommage aux Amazones derrière le palais présidentiel. L’histoire des femmes guerrières du Dahomey, atteste de ce que la défense du royaume n’était pas seulement l’affaire des hommes, mais aussi celle des femmes. C’est donc juste qu’un monument impressionnant soit érigé pour immortaliser leur mémoire, bravoure, témérité salutaire et opportune.

Ce qui compte, ce n’est pas la personne que représente cette statue, mais plutôt le symbole et l’hommage à ces dignes femmes guerrières. Elles ont marqué l’histoire et fait du Benin, le seul pays ayant connu cette expérience en Afrique. On peut considérer que cette statue honore de fait la mémoire de la créatrice de l’armée des amazones, à savoir la Reine Tassi Hangbe qui a régné de 1708 à 1711, à la mort de son frère Akaba, d’après le récit des historiens béninois.

L’initiative de l’érection de cette statue est salutaire et digne de félicitations, car elle immortalise la mémoire des amazones dont l’expérience est une marque et une pratique typiquement béninoises. On aurait dû le faire plus tôt au lendemain de l’indépendance, compte tenu de son originalité. Il s’avère necessaire de savoir défendre et mettre en valeur tout ce qui caractérise notre pays, notamment ses valeurs culturelles et touristiques.

 Il fut un temps par exemple, un pays voisin, constatant que le Benin ne savait pas vendre la richesse touristique que constitue Ganvié, s’était permis de faire, à l’attention des touristes étrangers, la publicité sur les mérites et la spécificité de ce village lacustre, comme s’il était sur son territoire. Cette situation ambiguë répond à l’idée que << la nature a horreur du vide>>. Elle permet dans le cas d’espèce, de se convaincre de l’opportunité et de la nécessité de cette statue Amazone.

Sur le site où elle est érigée, il y avait un autre monument symbolisant l’histoire de l’esclavage,’’ le Mémorial de la réconciliation’’. Il est souhaitable que ce mémorial à valeur historique et touristique, soit reconstruit sur le même site, ou dans le pire des cas, ailleurs à la plage, avec une nouvelle architecture plus esthétique, significative et imposante.

 Cela permettra aux touristes Noirs Américains qui avaient l’habitude de le visiter, de continuer à le faire pour se ressourcer à travers leurs racines. Les touristes feront ainsi d’une pierre, deux coups en visitant à la fois le mémorial et le monument de l’Amazone. On pourrait aussi y installer une buvette servant des ‘’fast food’’ nationaux pour permettre aux visiteurs d’étancher leur soif, en écoutant les variétés musicales locales ainsi que les chansons de combat des amazones.

La musique, un autre élément de la culture

La culture comprenant plusieurs facettes, l’occasion parait propice pour faire référence à l’une de ces composantes, à savoir la musique. La musique béninoise est riche, talentueuse et variée, mais très peu connue à l’extérieur. On aurait dû en son temps soutenir le ‘’Tchink système’’ du feu Stan Tohon et en faire une marque béninoise.

Malheureusement, ni l’Etat, ni les vedettes de la chanson n’ont su soutenir cette création valorisant un rythme traditionnel modernisé. Après la mort de son créateur, on en parle même plus. Toutefois, par la volonté artistique, cela peut encore être rattrapé. On aurait ainsi le Tchink system au Benin, comme le ‘’Zoblazo’’ en Côte-d’Ivoire, la Rumba au Congo, le juju music au Nigéria.

La copie ou l’imitation de la musique d’ailleurs par nos artistes, contribue à la promotion du rythme étranger, et non au nôtre. Mieux, quelle que soit la qualité de l’imitation d’un air musical étranger, elle ne saurait égaler l’original.

Le fonds de soutien à la culture mis en place depuis quelques années, autrefois appelé le milliard culturel devenu plus tard plusieurs milliards, devrait contribuer à la promotion de cette facette de notre culture, et tenir compte de ce que pour le moment, la musique ne nourrit pas son homme au Benin. Partout où la musique tranche, comme au Nigeria, en Côte d’Ivoire et en RDC, les acteurs de cet art bénéficient, soit du soutien de l’Etat, soit de celui des sponsors de tous genres, ou des deux à la fois.

Le cas le plus éloquent est celui des musiciens comme Franco, Rochereau, Nico et autres qui ont largement profité de la générosité de l’Etat et des largesses du président Mobutu à titre personnel, en son temps. Il est notoire et évident que la jouissance des conditions matérielles favorables, par les artistes, favorise l’éclosion de leur génie et talent culturel.

La promotion de la culture est aussi l’œuvre des médias nationaux. A ce jour, à notre avis, la télévision EDEN TV s’est faite remarquer par la grande grille de son programme consacrée à la musique nationale, tant traditionnelle que moderne. La chaine nationale, l’ORTB prêche l’exemple dans ce domaine mais d’une façon insuffisante et superficielle. Or si les médias nationaux ne valorisent pas notre culture, en l’occurrence la musique, ce ne sont pas les organes de presse étrangers qui le feront.

Ce qui vient d’être dit de la musique est valable pour les autres composantes de notre culture, un élément important de l’identité et du patrimoine culturel. Celui-ci comprend, en effet, les traditions ou les expressions vivantes héritées des ancêtres et transmises aux descendants, comme les traditions orales, les arts, le spectacle, les pratiques sociales, les rituels, les évènements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers etc…

Il est généralement admis que la culture est un facteur du progrès économique et social.  Le retour des œuvres royales, évènement spécial et un acte patriotique libérant les énergies de la créativité, rentre dans ce cadre. Il est communément reconnu que le développement du Japon, de la Chine, de l’Inde et autres pays asiatiques, est essentiellement favorisé par la conservation de leur culture. Ailleurs les valeurs culturelles ont malheureusement souffert de léthargie ou de quasi extinction, du fait des aléas de l’histoire. C’est le cas des pays en développement qui peinent aujourd’hui à réhabiliter leur culture.

En Afrique surtout francophone, la colonisation a rendu une grande tranche de la population, en particulier les cadres et intellectuels, culturellement aliénés ; cet état de chose nous amène, entre autres, à préférer aux produits locaux, ceux en provenance de l’extérieur, ce qui a un impact sur l’esprit de créativité et d’invention technologique, de même que sur la balance des paiements.

Mais après plus de soixante ans d’indépendance, les rectifications nécessaires devraient être faites. Car un homme ou un pays qui perd sa culture ou son histoire, est comme un zèbre sans rayures. Il est alors condamné à être dominé par d’autres cultures et civilisations. Du coup, c’est la perte de l’identité, ce qui est déplorable, grave. L’identité est d’une importance vitale en ce sens qu’elle « permet de définir socialement l’individu et de le situer dans la société en fonction de ses appartenances qui sont rarement neutres ».

Toutefois, la précaution à prendre pour que notre culture participe réellement au développement et rayonne à travers le monde, est de la débarrasser des aspects négatifs impropres au bienêtre, à l’épanouissement social de l’homme, toutes choses qui sont de nature à entraver la paix du cœur, le progrès et l’innovation. Il y a lieu de mettre surtout en exergue son aspect purement culturel, festif et identitaire.

Avec la restitution des œuvres royales, on peut nourrir l’espoir que l’histoire et la culture du Benin seront réécrites, restaurées en vue de servir de base à la promotion du tourisme qui dans un pays comme l’Afrique du Sud, passe pour être la deuxième source de revenus après les mines (or, diamant et autres minerais). Il n’y a pas de doute que grâce à l’option et la vision du gouvernement, le tourisme au Benin connaitra un avenir promettant, de même que la culture. Le souhait des Béninois, du reste , en adéquation avec celui du chef de l’Etat, est que la restitution des premiers vingt-six trésors royaux, se poursuive par celle de nombreux autres chefs- d’œuvres culturels et artistiques qui sont encore exposés dans les galeries et officines de l’ancienne puissance coloniale.

Jean-Pierre A. EDON

Ambassadeur, spécialiste des questions internationales.

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