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Le triomphe de la vérité

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Edito: Les reconversions professionnelles


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Il y a cet avocat qui a décidé de tout laisser tomber. Aujourd’hui, il ne plaide plus dans les cours et tribunaux, mais sa vie à Cotonou n’en est pas plus misérable pour autant. Il y a cet autre, médecin formé ici, qui a tranquillement débranché pour créer une start-up qui fait son petit bonhomme de chemin. Il y a aussi cet enseignant de mathématique qui a fait son bilan et décidé un jour de se lancer dans le business. Aujourd’hui, il dirige l’une des plus grandes entreprises de BTP au Bénin. Nous avons tous peur des reconversions professionnelles. Les incertitudes qui les accompagnent ont de quoi inhiber nos élans. Mais dans nombre de cas, il suffit du courage de dire non, pour que tout change.

Bien sûr, il y a ceux qui tentent et qui échouent. Cet ami qui voulait franchement quitter son métier qu’il exerçait depuis une vingtaine d’années. Il s’inscrit au cycle II de l’ENAM pour faire Gestion des ressources humaines. Il fait les stages qu’il faut, mais ne trouve jamais de débouché. Mais il est vrai qu’il n’avait jamais eu le courage qu’il fallait : quitter son ancien métier pour se lancer à corps perdu. Les demi-mesures, la peur atavique du lendemain, les charges familiales qui n’attendent pas, ont eu raison de sa détermination. Plusieurs années plus tard, rien n’a vraiment bougé. Il prépare sa retraite dans un métier qu’il hait plus que jamais. Comme lui, j’avais personnellement tenté une reconversion par révolte contre le système. Même si j’ai réussi à changer définitivement, les gains financiers ne sont pas au rendez-vous. Ce n’était pas mon objectif de départ. Il fallait y penser, peut-être. Et je connais cet employé d’une grande société de production de lait et de yaourt ici à Cotonou qui a été encouragé par son grand-frère à quitter son petit salaire pour devenir ingénieur agricole, alors qu’il avait déjà fondé sa famille. Pour passer ce cap avec succès, que de sacrifices pour son épouse et ses enfants, pendant cinq ans !

L’écrivain Malcolm Gladwell a rendu populaire l’idée qu’il faut 10.000 heures  de travail pour être un expert absolu de classe mondiale dans son domaine d’activité. Bien sûr, il n’y a pas d’ascension sans guide. Apprendre un métier quand on a dépassé l’âge des classes, ne saurait se faire comme si on avait 20 ans. Il faut un mentor à tout prix et renoncer à sa zone de confort, ou plus exactement être prêt à affronter ses propres erreurs et à les envisager comme un enfant en situation de classe. Il y a quelques années, un groupe de recherche de la Johns Hopkins University  et de la Rochester Medical Center (à l’université de Rochester), a publié un rapport encourageant à cet égard. Cette étude disait qu’en réalité on peut maitriser n’importe quel savoir à n’importe quel âge, à condition de respecter ces petites choses qui installent de nouveaux savoirs.

Ce n’est donc pas impossible de changer de métier, même lorsque l’on est proche de la retraite. J’ai un ami économiste qui, actuellement à presque 60 ans, s’est inscrit dans une prestigieuse université pour faire les data sciences, histoire d’occuper sa retraite. Quand je vois son enthousiasme à apprendre de nouvelles choses, je n’ai pas de doute qu’il réussira à acquérir les compétences nécessaires à sa reconversion.

Dans la plupart des cas, la volonté et la détermination ne suffisent pas. Dans les pays développés, il existe des passerelles permettant ces mobilités sociales sans trop de casse. Mais chez nous où les charges familiales pèsent le plus souvent sur une seule épaule, quitter le confort de son travail pour embrasser de nouveaux horizons apparait généralement comme un saut dans l’inconnu. Surtout qu’à partir d’un certain âge les dépenses de scolarité des enfants commencent  à peser lourd sur le budget des couples. Une vocation agricole qui nait sur le tard, une passion pour le théâtre ou le cinéma, une attirance pour le stylisme ou l’événementiel, tout cela demande de nouvelles compétences, de nouvelles formations, une remise en cause parfois radicale de ses anciennes connaissances et même de son mode de vie.

C’est la peur d’affronter l’inconnu qui nous fait avaler nos rêves.  Mais il faut se convaincre de ceci : les mauvais choix de métier du passé sont aujourd’hui plus faciles à corriger qu’il y a vingt ans.

Par Olivier ALLOCHEME

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