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Le triomphe de la vérité

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Edito: Il faut arrêter ça !


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Si vous travaillez même un mois dans n’importe quelle structure reconnue, la loi impose à votre employeur de payer vos cotisations sociales. Parmi ces cotisations figure la retraite. Si donc un député a pu siéger même un mois à l’Assemblée nationale, la loi impose à cette institution de prélever sur son salaire mensuel un pourcentage précis qui est reversé chaque mois à la sécurité sociale au titre de sa pension de retraite. C’est obligatoire et ne pas le faire est même puni par la loi votée justement par les mêmes députés. D’où vient-il alors qu’une proposition de loi portée par un quarteron de députés tente de faire voter une loi spécifique obligeant le parlement à verser aux anciens députés une pension de retraite ? Que nous cache-t-on ?

Cette proposition de loi annoncée pour figurer dans le lot des lois à voter au cours de la session parlementaire lancée la semaine dernière, commence à inquiéter certains députés. En conclave ce week-end, certains ont effectivement dénoncé une manœuvre malsaine qui risque d’aggraver l’impopularité du parlement. Nous sommes dans un pays où les députés gagnent au moins 4 millions par mois, c’est-à-dire 100 fois le SMIG ! C’est-à-dire aussi que chaque député gagne en un mois, ce qu’un Béninois payé au SMIG gagne en 10 ans de travail. Malgré cet écart vertigineux, il faut encore qu’on utilise l’argent de chacun de nous pour lui payer une pension confortable une fois qu’il aura cessé d’être député. Un peu comme si pendant sa ou ses mandatures, il n’avait pas reçu un salaire suffisant à cet effet.

Derrière cette goinfrerie immonde se dresse la vaste escroquerie des salaires politiques dans notre pays. Pour le moment, aucun   débat public sérieux ne se mène à ce sujet. Mais il est évident que tôt ou tard les Béninois finiront par mettre un frein à l’appétit vorace des acteurs politiques. Pour la plupart, ceux-ci se croient au-dessus de la masse et se taillent des salaires aussi mirobolants que ténébreux. Un jour vient, et il n’est pas loin, où chaque Béninois saura ce que gagnent les Présidents des institutions de la République et  leurs membres.

Nous sommes dans une république inégalitaire. Pour le moment les Béninois s’en accommodent, convaincus que dans le pays il y a des citoyens de seconde zone, des sous-hommes en définitive, et les vrais citoyens, les vrais hommes ayant tous les privilèges de la République. Les premiers sont taillables et corvéables à merci, les seconds bénéficient de tous les passe-droits imaginables. Pour le moment, voilà le tableau social de notre pays. Il est illusoire de penser qu’il pourra perdurer, avec l’aggravation de la pauvreté et des inégalités en tout genre. Mais il est justement du rôle d’un parlement de freiner ces inégalités pour donner du sens aux sacrifices que l’on demande à ceux qui n’ont pas droit aux ors de la République. Ceux à qui l’on demande parfois de fermer les yeux sur leur confort personnel pour que les Béninois soient bien formés, bien soignés, sécurisés. A ces soldats qui se font tuer dans la Pendjari pour défendre notre paix à nous, ces médecins qui veillent la nuit pour nous soigner, pendant que la grande majorité des gens sont dans leurs lits, ces policiers qui exposent leurs poitrines aux balles des malfrats afin que nous soyons en sécurité.

Pendant que l’on demande des sacrifices aux paysans qui doivent labourer toute l’année  pour des revenus médiocres et sans jamais se révolter, l’on ajoute du chocolat et de la margarine à ceux qui ont déjà le beurre et l’argent du beurre. Il y a un écœurement légitime qui vous étreint face à tant d’arrogance et d’injustice légalisée. Parce qu’en définitive, il y en a dans le pays qui ne se conçoivent de rôle que celui de la cueillette sur des terres qu’ils n’ont jamais labourées. Il faut que ça cesse. Il y a une limite à l’indécence : elle s’appelle l’avenir. Car, quand nous aurons créé une société d’arrogance et de pillage,  que resterait-il à ceux qui n’ont en partage que leurs souffrances ? La révolte, qu’elle soit active ou passive. L’indécence des acteurs politiques sème les germes de la sourde révolte individuelle et collective d’où explosent les révolutions sanglantes.

Par Olivier ALLOCHEME

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