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Le triomphe de la vérité

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Réflexion sur la guerre Russo-Ukhrainienne: L’Abassadeur Jean-Pierre Edon appelle au soulagement des populations ukrainiennes


L’Abassadeur Jean-Pierre Edon

34jours de l’invasion russe en Ukraine. Le pays de Volodimyr Zelensky fonce davantage dans l’abîme  au regard des frappes russes qui pleuvent sur les villes comme Marioupol, Kiev, Lviv. D’après les chiffres annoncés par les Nations-Unies, plus de 3,5 millions de personnes ont déjà quitté le pays et d’autres, piégés dans les villes bombardées comme Marioupol. Un véritable désastre qui continue d’inquiéter  le diplomate béninois,  Jean-Pierre Edon. Dans sa nouvelle analyse de la situation, le spécialiste des questions politiques internationales compte sur l’humilité des dirigeants occidentaux. Il espère que les pourparlers entre les deux parties aboutissent à des résultats concrets visant à soulager les peines des populations.

                 LA DANGEROSITE ET GRAVITE DE L’EGOISME DE L’HOMME EN UKRAINE

La guerre en Ukraine vient de franchir le cap d’un mois. En la déclarant, les Autorités russes pensaient en finir en quelques jours. Mais sur le terrain, la situation est différente et contredit les plans et projections de l’état-major militaire. Les dégâts causés par la guerre sont énormes et la souffrance de la population dépasse l’entendement. Pourquoi l’on est resté presque insensible à ce drame dans le sens d’un compromis immédiat rétablissant la paix et la quiétude des habitants ?

Le fil conducteur qui sous-tend cette tragédie n’est rien d’autre que l’égoïsme de l’homme, un sentiment dangereux, engendrant souvent des situations malheureuses et pénibles, comme celle en cours en Ukraine.

Depuis plus d’un mois le monde assiste comme impuissant à cette tragédie. Aucune guerre n’est bonne, ni juste, ni souhaitable dans la mesure où elle entraine la destruction humaine, et en quelques minutes, celle des infrastructures dont la réalisation a duré plusieurs années et nécessité de gros investissements financiers.

Depuis lors, le déplacement des populations est impressionnant. D’après le Haut-commissariat pour les Réfugiés de l’ONU, en trois semaines, plus de trois millions d’Ukrainiens ont quitté le pays, dont la moitié environ est constituée d’enfants. L’UNICEF estime que depuis la deuxième guerre mondiale, le monde n’a pas connu autant d’enfants déplacés. Dans leur fuite à la recherche de la sécurité dans les pays voisins, des milliers de personnes s’amassent dans les gares, en se bousculant pour prendre des trains dont la capacité d’accueil ne dépasse pas 300 à 400 places.

Qu’ont-ils fait ces Ukrainiens innocents pour mériter ce sort ? Ils n’ont pas participé à la prise des décisions gouvernementales qui ont entrainé l’invasion de leur pays. Et c’est eux qui en subissent aujourd’hui les conséquences, pendant que les   politiciens, auteurs de ce triste spectacle, bénéficient d’un arsenal de sécurité solide.

Les effets négatifs de ce conflit ne se limitent pas seulement en Ukraine, ils sont ressentis partout dans le monde avec la flambée des prix des marchandises de tous genres, notamment les produits alimentaires de première nécessité, ainsi que ceux de l’Energie et des hydrocarbures.

Il se pose alors la question de savoir ce que font les puissants de ce monde face à ce drame. Tout se passe comme si aucune leçon n’a été tirée des guerres qu’avaient connues notre planète par le passé, en particulier les deux dernières guerres mondiales.

En général, on sépare deux adversaires qui s’affrontent. Dans le cas d’espèce, c’est le contraire qui se produit. Au lieu d’amener les belligérants à se parler pour trouver un terrain d’entente qui rétablit la paix sans délai, on soutient et encourage plutôt un camp contre l’autre, ce qui ressemble à une guerre par procuration.

Des pays nantis, susceptibles de faire la médiation en leur qualité de défenseurs des droits de l’homme et de la paix, prennent ouvertement partie. Aussi assistons-nous à l’envoi à l’Ukraine par ces pays devenus co-belligérants, des quantités énormes d’armes, des secours financiers. A titre d’exemple, les Etats-Unis ont décidé de l’augmentation de leur aide militaire aux forces armées ukrainiennes, de même qu’une aide humanitaire de l’ordre d’un milliard de dollars. De son côté, l’Union Européenne a décidé le 27 Février du déblocage de 450 millions d’Euros comme aide militaire à Kiev. D’autres mesures du même genre suivront.

A ceci s’ajoutent les sanctions qui se renforcent chaque jour contre un belligérant, ainsi que le matraquage médiatique visant à former et orienter l’opinion publique internationale vers une vision donnée. Les trois réunions tenues à Bruxelles le 24 Mars 2022, à savoir celle de l’UE, de l’OTAN et du partenariat Union Européenne-Etats-Unis, n’ont fait que renforcer cette position belliqueuse et partiale.

Pendant ce temps, c’est la population ukrainienne qui souffre, court partout à la recherche de sécurité et paix. Cette souffrance ne semble pas sensibiliser les dirigeants ukrainiens qui, par orgueil, jouent au martyr, au lieu de se préoccuper réellement de la recherche de la paix.

L’adoption de cette attitude belliqueuse relève de leur croyance naïve aux soutiens et promesses mielleuses des pays qui les encouragent à maintenir la tension. Le président Zelensky a même découvert une force et une stratégie dans la communication en s’adressant à tour de rôle par visio-conférence aux parlements des pays occidentaux.

L’idée générale développée dans ses discours à ces parlementaires, s’articule autour de la demande d’aide militaire, le renforcement des sanctions contre la Russie et l’éloge de l’héroïsme de son peuple qui quitte pourtant en masses le pays.

Dans ses interventions aux représentations nationales occidentales, n’apparaissent aucunement des propositions concrètes en vue de soulager les peines et souffrances de son peuple, par l’arrêt immédiat de cette escalade.

Au lieu d’étudier avec l’attention requise les causes lointaines et immédiates du conflit que sont l’expansion de l’OTAN vers l’Europe de l’Est, la nazification de l’Ukraine, le développement des laboratoires biologiques dans ce pays, toutes activités et programmes mettant à mal la sécurité du pays voisin, on préfère balayer d’un revers de main ces motifs, que pourtant certaines personnes-ressources occidentales et pas des moindres, commencent par soutenir et défendre.

 Or il est clair que l’Ukraine a commis deux erreurs graves que Moscou ne peut tolérer : l’inscription dans la constitution de l’adhésion imminente du pays à l’OTAN ; la non-application des accords de Minsk qui accordent une autonomie à Donbass, suite au massacre de près de 14.000 Donbassiens en majorité russophones, au cours de la répression violente des forces armées ukrainiennes et des militants de l’extrême droite, contre les séparatistes de cette région en 2014.

Toutefois, quelles que soient les raisons, aucune guerre n’est juste, et une solution à un problème, peut être trouvée dans le dialogue. Malheureusement, par égoïsme et mégalomanie, l’homme opte pour la violence en vue de défendre ses intérêts auxquels il voue un attachement excessif. Or très souvent cette voie est jonchée d’embuches.

Le déroulement de la guerre en Ukraine, hormis les causes connues, est fortement influencé par l’égoïsme de l’homme dans les deux camps, surtout du côté de Kiev qui souffre davantage de cette violence. Les pays qui le soutiennent par tous les moyens en croyant à sa victoire, pourtant hypothétique, sont également animés du même orgueil et suffisance excessive et dangereuse.

Notre conviction, largement partagée par de nombreux observateurs de la scène internationale, est que le retour de la paix entre l’Ukraine et la Russie est à la portée des pays occidentaux. Les sanctions, les pressions et menaces, la co-belligérance, ne constituent la solution. Le règlement efficace et durable de ce conflit se trouve dans l’exploitation maximale de la force de la diplomatie.

Les deux parties en présence, doivent consentir aux concessions pour aboutir vite à la paix. Les pourparlers entamés depuis le mois de Février, bien qu’ils connaissent un enlisement, méritent d’être poursuivis. A ce jour, ils ont permis d’avoir le 18 Mars dernier, un rapprochement des positions sur la question d’un statut de neutralité de l’Ukraine et de son adhésion à l’OTAN. C’est un pas important vers l’entente, une avancée à poursuivre et à renforcer. En effet, la victoire diplomatique est plus sûre et plus viable que la victoire militaire.

Quoique les raisons évoquées par la Russie soient compréhensibles, il est vivement souhaitable que face à la destruction massive en cours en Ukraine et aux souffrances atroces des populations, les Autorités russes envisagent d’autres formes de lutte, comme des discussions avec l’Occident qui est mieux écouté par le président ukrainien. Ce changement de méthode suppose, bien entendu, l’impartialité des pays occidentaux et l’adoption des comportements dignes d’un médiateur dont la force et le sérieux résident dans la neutralité.

Certes, la forte et profonde implication de ces pays dans cette crise, peut à juste titre faire douter du changement de leurs positions.  Toutefois avec la volonté politique, tout est encore possible. Ceci est d’autant plus important que la violence n’engendre que la violence et ne constitue guère une solution durable.

A voir le malheur des Ukrainiens civils qui ne savent plus à quel saint se vouer, quittant massivement leur pays avec seulement un petit sac et des biberons pour bébés, laissant ainsi derrière eux, les biens matériels et financiers, on se rappelle alors cette pensée biblique célèbre :< vanité des vanités, tout est vanité>. La leçon qui s’en dégage est que dans la vie, il faut faire de Dieu sa pierre angulaire au lieu de compter sur l’homme.

En effet, ce qui compte le plus aujourd’hui aux Ukrainiens, ce ne sont pas les biens matériels et financiers, mais plutôt la sauvegarde de leur vie et la paix. Cela confirme la vérité que la vie est plus chère et plus précieuse que tout. Cette approche amène à méditer cette pensée du philosophe Antoine de Rivarol : « Il y a quelque chose de plus haut que l’orgueil, et de plus noble que la vanité, c’est la modestie ; et quelque chose de plus rare que la modestie, c’est la simplicité ».

Si les dirigeants de ce monde pouvaient faire de cette pensée un mode de vie et de gestion de leurs sociétés, l’humanité en sortirait heureuse et paisible, car les guerres deviendraient rares, sinon quasi inexistantes.

Dans le même ordre d’idées, la course aux armements qui a repris de nouveau ces dernières années, doit cesser, si tant que la paix et la sécurité internationale, est un bien précieux à sauvegarder.

La sortie en 2002 des Etats-Unis, du traité ABM qui limitait l’installation des boucliers anti-missiles, est une décision qui ne peut que relancer la course aux armements. A cette époque, la Russie a protesté sans suite, contre cette mesure unilatérale. C’est alors qu’elle s’est lancée dans des recherches pointues pour la mise au point de nouvelles armes sophistiquées, dont une partie, fait l’objet d’expérimentation en Ukraine depuis le 24 Février 2022.

Considérant les dégâts énormes que peut causer l’orgueil de l’homme, il est indiqué que la modestie, l’humilité et l’amour du prochain, soient les facteurs qui orientent les actions humaines sur notre planète. Dans ce contexte, aucun effort ne sera ménagé par tous les acteurs concernés, pour une cessation immédiate de la guerre en Ukraine dont la poursuite dans le temps, risque de troubler gravement la paix et la sécurité mondiale.

EDON A. Jean-Pierre

Ambassadeur, spécialiste des questions internationales.

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