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Le triomphe de la vérité

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Edito: Talon et les arts


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J’ai visité l’exposition sur les trésors royaux. Pour moi qui ai passé une partie de ma vie à étudier et à parler de ces objets, ce ne fut pas une surprise. Ce qui par contre me laisse pantois, c’est ce soin méticuleux à faire de l’exposition un panache mondain de grande envergure. On imagine les milliards qui sont dépensés pour cet événement. On imagine aussi tous les milliards que l’on refuse de dépenser pour relever des secteurs vitaux en crise. Et la question est celle-ci : qui est vraiment Talon ? Le mécène désintéressé, acteur premier d’une exposition mémorielle grandiose ? Ou le capitaliste sans pitié qui est capable de dissoudre des sociétés et offices d’Etat ou d’asphyxier carrément un secteur qui ne rapporte pas de l’argent ?
Prenons le cas typique de l’enseignement supérieur. Je ne compte plus les universitaires qui se plaignent de la propension du Chef de l’Etat à reléguer le secteur au second plan. Lors de la précampagne pour la présidentielle de l’année dernière, les mots de Patrice Talon parlant de bavardage dans nos universités publiques, sont restés comme la confirmation de ce que les universitaires disaient déjà. A savoir que pour lui, les universités devraient servir à la création de richesse. Et à rien d’autre. Dans les faits, cette conception génère des pénuries en tout genre dans nos universités publiques : insuffisance criarde de salles de cours, déficit de simples matériels de bureau (papier, encre, ordinateur de bureau…). Et la cerise sur le gâteau, c’est la pénurie insoutenable d’enseignants, faute de recrutements adéquats. L’université publique ne produisant que pour le bavardage…Curieusement et bien heureusement, sans les bavardages incessants des historiens, et notamment des historiens de l’art, l’exposition du Palais de la Marina n’aurait jamais vu le jour. C’est eux qui en forment même la colonne vertébrale, pour ainsi dire. Vous avez dit bavardage dans les universités ? En voilà une réfutation radicale et définitive.
Car, malgré sa conception très capitaliste, on ne trouvera pas dans notre histoire moderne mécène plus généreux pour nos arts. Patrice Talon a beau être un Chef d’Etat milliardaire, il est très sensible à l’art et à l’esthétique au point d’en faire un jalon essentiel de sa gouvernance. Cela pour une raison simple : c’est un créateur d’émotion qui aime agir sur les symboles. Il exalte le beau, le transcendantal et le majestueux, signes ultimes de la perfection qu’il recherche en tout. L’art est la sublimation de cet idéal de perfection qui git en lui. Il n’est en définitive que le prolongement de ce feu intérieur dont nous voyons les manifestations jusque dans ses actes les plus anodins.
En offrant cette exposition dans sa splendeur la plus éclatante, le Chef de l’Etat ne fait que confirmer ce caractère qui fait sa personnalité. Bien sûr, il s’agit d’une excellente opération de relations publiques, une opération de charme à laquelle le public a cédé volontiers. L’un de mes collègues avec qui j’ai fait ma première visite, ne cessait pas de me seriner dans les oreilles : « Avec ça, la côte de popularité de Talon va monter en flèche. » En plus, l’ouverture du Palais, lieu demeuré mythique pour le grand public, participe à rendre l’homme encore plus extraordinaire aux yeux des Béninois. Le « Talon proche du peuple » n’a jamais été aussi implémenté avec autant de magnificence. C’est de la stratégie tout court.
Pendant que des milliers de visiteurs défilent au Palais, on a du mal à soutenir l’idée d’une gouvernance de capitaliste, celle d’un homme qui ne croit qu’à l’argent et à rien d’autre. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on voit les mesures contre la cherté de la vie prises il y a quelques jours. Vous avez beau soutenir qu’il s’agit de mesurettes sans impact réel sur la vie des populations, il y a un chiffre qui frappe l’esprit : 80 milliards. C’est le montant prévisionnel de ces mesures et ce n’est pas rien. Patrice Talon pouvait bien rester sourd aux cris de détresse de la population, ce qui ne serait que normal face à sa réputation de capitaliste froid.
En réalité, même si l’homme garde des réflexes de calculateur sans pitié pour les petites gens, sa fonction présidentielle l’a obligé à développer un côté humain qu’il n’avait pas en venant au pouvoir.

Par Olivier ALLOCHEME

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