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Le triomphe de la vérité

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Edito: Bandits ou pas ?


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Les terroristes ont perdu d’avance. Ils n’auront jamais le soutien des peuples sur lesquels ils entendent régner. Mais…

Il y a en effet un bémol. Le christianisme et l’islam ont été des religions imposées en Afrique par la guerre et la violence. L’islam ne s’est répandu en Afrique que par le sang des Africains versés durant des siècles de guerre de religion. Samory Touré, El Hadj Omar, Ousmane Dan Fodio, les héros que nous célébrons depuis des décennies, ont construit leurs empires sur la base de la Djihad dans le but de répandre la foi musulmane par la force dans d’autres contrées. Ceux qui se souviennent de leurs leçons d’histoire aux CM2, savent par exemple que l’empire mandingue de Samory Touré  a été conquis par la technique dite de la terre brûlée : il s’agissait de brûler et de raser tous les villages qui refusaient de se soumettre à la foi ramenée d’Arabie par l’empereur. Logiquement, Samory finit par être capturé par les colons français grâce aux dénonciations des peuples que sa guerre martyrisait. Le nom de Samory dans certaines contrées du Nord de la Côte-d’Ivoire continue à être synonyme de terreur et d’horreur. Malgré cela, la religion musulmane qu’il a tentée d’implanter par le sabre, est aujourd’hui dominante dans ces régions. La terreur a fait basculer leur destin.

C’est le même ordre de transformation sur la durée que recherchent les terroristes qui veulent s’emparer du Bénin. En mourant pour leur foi, ils s’attendent à des changements religieux en profondeur que les siècles à venir pourront consolider.  Les terroristes qui tentent  de s’emparer de Tanguiéta ou Matéri dans l’Atacora, savent que la majorité des habitants n’y est pas musulmane. Ce sont des communes à religions majoritairement traditionnelles.  Y imposer l’islam par la terreur constitue une opération vouée à l’échec aujourd’hui. Ce qui compte aux yeux des terroristes, c’est le bénéfice qu’ils en attendent sur les siècles à venir.

La méthode est paradoxale pour ceux qui ont étudié les mouvements révolutionnaires de prise de pouvoir, tout au moins au XXème siècle. Que ce soit Fidel Castro à Cuba, Ho Chi Minh au Vietnam ou même Lénine dans l’ex-URSS (où se trouvait la Russie actuelle), ce qui compte d’abord pour conquérir le pouvoir par la force, c’est l’adhésion du peuple. Vous ne pouvez atteindre aucun changement lorsque votre ascension au pouvoir est faite par la terreur. Les terroristes qui prennent les armes ne veulent pas seulement changer le pouvoir. Ils veulent changer aussi le peuple en lui imposer non pas une religion, mais une conception religieuse spécifique qu’ils estiment pure et authentique.

 En cela, le terrorisme constitue une négation même de la foi qui est adhésion sincère et totale. Je me disais qu’au fond, si ces gens parvenaient à avoir ne serait-ce qu’une partie de la population de leur côté, l’on comprendrait au moins les mobiles des barbaries qu’ils commettent. Mais le mode d’action indiscriminé qu’ils utilisent est contraire à la dynamique du succès d’une action publique : Tuer et massacrer des gens dont le seul tort est d’être là où ils sont.  

Je comprends parfaitement ceux qui refusent mordicus de les appeler djihadistes. Lors d’une interview que j’ai accordée récemment à une chaine algérienne, j’ai été régulièrement interrompu par les journalistes chaque fois que j’utilisais le terme djihadiste. Pour eux, ces illuminés ne portent pas le djihadisme qui serait une action de conquête pacifique des âmes pour l’islam. Seulement que le djihad que l’Afrique a connu depuis quelques siècles et celui qu’elle vit depuis quelques années, est d’abord la brutalité de la terreur.

Pour certains, ces gens ne sont que des bandits cherchant à faire divers trafics sur des terres jadis laissées à l’abandon par les gouvernements, notamment les régions transfrontalières. Mais je ne connais pas de bandit prêt à mourir pour une cause religieuse ou politique. L’extrémisme religieux violent, depuis le retour des moudjahidines d’Afghanistan en Algérie au début des années 90, constitue une variable pertinente pour comprendre comment des individus décident de mourir pour imposer aux autres leur conception de l’islam. Les envisager comme de vulgaires bandits en quête de rentabilité matérielle, c’est méconnaitre les mécanismes de cet engagement militaire.

Le cas du Bénin est encore plus intéressant à cet égard. Si au Mali ou au Burkina, le contrôle exercé sur les zones productrices d’or leur permet d’exploiter ce minerai pour financer la guerre, avec un pays sans ressources minières de grande envergure comme le Bénin, toute guerre menée contre notre pays est une pure perte : une erreur tragique.

Par Olivier ALLOCHEME

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