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Le triomphe de la vérité

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Edito: Menaces sur le palais


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Le régime Talon est-il menacé par un coup d’Etat ? Dans la période confuse de fin janvier dernier marquée par le coup d’Etat au Burkina-Faso (24 janvier) et la tentative de putsch en Guinée-Bissau (1er février), le Chef de l’Etat a cru bon organiser une concertation avec les présidents d’institutions. C’était le 02 février, au lendemain précisément de la tentative sanglante en Guinée-Bissau. Et la réponse des présidents d’institution est claire, comme le disait leur porte-parole, Joseph Djogbénou au sortir de l’audience : « Le pays est sécurisé, le pays fonctionne et le pays est dirigé convenablement. » Sauf que l’audience constitue en elle-même un signe de ce déficit de sérénité qui s’est emparé du palais.

Ce n’est pas pour dire qu’il y a panique à la Marina ! Comme tous les palais présidentiels africains ces dernières semaines, l’inquiétude a gagné les cœurs. Même si l’on y fait semblant de n’être pas concerné, on sait que le mauvais vent des canons n’épargne personne. On pensait que le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embalo avait une certaine popularité dans son pays. Il y a à peine deux ans, il avait réussi à battre le président sortant José Màrio Vaz et s’est imposé au sein de la CEDEAO comme un contestataire. Mais alors on comprend mal le sanglant coup de force qui a failli l’emporter.

Les coups de force militaire sont en train de devenir un effet de mode. Pour peu que quelques officiers soient mécontents, ils réunissent leurs hommes et passent à l’attaque. Peu importe la démocratie dans le pays, la situation économique ou encore le mécontentement populaire. Ce qui les intéresse, c’est la prise du pouvoir comme certains de leurs camarades le font si joyeusement autour de nous. Ils se sentent en effet investis d’un devoir de restauration d’un ordre conforme à leurs perceptions de l’Etat à savoir : quand le régime en place ne vous convient pas, on s’en débarrasse à coup de baïonnette.

Au fond, cette mode qui a fait florès aux premières années des indépendances, ne s’est jamais estompée au Bénin. Le président Soglo avait dû faire face à des tentatives répétées de coup d’Etat, tentatives dont l’une a été convertie en mutinerie au camp Kaba de Natitingou. Mathieu Kérékou avait dû son salut à son aura au sein de l’armée, mais aussi à un renseignement militaire particulièrement efficace. Quant à Yayi Boni, son régime a également affronté au moins deux tentatives de coup d’Etat dont la dernière a impliqué certains pontes de la Rupture.

Malgré les conférences nationales et la vague de démocratisation qui les a suivies, les militaires n’ont jamais consenti à rester totalement en marge de la politique. Ils continuent à aspirer à diriger le pays, certains d’entre eux pensant clairement que détenir la force militaire leur confère la légitimité nécessaire pour diriger le pays. Mais l’histoire nous a déjà donné à voir sous toutes les coutures l’échec des militaires au pouvoir. Le Bénin est un exemple patent de ce que les lubies politiques des hommes en treillis se terminent presque toujours mal. Parce que les militaires ont tendance à penser que l’on peut diriger un Etat comme on dirige une caserne. Dans le contexte  béninois marqué par une absence criarde de formation idéologique dans les garnisons, cette utopie s’est désagrégée d’elle-même face à la complexité structurelle de la sociologie politique nationale. A cela s’ajoute l’impératif de développement économique et de progrès social, toutes choses pour lesquelles les militaires ne sont pas vraiment préparés. Il y a bien entendu l’exception rwandaise avec un Paul Kagamé qui assume parfaitement son refus de la démocratie, au nom de la cohésion nationale en construction. Sa formation idéologique et politique forgée au sein de la rébellion  et dans les universités a fait le reste.

Mais ici, il y a une nouvelle donne : le terrorisme. Comme je l’ai dit, le terrorisme déstructure tous les pouvoirs africains. Lorsque la mort frappe leurs camarades au front, une psychose s’installe au sein des militaires dans tous les pays. Pire, lorsque, comme c’est le cas aujourd’hui, ceux qui sont au front commencent à se plaindre de la vétusté du matériel, de la corruption de leurs hiérarchies et de leurs primes insuffisantes, il faut craindre qu’ils ne commencent à mijoter une folie :  s’organiser pour se saisir du pouvoir.

Non ! Talon n’est pas à l’abri d’un coup de force militaire. L’aggravation des tensions sécuritaires pourrait même précipiter sa chute. A ce titre, il ne serait ni le premier encore moins le dernier.

Par Olivier ALLOCHEME

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