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Le triomphe de la vérité

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Analyse de l’ambassadeur Jean-Pierre Edon sur la rencontre Yayi-Talon et l’engagement à éviter le 3ème mandat: Un diplomate alerte Talon et lui indique la voie à suivre


Ambassadeur Jean-Pierre Adelui EDON

Dans sa nouvelle tribune qu’il a rendu publique, l’Ambassadeur Jean-Pierre A. Edon a abordé le rejet du troisième mandat présidentiel par Patrice Talon et la nécessité de réaliser la concorde nationale qui sont les deux faits marquant l’actualité ces derniers temps. Dans son développement, le spécialiste des questions internationales a fait remarquer la grande partie de la population béninoise considère la rencontre entre les Président Patrice Talon et Boni Yayi à la Marina comme un début encourageant et un pas important vers la réconciliation et la cohésion sociale. A propos des doléances que l’ex-chef de d’Etat a formulé à l’endroit de son successeur, l’Ambassadeur Jean-Pierre A. Edon a indiqué le Président Talon est un homme de principe, soucieux du développement de son pays, et qu’il saura prendre la décision qui contribuera effectivement à la décrispation politique et à la pacification de la Nation. « C’est ce qui justifie d’ailleurs son engagement à éviter le troisième mandat actuellement à la mode dans la sous-région et ailleurs en Afrique », a-t-il ajouté. Etant dans son deuxième et dernier mandat, le Chef de l’Etat Patrice Talon gagnerait à réfléchir et à préparer dès à présent sa relève, selon l’Ambassadeur Jean-Pierre Edon. « Il conviendra de porter le choix sur celui qui est à même de poursuivre sa politique de développement pendant sa retraite politique, celui-là que le peuple béninois pourrait accepter. Cette précaution est préférable à la confiscation du pouvoir qui dans beaucoup de cas, est à l’origine des conflits, des tensions et troubles politiques, mettant durement en cause la paix », peut-on lire dans cette tribune.

Lire l’intégralité de sa réflexion

LA RECONCILIATION NATIONALE ET LE REJET DE LA CONFISCATION DU POUVOIR.

La réconciliation et la paix
Au cours de sa tournée de reddition de compte l’année dernière, le chef de l’Etat avait sollicité le 13 Novembre 2020, le concours des notables de Parakou pour sa réconciliation avec son prédécesseur. Poursuivant dans la même lancée, il a dépêché, le 29 juillet 2021, le médiateur de la République à Tchaourou pour présenter les condoléances de la République à la famille de l’ancien président Yayi Boni qui venait de perdre sa grande sœur. L’émissaire du chef de l’Etat a fait savoir que sa présence dans ces lieux peut être considérée comme le renouvellement de la demande de paix par la main tendue du Président de la République pour la réconciliation.
Cette main tendue a été saisie par l’ancien président, partisan de la paix, qui s’est rendu au palais de la République le 22 septembre 2021 pour un entretien avec son successeur. Au cours de l’audience qui s’est déroulée dans une ambiance amicale, une liste de doléances et de suggestions a été soumise à l’appréciation du président Patrice Talon en vue de la décrispation de la situation politique et la préservation de la paix. Au titre des vœux formulés, figurent, entre autres, la libération des détenus politiques et le retour au pays des exilés.
Il est heureux de constater que cet évènement depuis longtemps souhaité, a été favorablement accueilli par la grande partie de la population qui n’a pas manqué d’exprimer sa joie sous diverses formes. Elle le considère comme un début encourageant et un pas important vers la réconciliation et la cohésion sociale.
Comme il fallait s’y attendre, des voix se sont levées pour exprimer des opinions diverses, notamment sur les conditions dans lesquelles ces doléances pourraient être traitées. Pour la plupart, les intéressés se veulent légalistes et ont émis des avis purement techniques. C’est compréhensible et normal dans un Etat de droit, mais insuffisant dans le cas d’espèce.
En effet, il y a un paramètre important qu’il convient de prendre en compte, à savoir le caractère éminemment politique de l’objet en question, et le prix à payer pour la paix. A l’allure où se manifestent les réactions de certaines personnes, il faut craindre que des prétendus conseillers induisent en erreur le chef et le poussent sur un terrain défavorable à la satisfaction des doléances.
En effet, tout le monde sait qu’il y a malheureusement des compatriotes qui ne souhaitent pas voir la réconciliation se réaliser de peur de perdre leurs positions et de compromettre leurs intérêts personnels. D’autres le sont pour des raisons purement personnelles, mais hélas, étrangères à l’intérêt général. Or, il y a eu des cas du genre dans certains pays où l’option du pardon a été prise. Le cas le plus récent en date, en Afrique de l’Ouest, est celui de la Côte d’Ivoire.
Répondant à la demande de libération de ses militants en prison, formulée au cours de leur entretien du 27 juillet 2021, par l’ancien chef d’Etat Laurent Gbagbo, le Président Alassane Ouattara a tout simplement ordonné, quelques jours après la rencontre, la libération de 78 détenus de l’opposition, jugés ou non. Par cet acte important de grande portée politique, et empreint d’humilité, il a prouvé sa disponibilité à faire la réconciliation et la paix.
Il a pris une décision politique pour traiter un sujet de même nature. Cela rappelle l’ancien président Yayi Boni qui, à sa sortie de l’audience du 22 septembre, a déclaré que le problème soumis par ses soins à l’appréciation du père de la nation, est politique, par conséquent la solution ne peut être que politique.
Tenant compte de ce que le président Patrice Talon est un homme de principe, soucieux du développement de son pays, nous ne doutons pas un instant qu’il saura prendre la décision qui contribuera effectivement à la décrispation politique et à la pacification de la nation. C’est ce qui justifie d’ailleurs son engagement à éviter le troisième mandat actuellement à la mode dans la sous-région et ailleurs en Afrique.
La monopolisation du pouvoir par le troisième mandat
Au cours de l’interview accordée à deux journalistes de France 24 et RFI au lendemain des élections présidentielles d’Avril 2021, en réponse à une question, le chef de l’Etat a déclaré qu’il ne briguera pas un troisième mandat. Lesdits journalistes ont considéré cette déclaration comme un engagement. Quelques mois plus tard, il l’a réaffirmé devant les participants à Cotonou à une réunion sur le renforcement de la démocratie dans l’espace ouest-africain, organisée par une ONG de l’organisation régionale.
Tout récemment, au sommet extraordinaire de la CEDEAO tenu à Accra le 16 Septembre 2021 au sujet du coup de force militaire en Guinée, les chefs d’Etat se sont penchés sur les causes de la rupture répétitive de l’ordre constitutionnel dans la sous-région. A cette occasion le président béninois a évoqué la mauvaise gouvernance impliquant les troisièmes mandats, comme l’un des motifs. Il a ainsi exprimé son opposition au principe de la longévité au pouvoir.
Dans cet ordre d’idées, la délégation béninoise a proposé, comme l’a si bien souligné le 17 septembre devant la presse, Monsieur Aurélien AGBENONCI, ministre en charge des affaires étrangères, la révision du pacte additionnel de l’organisation régionale sur la démocratie et la bonne gouvernance.
Il s’agit de « la prise de mesures claires en amont comme en aval pour prévenir les situations qui remettent en cause l’ordre constitutionnel ». Cet ordre devient au fil des années, une norme en perte de terrain et de vitesse surtout en Afrique occidentale, centrale et orientale (cas de l’Ouganda).
Par cette position de principe qui réfute indirectement les révisions opportunistes des constitutions, le président béninois montre la voie d’honneur à suivre pour la consolidation de la démocratie dans le continent.
Etant alors dans son deuxième et dernier mandat, le chef de l’exécutif gagnerait à réfléchir et à préparer dès à présent sa relève. Il conviendra de porter le choix sur celui qui est à même de poursuivre sa politique de développement pendant sa retraite politique, celui-là que le peuple béninois pourrait accepter. Cette précaution est préférable à la confiscation du pouvoir qui dans beaucoup de cas, est à l’origine des conflits, des tensions et troubles politiques, mettant durement en cause la paix.
La position béninoise produit déjà des échos favorables. En effet le président ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de la CEDEAO, vient de déclarer qu’à l’avenir, une attention soutenue sera accordée aux mesures de nature à empêcher dans l’espace sous régional, la pérennisation du pouvoir par le biais du troisième mandat. Il est possible que d’autres personnalités politiques abondent bientôt dans le même sens, ce qui sera un crédit à l’actif de la communauté.
Conclusion
Par rapport à la réconciliation et à la paix, la population béninoise qui s’est réjouie du dialogue entre le président Patrice Talon et son prédécesseur, attend impatiemment la suite qui sera réservée à cette démarche. Il est vivement souhaitable qu’elle soit satisfaisante, ce qui prouverait que, ont tort, ceux qui doutent de la sincérité de cette initiative et pensent qu’elle n’est que des manigances, un autre complot sur le dos du peuple.

Dans le cas d’espèce, l’indulgence est indiquée, c’est-à-dire le pardon, une force qui grandit son auteur. Si l’homme ne pardonne pas, comment peut-il s’attendre à être pardonné de ses offenses par Dieu, son créateur ? Or en tant qu’Etre humain aspirant à la perfection sans jamais l’atteindre, chacun de nous commet des péchés tous les jours. L’esprit du pardon engendre la bénédiction divine nécessaire à tout humain, car sans Dieu l’homme n’est rien.

Par ailleurs, lorsque sera effectivement tenue, la parole donnée, par rapport à la prolongation illégale du mandat présidentiel à travers le troisième mandat, le président béninois aura alors montré sa grandeur d’esprit que le monde entier saluera et le Bénin en sera honoré. Il aura ainsi adopté le même comportement  digne et honorable que ces prédécesseurs, qui depuis la conférence nationale de 1990, ont respecté le principe d’un mandat renouvelable une fois, en dépit des tentations du pouvoir. Le Benin relèvera encore ce défi qui sera la preuve de sa maturité dans le domaine de la culture démocratique.

Jean-Pierre A. EDON
Ambassadeur, spécialiste des questions internationales.

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